En cas d’hydromorphie, comment ajuster la conduite des céréales ?
Dans certaines régions, en particulier en Bretagne, les excès d’eau peuvent impacter le potentiel des céréales. Des ajustements technico-économiques sont donc à réfléchir pour ce printemps.
En premier lieu, la fertilisation azotée – et potentiellement soufrée – est à revoir dans les situations touchées par des excès d’eau en janvier :
- réévaluer le potentiel de rendement de la parcelle, si nécessaire dans le calcul de la dose prévisionnelle ;
- réaliser un premier apport au tallage, mais pas plus de 30-50 kg N/ha, dès que les sols sont portants et les conditions de croissance présentes ;
- évaluer le risque de carence en soufre pour réaliser un apport ou non au moment du 1er apport d’azote.
Il faut toutefois bien penser à désherber, si besoin de rattrapage, avant de fertiliser les céréales.
Côté maladies, il ne faut pas lever le pied sur la protection dans les parcelles pénalisées par l’hydromorphie : un manque de protection sur une année favorable aux maladies impactera fortement le PMG et la capacité de compensation des céréales sur cette composante. La protection sera à adapter à la pression de l’année.
Ces adaptations seront plus ou moins importantes selon l’intensité de l’hydromorphie et l’impact sur le potentiel de la culture.
Ajuster les besoins en azote aux fournitures du sol
Dans les situations où l’excès d’eau est resté temporaire, avec peu d’impacts visuels sur la culture (cumuls de pluies modérés, sols filtrants…), l’adaptation de la fertilisation portera essentiellement sur l’estimation de la fourniture du sol en azote minéral. Un reliquat inférieur à 60 kg N/ha nécessite un apport avant épi 1 cm. Toutefois, cet apport d’azote ne doit pas dépasser 40 kg N/ha, il doit être réalisé sur un sol portant et dans des conditions de croissance de la culture. Dans le cas contraire, la valorisation de l’azote sera dégradée. Au prix de l’engrais, il est important de valoriser au mieux chaque unité.
Dans les situations où l’excès d’eau se traduit par des pertes de pieds importantes, il sera nécessaire de réévaluer le potentiel de rendement de la culture pour ajuster la dose totale d’azote à apporter.
Dans tous les cas, il est opportun de fractionner ses apports idéalement en 3 pour accompagner les plantes selon l’évolution de leur besoin. Au contraire, faire un ou deux apports précoces risque de dégrader la valorisation de l’azote et de ne pas satisfaire le besoin de la culture en fin de cycle.
Fertilisation soufrée : vigilance aux parcelles à risque
L’excès de pluies peut provoquer une lixiviation de l’azote minéral du sol (reliquats plus faibles), mais également du soufre. Selon le type de sol (filtrant ou non), l’historique d’apports organiques, il sera potentiellement nécessaire d’apporter du soufre au moment du premier apport d’azote.
Protection contre les maladies foliaires : ne rien lâcher sur le T2
En cas de potentiel fortement dégradé par l’hydromorphie, on peut être amené à revoir les charges consacrées aux fongicides pour protéger les cultures. Néanmoins, il ne faut pas réduire fortement la dépense. En effet, si l’année est favorable aux maladies, une réduction de la protection sera insuffisante pour protéger les cultures. En conséquence, le PMG (poids de mille grains) sera dégradé, alors que c’est une composante pouvant compenser des défauts d’épis ou de fertilité d’épis.
Si l’on doit réduire la dépense fongicide dans une recherche d’optimum technico-économique au vu d’une perte de potentiel, à choisir, il est plus intéressant de maintenir une protection correcte à la dernière feuille étalée (T2), faire l’impasse du traitement à 2 nœuds (T1) et faire l’impasse à floraison (T3).
Cas particuliers de 2026 : de nouvelles races de rouille jaune vont potentiellement arriver sur le territoire avec un risque potentiel de contournement de la résistance de certaines variétés. Si c’est le cas, au vu de la nuisibilité de la rouille jaune dans les secteurs concernés, il faudra intervenir rapidement et ne pas faire l’impasse du T1.
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