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Hauts-de-France

Céréales 2025/2026 : des rendements plutôt moyens et une excellente qualité

Avec les conditions agro-climatiques rencontrées en 2025/2026, la campagne céréales s’est déroulée à toute vitesse, avec au final, des récoltes très précoces. Voici le bilan.

Champ de blé à maturité en juillet 2026, avant la récolte, en Hauts-de-France

Une année toujours plus précoce et très proche de 2025... au moins au début

A l’inverse de la campagne passée, la majorité des céréales d’hiver est implantée sur la première quinzaine d’octobre dans de très bonnes conditions, avec des levées homogènes : 55 % des blés sont implantés au 15 octobre et 80 % début novembre, contre 68 % l’an passé.

Les conditions d’implantation jusque mi-novembre sont globalement bonnes, sans défaut majeur de structure (bon déroulement des arrachages de pommes de terre et de betteraves). Les semis sont plus rares sur la seconde quinzaine de novembre avec des cumuls de pluies pouvant aller jusqu’à plus de 100 mm sur la région et redeviennent possibles début décembre. 

Carte 1 : Pluviométrie du 1er septembre 2025 au 20 janvier 2026 – écart à la moyenne saisonnière

Carte 1 : Pluviométrie du 1er septembre 2025 au 20 janvier 2026 – écart à la moyenne saisonnière

Jusqu’à la sortie de l’hiver, le cumul de pluie est très proche de la moyenne pluriannuelle et les températures sont légèrement supérieures (+2 % par rapport à la référence 2005-2025). 

A la sortie de l’hiver 2026, 80 % des parcelles de céréales d’hiver sont bien développées et sont même parfois trop luxuriantes, essentiellement pour les semis réalisés avant le 15 octobre. 

A partir de mi-janvier, les températures continuent de s’emballer avec une accélération des stades : le stade épi 1 cm est atteint au 17 mars en moyenne sur la région, avec 12 à 15 jours d’avance. 

La chaleur perdure au printemps, avec un début estival, et les stades continuent à galoper : le stade dernière feuille étalée est en moyenne au 5 mai et l’épiaison est précoce au 12 mai… L’année 2026 sera encore plus précoce que 2025 (année déjà exceptionnellement précoce).

Carte 2 : Cumul de températures du 1er octobre 2025 au 20 janvier 2026 – écart à la moyenne saisonnière

Carte 2 : Cumul de températures du 1er octobre 2025 au 20 janvier 2026 – écart à la moyenne saisonnière

Carte 3 : Anomalie de températures du 1er mars au 30 avril 2026

Carte 3 : Anomalie de températures du 1er mars au 30 avril 2026

Un itinéraire technique sans encombre…

92 % des blés sont désherbés à l’automne avec une augmentation du double passage « pré puis post » (40 % environ) : les fenêtres météo sont favorables aux applications. Néanmoins, pour les application de prélevée réalisées avant le 15 octobre, les efficacités ne sont pas suffisantes par l’absence de pluie (paramètre indispensable à l’efficacité des racinaires). 

En sortie d’hiver, les efficacités sont généralement bonnes mais des échecs sur graminées (vulpins, ray-grass) sont facilement observés au printemps, dans les situations problématiques de fortes infestations.

Le risque pucerons à l’automne est élevé, avec des individus présents dès la levée jusque janvier et le seuil de nuisibilité des dix jours de présence est souvent atteint. Au final, quelques situations avec des symptômes de JNO (jaunisse nanisante de l’orge) sont signalées à la sortie de l’hiver, essentiellement en absence de traitement ou positionnés trop tardivement (3 feuilles-début tallage de la céréale). Au printemps, quelques pucerons sur feuilles et épis sont observés, mais sans incidence. Quelques vols de cécidomyies orange ont pu avoir lieu dans certains secteurs, avec une présence de larves sur épis constatée (sud-ouest de la Somme, secteur Valenciennes...).

