Maïs et sorgho précoces : quelques points de vigilance avant de récolter
Avec les semis précoces en grain et l’offre thermique record, les stades des maïs ont pris beaucoup d’avance : les cultures ont ainsi déjà dépassé la maturité à 32 %, en interaction avec le stress hydrique estival. Dans ce contexte, les récoltes devraient être très précoces, avec des grains secs, induisant moins de charges de séchage. Cette précocité appelle toutefois à prendre quelques précautions pour optimiser les rendements.
2026 ou l’année la plus précoce pour le maïs
La campagne 2026 est un record de précocité : depuis le 10 avril, les températures en base 6-30° efficaces pour le maïs sont supérieures de 250 à 300 degrés-jours par rapport à la moyenne sur vingt ans, surclassant d’environ 100 degrés-jours les précédents extrêmes (2003, 2018 ou 2022).
En parallèle, la pluviométrie depuis les semis a été très faible sur le territoire : entre 150 et 200 mm en moyenne, avec des orages très rare et localisés sur juillet et quasi rien de notable en août.
Une humidité du grain faible mais variable en fonction du stress hydrique
Le premier élément à repérer sur les parcelles est la maturité physiologique du maïs (environ 32 % d’humidité du grain), visible au champ par l’observation du « point noir » à la base des grains (visible en grattant avec l’ongle). A partir de ce stade, le remplissage est terminé et le maïs rentre dans une phase de séchage purement climatique. On peut retrouver trois types de situations dans la région :
- maïs en sec (stress fort et continu) : peu de biomasse, peu de grains et/ou défaut de fécondation → séchage des grains parfois aléatoire ;
- maïs irrigué à la floraison puis coupure d’irrigation (stress fort durant le remplissage) : biomasse assez faible mais nombre de grains « maintenus » → forte accélération du séchage ;
- maïs irrigué sans restriction (stress hydrique limité) → en avance mais séchage « normal », bien modélisé.
A partir des suivis d’humidités et de modélisation, il est estimé que la maturité a été atteinte entre mi-août et fin août / début septembre (tableau 1). Le séchage climatique a donc pu débuter courant août (contre mi à fin septembre habituellement), ce qui expose le maïs à un climat plus favorable à la dessication au champ.
Tableau 1 : Evaluation de l’humidité du grain selon le site et la variété, fin août 2026
Quelles précautions pour les récoltes ?
Pour décider de la récolte, il faudra prendre en compte plusieurs paramètres :
- L’état sanitaire des tiges : l’année a été propice aux coups de feu fusarien (favorisé par les stress), ce qui peut impacter la tenue de tige. De plus, les insertions d’épis hautes peuvent accentuer le risque de verse en cas de coup de vent. Vérifier également le risque de chute d’épis cette année, pour prioriser une récolte en conservant le potentiel optimal de la parcelle.
- L’état sanitaire des épis : prioriser la récolte en cas d’attaque importante de fusarioses (observée assez fréquemment dans les zones du Gâtinais, d’Ile-de-France ou du Berry – F. section liseola comprenant notamment F. verticillioïdes et F. temperatum, producteurs du fumonisines, favorisées par un climat chaud et sec).
- La présence de foreurs : en cas de présence de pyrale ou de sésamie, le risque de verse ou de chute d’épi est plus important. Il faut privilégier là aussi les récoltes précoces, en particulier si des orages ou vent forts sont annoncées. Les blessures sur épis causées par les foreurs favorisent aussi la présence de fusarium.
- Le potentiel gain de séchage à aller chercher : la météo actuelle est favorable au séchage (jours longs, vent, température). En cas de risque sanitaire faible, il est possible d’atteindre le 20 % d’humidité récolte, voire plus sec.
- Le réglage de la batteuse et du cueilleur : il est indispensable cette année d’ajuster les réglages en fonction du diamètre des rafles et des épis pour éviter une hausse des pertes de rendement à la récolte. Sur des épis ayant subi du stress hydrique, on portera une attention particulière au régime des rouleaux et au serrage batteur contre-batteur (à diminuer sur des petits épis). En revanche, la faible humidité des grains n’engendre pas une hausse des pertes de grains ou la dégradation de la qualité (grains cassés ou fissurés), et ne nécessitera pas de réglages spécifiques.
Pour plus d’informations : Comment bien régler la moissonneuse pour récolter le maïs ?
Et pour les sorghos ?
Les sorghos grains ont atteint la maturité physiologique (35 % d’humidité) de manière très précoce, à partir de mi-août (semis fin avril) à début septembre (semis du 20 mai), certaines parcelles sont plus en retard. Les teneurs en eau réalisés dernièrement permettent d’entrevoir des récoltes quasiment sans frais de séchage cette année sur septembre. Les conditions actuelles sont favorables au séchage climatique, et les risques sanitaires (fusarioses) ou parasitaires très faibles.
Attention tout de même : les panicules sont susceptibles de reprendre en humidité. Il est conseillé de récolter les parcelles si possible par un temps plutôt sec, dans l’après-midi / soirée (surtout si peu d’hectares), car la teneur en eau peut varier assez fortement à l’échelle d’une journée.
Figure 2 : Evolution de la teneur en humidité pour des semis de fin avril 2026 avec la variété RGT Cambridge
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.