Céréales à paille : retour sur la campagne 2025/2026
La moisson des céréales est quasiment terminée, avec son lot de bonnes surprises, mais aussi de déceptions. Cette campagne a ainsi été marquée par de forts à-coups de la météo, mettant les plantes à rude épreuve. Voici quelques éléments d’analyse « à chaud » sur son déroulement.
Enfin des semis en bonnes conditions !
Après deux années d’implantation en conditions difficiles, l’automne 2025 offre des fenêtres favorables aux semis. Les tous premiers semis démarrent autour des 6/10 octobre, mais le gros des implantations est réalisé entre les 13 et 17 octobre, des pluies abondantes étant annoncées et effectivement tombées la deuxième décade d’octobre. Une seconde vague de semis a lieu fin octobre - début novembre. Les derniers s’étalent jusqu’à fin novembre début décembre. Les désherbages d’automne présentent de bonnes efficacités, avec parfois un manque de sélectivité des interventions réalisées juste avant de fortes pluies fin novembre - début décembre.
→ L’année se caractérise par des semis plutôt précoces, autour de la mi-octobre, réalisés en bonnes conditions avec des levées très rapides. Les pluies modérées de la fin d’année permettent un bon enracinement. Cette bonne implantation va conférer la robustesse aux cultures faces aux à-coups climatiques du reste de la campagne.
Douceur tout au long du cycle
Douceur favorable aux ravageurs d’automne
La douceur automnale permet la présence continue des pucerons de la levée à fin décembre, la majorité des parcelles de céréales a fait l’objet d’une protection. En définitive, au printemps, les parcelles fortement attaquées par la jaunisse nanisante de l’orge sont peu nombreuses.
Les attaques de nématodes sont fréquentes, observables dès décembre et signalées jusqu’à la fin février. Dans les parcelles attaquées, les dégâts sont parfois importants, avec la perte de pieds et une croissance très faible dans les foyers touchés.
Figure 1 : Contexte agro-météo sur la première phase du cycle (semis à plein tallage) – De mi-octobre à fin janvier 2026 - Sur la station de la Jaillière (44) – Blé tendre d’hiver variété Intensity semée le 16 octobre 2025
Douceur qui génère une avance importante des cultures tout au long du cycle
La douceur caractérise la campagne, avec des températures mensuelles moyennes excédentaires tout au long du cycle. Seul un bref épisode de froid survient début janvier.
→ Combinée à des dates de semis en tendance plus précoces, les cultures présentent une avance de 10/15 jours en moyenne, de la montaison à la maturité.
Une montaison qui passe brutalement de l’excès d’eau à la sécheresse
Les pluies du début d’année 2026 sont mal réparties, avec quasiment deux mois de pluie continuelle en janvier/février, de mi tallage à début montaison, suivis de deux mois très secs en mars avril de montaison à début épiaison.
Des céréales résilientes face à l’excès d’eau tardif
L’excès d’eau persistant de mi-tallage à début montaison a été relativement bien supporté par les céréales, grâce à leur bonne implantation et leur bon enracinement, y compris dans les sols hydromorphes. Dans ces sols toutefois, on observe dès la fin janvier de nombreuses mouillères avec une végétation plus chétive. Les semis tardifs, moins bien enracinés, et les sols de marais sont les plus impactés.
→ Malgré l’excès d’eau, en sortie d’hiver, les biomasses mises en place restent correctes en sols hydromorphes et élevées en sols sains.
Les sols superficiels pénalisés par la sécheresse printanière, une assimilation retardée de l’engrais apporté courant montaison
La sécheresse du printemps qui a succédé immédiatement à cet épisode pluvieux a été très pénalisante dans les sols superficiels, provoquant un fort déficit d’épis et de grains/m².
En sols moyennement profonds à profonds, le déficit hydrique est resté tolérable et la principale pénalité réside dans une valorisation très tardive du dernier apport d’azote, souvent au-delà de l’épiaison. Pour autant, la majorité des parcelles ayant reçu un à deux apports d’engrais entre fin février et mi-mars, avant l’arrêt des pluies, la plupart des céréales n’ont pas été trop carencées en azote au cours de la montaison. Les indices de nutrition azotée mesurés à floraison sont corrects, malgré une mauvaise valorisation du dernier apport à ce stade.
Les parcelles les plus hydromorphes ont toutefois été doublement pénalisées : l’excès d’eau ayant empêché d’intervenir avant la mi-mars, faute de portance, la totalité des apports d’azote ont été réalisés dans le sec et mal valorisés. Dans ces situations, le rendement est très affecté.
