Blé tendre d'hiver : retour sur la campagne 2025/2026
Automne-hiver sec, retour des pluies puis sec à nouveau, coup de froid et canicules anticipées… de nombreux à-coups climatiques ont ponctué la campagne blé tendre 2025-2026. Quel est le bilan ?
Biomasse et tallage en retrait
Comme pour les orges d’hiver, la majorité des semis de blé tendre est réalisée courant octobre. L’automne-hiver qui suit est marqué par des températures plutôt douces et peu de pluies. Le retour des pluies en février permet de remplir le réservoir utile (RU) des sols et les températures encouragent la reprise de végétation en sortie hiver.
Le stade épi 1 cm est en avance, en moyenne au 10 mars sur notre observatoire craie et barrois, soit une quinzaine de jours plus tôt que lors des cinq dernières années.
Pour autant, la biomasse développée n’est pas excédentaire et le nombre de talles à plus de 3 feuilles mis en place à ce stade est inférieur à nos moyennes régionales des cinq dernières années (environ -10 %).
Figure 1 : Nombre de talles développées au sein de l’observatoire ARVALIS
Record de fertilité : la force de la compensation
Le mois d’avril est plutôt chaud et particulièrement sec, avec quasiment aucune précipitation, ce qui a pu contraindre la valorisation des deuxièmes apports d’azote les plus tardifs, réalisés après épi 1 cm. Le manque de pluie est également limitant pour le développement des talles initiées, qui régressent donc. Par conséquent, la densité épis est en retrait de 10 à 15 % par rapport aux références depuis 2020.
Figure 2 : Nombre d’épis développés et régression au sein de l’observatoire ARVALIS
L’avance de stade constatée à épi 1 cm s’est en partie maintenue du fait de la douceur d’avril, les blés atteignent le stade épiaison en moyenne autour du 11 mai, avec une dizaine de jours d’avance par rapport aux références historiques.
Le beau temps s’est accompagné de forts rayonnements (+15 à 20 % par rapport à la médiane 10 ans), très favorables à la mise en place de la fertilité des épis.
Sur notre observatoire, les épis contiennent en moyenne 47 grains, soit 20 % de plus que nos références historiques. Ce record de fertilité permet de compenser les épis manquants, la moyenne de 20 000 grains/m² est ainsi atteinte sur l’observatoire, ce qui est très proche des références historiques.
Figure 3 : Nombre de grains/m² au sein de l’observatoire ARVALIS
Remplissage et climat en dents de scie : quel résultat final ?
La période de remplissage aura été marquée par différents rebondissements climatiques :
- Le retour des pluies en mai, salutaire pour les parcelles en sols profonds, survient un peu tard pour les sols plus superficiels qui souffrent déjà du stress hydrique. L’épisode pluvieux s’accompagne de températures plutôt fraîches au moment de l’épiaison des blés, sans impact majeur sur la fertilité des grains.
- Un premier coup de chaud précoce survient fin mai, pendant la floraison et tout au début de la période de remplissage des blés. Les températures, bien qu’élevées, ne dépassent pas les 35°C. Ce coup de chaud n’a donc pas eu d’impact : les grains ont continué à se développer sans avorter.
- La quinzaine de jours suivante, avec des conditions de températures et de rayonnements optimales pour le remplissage, permet d’enclencher de bonnes cinétiques de remplissage.
- Un second coup de chaud, à la mi-juin, a lieu au stade grain pâteux : comme pour les orges d’hiver un mois plus tôt, les températures extrêmes sont survenues sur la fin de la période dite de « pallier hydrique ». Cette période décrit la phase pendant laquelle les grains accumulent un maximum de sucres. C’est cette étape du remplissage qui est la plus sensible au stress thermique et hydrique.
L’arrivée du coup de chaud, postérieure au stade grain pâteux pour une majorité des parcelles, a donc limité son impact à une perte d’environ 1, voire 2 grammes, de poids de mille grains (PMG) en sols profonds. La progression du remplissage s’est poursuivie malgré cet épisode extrême et les PMG finaux sont assez proches des références des cinq dernières années.
En revanche, pour les parcelles les plus tardives correspondant à des variétés plus tardives ou à des semis retardés, le coup de chaud est intervenu plus tôt pendant la phase de pallier hydrique, ce qui a renforcé son impact : 3 à 4 grammes de PMG ont pu être perdus par rapport au potentiel initial. Enfin, les parcelles en sols superficiels qui ont subi, en plus du coup de chaud, un stress hydrique important intensifié par des évapotranspirations (ETP) élevés, ont été plus fortement affectées par des pertes sur le PMG.
Figure 4 : Conditions climatiques pendant la montaison et le remplissage des blés
Figure 5 : Dynamique de remplissage des blés sur l’observatoire ARVALIS 2026
Finalement, à l’issue de la récolte, qui bat d’ailleurs un record de précocité, les rendements en sols profonds sont corrects, très proches de la moyenne des cinq dernières années. En sols superficiels, les rendements sont en très légèrement en dessous de la moyenne des cinq dernières années. Les niveaux de protéines, autour de 11 %, sont satisfaisants.
Figure 6 : Rendement en fonction du nombre de grains par m² sur l’observatoire ARVALIS 2026
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