Une expression des maladies plutôt tardive : 

  • Une pression septoriose faible à moyenne avec un mois d’avril sec et un retour des pluies début mai, voire mi-mai. A rappeler que la majorité des variétés de blés cultivés dans la région a une bonne tolérance à la septoriose (65 % des surfaces).
  • Présence de rouille jaune mais la maladie est rarement « explosive ». Des symptômes observés essentiellement autour du 20 avril puis s’atténuent par la suite. Néanmoins des pustules sont observées sur des variétés dites « peu sensibles » telles que LG Acrobat (bien touchée), KWS Erruptium, RGT Koesio, Intensity, Kingkong…
  • La rouille brune apparaît précocement, dès début mars mais elle ne se développera qu’à partir de fin mai-début juin, essentiellement dans les parcelles implantées en variétés sensibles et sans protection spécifique. 

La nuisibilité maladies est globalement faible cette année sur la région, en moyenne autour de 11 q/ha dans nos essais variétés (7 q/ha en 2025), mais elle peut aller jusqu’à 25 q/ha sur variétés sensibles à la septoriose et/ou aux rouilles. La protection fongicide à dernière feuille étalée, stade clé pour lever la majorité de la nuisibilité, était nécessaire et elle était essentielle contre la rouille brune en de fin cycle encore une fois cette année.

De nombreux symptômes physiologiques sont apparus en mai et juin suite aux amplitudes thermiques élevées, aux coups de chauds, aux stress hydriques dans certaines secteurs (absence de pluie sur mai et/ou terres superficielles), et enfin, au vent asséchant. 

Du gel d’épi est parfois observé à mi montaison, avec les gelées matinales du 14 au 22 avril et, pour certaines situations également, à la méiose, avec les températures fraîches du 12-13 mai. 

Le risque verse à épi 1 cm est globalement moyen à élevé suite aux fortes biomasses, à la montaison en jours courts (en lien avec la précocité du stade épi 1 cm), et aux forts reliquats à la sortie de l’hiver. Au final, peu de verse avec le sec sur avril (forte régression de tiges)…seules quelques parcelles versent tardivement à partir de la mi-juin suite aux orages dans certains secteurs, surtout dans l’Aisne et le sud du Nord : dans la majorité des cas, cette verse est tardive et n’entraîne pas ou peu de perte de rendement, mais lorsqu’elle est intervenue à mi-remplissage, des pertes de l’ordre de 10 à 15 % de rendement ont pu être constatées.

Les apports azotés ont généralement été bien valorisés (tallage, épi 1 cm et fin montaison) en ammonitrate. En solution azotée, les apports à épi 1 cm et ceux du stade 1-2 nœuds pour les stratégies en quatre apports ont pu être moins efficients avec les rares pluies, voire absentes sur avril. Sur les premiers résultats analysés, un effet forme d’azote sur le rendement et la protéine semble encore marqué cette année, en faveur de l’ammonitrate par rapport à la solution azotée. 

Un printemps sec avec un rayonnement exceptionnel, un retour des pluies en mai et juin et des coups de chauds précoces…

La végétation s’est montrée luxuriante en sortie d’hiver (essentiellement pour les semis réalisés avant le 15 octobre), avec un nombre de tiges à plus de 3 feuilles supérieur à la moyenne pluriannuelle mais une régression importante avec le mois d’avril sec (de l’ordre de 40 % sur les semis d’octobre et 20 % sur les semis tardifs).

Au final, sur l’observatoire Hauts-de-France (= principales variétés cultivées et représentatives de la région), le nombre d’épis/m² moyen est bas et proche de 2025 : 490 épis/m² mais il reste non limitant compte tenu du profil des variétés actuelles : -11 % par rapport à la moyenne 1997 à 2026. 

