RSH faibles en céréales : faut-il prévoir un apport à tallage ?
Depuis les semis, les pluies enregistrées se situent au-dessus des moyennes, avec un intensification des pluies depuis mi-janvier. Ce qui amène des questions sur les stocks d’azote disponibles actuellement pour les céréales. Le réseau régional a permis de faire une estimation reliquat sortie d’hiver (RSH) : en tendance, les niveaux sont faibles. Dans ce contexte, voici les recommandations pour adapter la fertilisation azotée, selon la situation de la parcelle.
Les conditions météorologiques depuis le semis
Depuis le début des semis du 25 octobre 2025 jusqu’au 11 février 2026, les pluies sont globalement supérieures à la médiane sur 20 ans, avec déjà près de 1000 mm tombés dans certains secteurs. Elles se sont notamment intensifiées depuis mi-janvier, avec 100 à 500 mm en un mois. Les secteurs les plus arrosés sont le sud Finistère ainsi que le Morbihan : +150 à 183 % par rapport à la médiane sur 20 ans.
Cartes 1 et 2 : Sommes de pluie du 25/10/25 au 11/02/2026 et % de la médiane 2004-2024
Cartes 3 et 4 : Sommes de pluie du 1/01/2026 au 11/02/2026 et % de la médiane 2004-2024
Reste-t-il de l’azote dans les sols après ces pluies intenses ?
La mesure de Reliquat Sortie d’Hiver permet de faire le point sur les stocks toujours présents dans le sol avant le début de la campagne de fertilisation. Un réseau de suivi régional est mis en place pour évaluer ces RSH dans différentes situations (zones climatiques, profondeur du sol, système de culture, précédent, fertilisation organique).
Un zonage est proposé en fonction des sommes de pluies tombées depuis le 1/10/2025.
Carte 5 : Zones à considérer pour le RSH céréales d'hiver 2026
Des mesures sont réalisées sur plus de 70 parcelles réparties dans toute la région pour établir ensuite une table de RSH par situation agro-climatique (tableau 1). En moyenne, les reliquats mesurés sont autour de 30 kg N/ha (autour de 40 kg N/ha en 2025), avec des valeurs allant de 10 à 60 kg N/ha en fonction des situations.
Tableau 1 : Valeurs de RSH (en kg N/ha) à considérer en fonction de la zone climatique, de l’historique de la parcelle et de la profondeur de sol
Exemple pour une parcelle à Ploërmel (Zone A), en rotation type grandes cultures, avec un précédent colza, des apports organiques modérés et une profondeur d’enracinement > 60 cm à le RSH estimé est de 25 kg N/ha sur tout le profil.
La calculette RSH
Pour retrouver le RSH plus facilement, utilisez la calculette régionale.
Doit-on faire un apport au tallage ?
La stratégie générale sur le premier apport d’azote est de limiter les fortes carences de début de cycle, afin de maintenir un optimum de talles/m² et d’obtenir en fin de montaison un nombre d’épis/m² suffisant.
Si une carence est visible avant épi 1 cm, un petit apport de 30-40 unités suffit pleinement à remplir les besoins de la culture jusqu’à épi 1 cm.
À l’inverse, maintenir trop de talles/m² au démarrage n’est pas intéressant (risque de verse, maladies, talles secondaires maintenues, mais qui vont régresser plus tardivement…).
En cas de bonne implantation (la majorité des cas cette année) :
- Si les RSH sont supérieurs à 60 kg N/ha (possible selon précédent et rotation) : une impasse d’apport est possible. La quantité d’azote dans le sol est suffisante pour couvrir les besoins jusqu’à épi 1 cm.
- Si les RSH sont inférieurs à 60 kg N/ha (une grande majorité des cas cette année) : un apport de 30-40 unités maximum est conseillé pour accompagner la culture jusqu’à épi 1 cm. Ne pas apporter plus que ça, car les besoins à ce stade sont minimes et les capacités d’absorption par les plantes sont assez faibles avant épi 1 cm.