Le dernier apport, lorsqu’il a été réalisé, a contribué essentiellement à enrichir la teneur en protéines des grains, sans permettre la production de quintaux supplémentaires.
Les agriculteurs ayant eu la possibilité d’irriguer courant montaison ont, quant à eux, pu assurer une bonne valorisation de l’ensemble des apports d’engrais, stratégie payante en termes de rendement et de qualité.
Des maladies foliaires discrètes hormis la rouille jaune
La septoriose et les maladies de l’orge, pourtant bien présentes en début de montaison, n’ont pas progressé sur les étages foliaires du fait de l’absence de pluie. La maladie qui fait le plus parler d’elle : la rouille jaune. Présente sur variétés sensibles dès la mi-mars, elle fait l’objet d’interventions spécifiques de T1. Elle ressurgit à la mi-avril, en fin de persistance du premier traitement, nécessitant d’adapter le programme fongicide pour cibler la maladie. Certaines interventions positionnées tardivement ne parviennent pas à bien la contrôler.
→ A l’exception des variétés les plus sensibles touchées par la rouille jaune, la pression des maladies reste faible cette année.
La sécheresse accentue l’avance du cycle cultural
L’avance de la végétation, sous l’effet combiné des semis précoces et de la douceur est encore accentuée par la sécheresse d’avril. Les premières épiaisons sont relevées dès la mi-avril et les floraisons s’échelonnent de la dernière décade d’avril au 10 mai. Le risque fusarioses est faible pour les parcelles précoces qui ont fleuri avant le retour de la pluie. Les parcelles plus tardives fleurissent sous une alternance de pluies et d’éclaircies avec du vent, ce qui atténue également le risque de développement du champignon.
Prime à la précocité durant le remplissage des grains
Le retour de la pluie et de la fraîcheur début mai est salvateur pour les cultures, mais il n’est pas effectif sur l’ensemble du territoire. Le sud de la région reste soumis à la sécheresse.
Pour le reste de la région, le début du remplissage se déroule en conditions optimales avec du temps frais et une bonne alimentation en eau des cultures.
La dernière décade de mai est marquée par des températures très chaudes. L’avance des stades permet d’esquiver en grande partie l’accident d’échaudage pour les céréales précoces- orge, blés précoces à ½ précoces. Les parcelles plus tardives sont quant à elles beaucoup plus pénalisées avec de petits grains échaudés et des PS faibles sur les plus tardives.
La maturité physiologique est atteinte autour de la mi-juin pour une grande majorité de parcelles. La seconde vague caniculaire n’a donc pas eu d’impact sur les céréales qui avaient déjà fini leur remplissage.
Une large fenêtre météo sans pluie, combinée au deuxième épisode caniculaire, accélère la dessication des grains et des pailles. Les moissons se déroulent en un temps record de mi-juin à début juillet.
Des rendements autour de la moyenne 5 ans, de la protéine et de bons poids spécifiques
L’excès d’eau et la sécheresse printanière qui a suivi ont laissé des traces : le peuplement épi est peu élevé mais suffisant dans les limons. Il est en revanche limitant dans les sols les plus séchants et/ou hydromorphes.
Hormis dans ces sols superficiels, la fertilité des épis est étonnamment correcte malgré le sec de mars-avril et le délai d’absorption de l’engrais. En conséquence, le nombre de grains est correct dans l’ensemble. Cela peut s’expliquer par le bon enracinement des céréales à l’automne (pas d’excès d’eau précoce), qui leur a permis d’explorer tout le profil de sol, ainsi que par des apports d’engrais suffisants début mars, bien valorisés par la pluie.
Le poids des grains est également correct malgré l’échaudage de fin mai, esquivé en partie par l’avance des stades.
- Au final, la campagne se solde par des rendements en orge moyens à bons, et des rendements en blé un peu plus décevants mais toutefois proches de la moyenne, avec une prime à la précocité, les tardives ayant été pénalisées par l’échaudage. Les secteurs du sud Vendée et sud Maine-et-Loire qui n’ont pas reçu de pluie significative en mai sont, quant à eux, fortement pénalisés.
- Les poids spécifiques sont bons à très bons, à l’exception des parcelles échaudées (tardives et zones peu arrosées en mai).
- La teneur en protéines est globalement satisfaisante et dépasse très fréquemment les 12,5 %.
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