Figure 1 : Evolution du nombre d’épis par m2 depuis 2009

Figure 1 : Evolution du nombre d’épis par m2 depuis 2009

La fertilité épi (le nombre de grains par épi) est record avec un très bon ensoleillement durant la montaison. Le faible nombre d’épi a aussi aidé à maximiser la fertilité des épis : +27 % par rapport à la moyenne 1997 à 2026. Dans certaines parcelles, on a pu observer des problèmes de fertilité, bouts d’épis ou épillets parfois translucides, mais ces parcelles ne représentent pas des surfaces importantes heureusement. 

Figure 2 : Evolution de la fertilité des grains - nombre de grains/épi, depuis 2009

Figure 2 : Evolution de la fertilité des grains - nombre de grains/épi, depuis 2009

L’excellente fertilité épi a permis de compenser le nombre d’épi/men retrait et donc d’obtenir un nombre de grains/m2 qui finit à +13,2 %, par rapport à la moyenne 1997 à 2026. 

Figure 3 : Evolution du nombre de grains par m2 à la récolte, depuis 2009

Figure 3 : Evolution du nombre de grains par m2 à la récolte, depuis 2009

D’ailleurs, les variétés qui font leur rendement en grande partie sur de la fertilité épi se sont vues avantagées largement en plaine et dans les résultats d’essais cette année.

Des conditions de fin de cycle non optimales ont conduit à des poids de mille grains (PMG) limités mais pas catastrophiques au vu des deux canicules. La première période de chaleur juste avant la floraison des blés a pu limiter la taille des enveloppes, puis le second coup de chaud au 19 juin a pu impacter le remplissage des grains, en sachant que la majeure partie des situations avait déjà bien entamé leur remplissage (stade « grain laiteux-pâteux »). Les situations les plus tardives ont pu être plus impactées.

Figure 4 : Evolution du PMG selon les températures

Figure 4 : Evolution du PMG selon les températures

Au final, des PMG à la récolte moyens : -8,4 % par rapport à la moyenne pluriannuelle mais supérieurs à ce que l’on aurait pu imaginer : voyons-y un réel effet du progrès génétique ces dernières années sur les variétés, notamment concernant les composantes de fin de cycle, comme le PMG et la fertilité épi.

Figure 5 : Evolution du PMG - remplissage, depuis 2009

Figure 5 : Evolution du PMG - remplissage, depuis 2009

Une moisson exceptionnellement précoce avec des rendements dans la moyenne sur cinq ans et une excellente qualité 

Une récolte record en précocité a débuté fin juin, avec 95 % des blés récoltés au 14 juillet pour la Picardie. Au 20 juillet, quelques parcelles restent à battre dans le Nord-Pas-de-Calais et en secteurs tardifs. La récolte se terminera au 25 juillet sur l’ensemble de la région.

Au final, le progrès génétique est confirmé, avec une excellente fertilité épi et des PMG corrects au vu des températures de fin de cycle. Le rendement régional s’élève à 85 q/ha. Les rendements des blés atteindraient : 86 q/ha dans le Nord-Pas-de-Calais (-2,5 % par rapport à la moyenne 5 ans), 85 q/ha dans la Somme (=) et 83 q/ha dans l’Aisne et l’Oise (+2 %).

Les rendements sont assez homogènes dans l’ensemble (de 60 - 70 à 95 q/ha en général et quelques pointes à 110 q/ha mais rares) : les terres superficielles, les secteurs les moins arrosés sont plus impactés.

Une très bonne qualité est observée, avec de bons poids spécifiques autour de 80 kg/hl et de bonnes teneurs en protéines, avec une moyenne de 11,4 % en Picardie et 11,6 % dans le Nord-Pas-de-Calais. Toutefois, quelques déceptions parfois (< 11 %), probablement liées à l’absence de l’apport fin montaison et/ou à la forme de l’azote utilisée avec les conditions météo favorables à la volatilisation sur le printemps.

On retiendra donc 2026 comme une année record en précocité. Des rendements dans la moyenne mais plutôt bons à la vue des coups de chauds à partir de fin montaison. A noter, un progrès génétique sur les composantes de rendements de fin cycle indéniable avec nos variétés actuelles. 

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