En cas de mauvaise implantation (semis tardif, beaucoup de résidus…) :
Cette année, dans l’Ouest de la Bretagne, des semis ont eu lieu tardivement (début et fin décembre), avec moins de tallage et une sensibilité à l’excès d’eau plus importante. Accompagner la croissance avec un apport de 30-40 unités. Pas besoin de plus pour le moment, il s’agit d’accompagner le début de croissance jusqu’à épi 1 cm.
Cas des parcelles avec excès d’eau important
Les parcelles qui subissent un excès d’eau important commencent à jaunir (vieilles feuilles en premier), montrant un défaut d’alimentation en azote. Néanmoins, il est nécessaire d’attendre que les sols ressuient pour réaliser l’apport. En conditions d’anoxie (plus d’oxygène dans le sol car saturé en eau), les racines ne peuvent pas fonctionner correctement et absorber l’azote apporté. Il vaut donc mieux attendre pour que les sols s’assainissent pour ne pas gaspiller de l’azote inutilement. De plus, cela évitera de problèmes de tassement à cause de l’entrée dans la parcelle en conditions non portantes.
Une fois le sol ressuyé, apporter 30 kg N/ha, pour accompagner la reprise de croissance à la suite du stress subit.
Le stade tallage est dépassé, le stade épi 1 cm approche : que faire en l’absence d’apport ?
- Si les RSH sont supérieurs à 60 kg N/ha : pas de panique, les fournitures en azote du sol permettent d’atteindre épi 1 cm sans carence. Réaliser l’apport à épi 1 cm comme prévu (fractionnement conseillé si dose supérieurs à 100 kg N/ha).
- Si les RSH sont inférieurs à 60 kg N/ha : les céréales peuvent supporter une carence modérée au stade tallage, mais si le premier apport est fait au moment ou proche du stade épi 1 cm (besoins en azote bien plus important), fractionner l’apport prévu à tallage + épi 1 cm en deux apports pour encadrer ce stade-clé (60 % un peu avant épi 1 cm / 40 % à 1 nœud).
Dans ces deux cas, bien penser à garder 40 unités en réserve pour l’apport de fin de cycle (dernière feuille) pour ne pas pénaliser le rendement et la teneur en protéines.
En résumé
Reste-t-il de l’azote dans les sols après les pluies intenses du début d’année ?
Les reliquats du réseau de suivi régional sont faibles dans la plupart des situations à la suite des pluies importantes depuis mi-janvier.
Doit-on faire un apport au tallage ?
Raisonner le déclenchement de l’apport tallage en fonction de la qualité d’implantation et du reliquat sortie d’hiver (RSH).
- Bonne implantation :
- RSH > 60 kg N/ha : impasse recommandée, la fourniture d’azote du sol permet d’attendre épi 1 cm.
- RSH < 60 kg N/ha : apport 30-40 kg N/ha maximum pour ne pas pénaliser le reste du cycle.
- Mauvaise implantation : (semis tardif, beaucoup de résidus, parcelle hydromorphe…) : accompagner la croissance avec un apport de 30 kg N/ha.
- Excès d’eau important :apporter 30 kg N/ha, une fois le sol ressuyé, pour accompagner la reprise de croissance à la suite du stress subi.
- RSH > 60 kg N/ha : impasse recommandée, la fourniture d’azote du sol permet d’attendre épi 1 cm.
Le stade tallage est dépassé, le stade épi 1 cm approche : que faire en l’absence d’apport ?
- RSH > 60 kg N/ha : pas de panique, les fournitures du sol suffisent pour alimenter la culture jusqu’à épi 1 cm sans carence. Réaliser l’apport à épi 1 cm comme prévu.
- RSH < 60 kg N/ha : les céréales peuvent supporter une carence courant tallage. Dès qu’il est possible d’entrer dans les parcelles, fractionner la dose d’apport prévue à épi 1 cm en deux pour encadrer ce stade clé.
- Dans ces deux cas, conserver 40 kg N/ha en réserve pour l’apport de fin de cycle (dernière feuille) pour ne pas pénaliser le rendement et la teneur en protéine
Dans tous les cas, attendre un ressuyage des sols suffisant pour intervenir !
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