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Sud-Ouest

Maïs : oui pour des semis précoces, mais en sol ressuyé

Face au contexte économique actuel et avec la hausse des coûts de production, les semis précoces constituent souvent un pari gagnant, à l’image de la dernière campagne. Il faudra néanmoins veiller à réaliser quelques ajustements au niveau de l’itinéraire technique. 

Jeunes semis de maïs dans le Sud-Ouest

Pour réussir les semis et assurer un bon début de cycle au maïs, il est nécessaire de bien raisonner l’itinéraire technique dès les semis : sol suffisamment ressuyé, protection contre les ravageurs, gestion du désherbage de prélevée… 

Les bénéfices d’un semis précoce

Semer précocement présente de nombreux bénéfices :

  • Une récolte plus sèche : les frais de séchage représentent une part importante du coût de production du maïs grain. Un semis réalisé début avril permet de gagner 5 à 8 points d’humidité par rapport à un positionnement au 1er mai dans le nord de l’Aquitaine, tout en conservant la même date de récolte. L’exemple du Lauragais (figure 1) montre également un effet positif du semis précoce sur le rendement. 
  • Une qualité sanitaire préservée : les récoltes tardives (au-delà du 1er novembre dans le Sud-Ouest) et humides favorisent le développement de champignons de type Fusarium qui produisent des mycotoxines de type DON et ZEA. Les foreurs sont aussi plus souvent présents sur des floraisons tardives, ce qui constitue un facteur aggravant. En récoltant tôt, à des humidités plus basses, on limite la prolifération de ces champignons. 
  • Une « esquive » des périodes à risque de stress hydrique estival : en avançant le stade floraison, de mi-juillet à fin juin, on peut espérer limiter le déficit hydrique estival du maïs. La réussite de cette stratégie dépend fortement du contexte climatique de l’année.
  • Limiter l’impact du virus MRDV : le MRDV (Maize Rough Dwarf Virus), ou virus rugueux du maïs, provoque un nanisme sévère, des feuilles déformées ainsi qu’un développement racinaire médiocre. Il est transmis par la cicadelle brune mineure Laodelphax striatellus. Le semis précoce constitue l’un des seuls leviers connus à ce jour pour réduire l’exposition au virus et avoir ainsi une fréquence et une intensité de symptômes plus faibles.

Figure 1 : Effet de la date de semis sur le rendement de trois variétés de maïs - exemple du Lauragais

Figure 1 : Effet de la date de semis sur le rendement de trois variétés de maïs - exemple du Lauragais

Les points de vigilance

Les semis précoces nécessitent cependant de prendre quelques précautions :

  • Adapter la variété : quelle que soit la date de semis, le choix de la variété reste très important et doit être réfléchi selon le contexte de sa parcelle : variété à bonne vigueur au départ, adaptée au potentiel hydrique. La stratégie semis précoce + variété précoce peut être cohérente dans certaines situations, notamment en coteaux secs, toujours dans l’optique d’esquiver les périodes de stress hydrique estival.

Choisir la variété adaptée à son potentiel en consultant les résultats sur Varmaïs.

  • Adapter la densité de semis :
    • En bon potentiel (irrigation, réserves hydriques du sol importantes), augmenter les densités de semis. En effet, semer précocement provoque un allongement du cycle. Les levées s’étalent et la plante est plus sensible aux attaques de ravageurs. De plus, la plante étant plus exposée au froid, cela entraîne une baisse de la surface foliaire qui limite l’absorption du rayonnement. Une augmentation de la densité de semis sera donc nécessaire pour compenser les pertes de plantes liées à ces phénomènes. 
    • En potentiel limitant : on limitera la densité de semis pour réduire les consommations en eau et préserver la réserve utile.
  • Apporter de l’engrais starter : l’utilisation d’engrais starter localisé au semis est nécessaire pour assurer une levée rapide du maïs, limitant ainsi l’exposition aux ravageurs de début de cycle. En effet, les essais montrent que la fertilisation localisée présente un intérêt pour le phosphore et permet un gain de rendement (figure 2), mais aussi moins d’humidité à la récolte, réduisant ainsi les coûts de séchage.

Figure 2 : Effet de la localisation du phosphore sur le rendement du maïs (52 essais 1989 à 2004, AGPM - ITCF - ARVALIS)

Figure 2 : Effet de la localisation du phosphore sur le rendement du maïs (52 essais 1989 à 2004, AGPM - ITCF - ARVALIS)
  • Attendre d’avoir un sol correctement ressuyé : un sol ressuyé réchauffera mieux et sera moins sensible au tassement. Un semis très précoce est plus exposé au risque de battance, notamment en présence de limons. Pour une levée rapide et homogène du maïs, il est conseillé de viser une température du sol autour de 10°C. Afin d’évaluer si le sol est prêt à être travaillé, prendre une motte en la pressant entre ses doigts. Si le sol s’émiette sans coller, l’état d’humidité est satisfaisant et le sol peut être travaillé (figure 3).

Figure 3 : Clé de détermination de l’état d’humidité du sol

Figure 3 : Clé de détermination de l’état d’humidité du sol

Carte 1 : Cumul de précipitations (en mm) enregistré entre le 1er et le 23 mars 2026 sur le sud-ouest de la France

Carte 1 : Cumul de précipitations (en mm) enregistré entre le 1er et le 23 mars 2026 sur le sud-ouest de la France
  • Semis précoces et risques de gel : comme décrit ci-dessus, le bénéfice en rendement de l’avancée des dates de semis a été largement démontré. Cependant, il faut veiller à ne pas semer trop tôt pour autant. En années à printemps froids et pluvieux, semer trop tôt expose la culture à des risques importants. 

    Selon les secteurs, la date médiane du dernier jour de gel varie entre fin février et mi-avril (tableau 1). Semer avant cette date expose à des risques accrus. 

Tableau 1 : Date du dernier jour de gel à 0°C sur la période janvier-juin – Etude fréquentielle sur la période 2006-2025

Tableau 1 : Date du dernier jour de gel à 0°C sur la période janvier-juin – Etude fréquentielle sur la période 2006-2025
Source : ARVALIS et Météo France

Le semis doit être suffisamment profond afin que l’apex puisse être correctement protégé dans le sol. En effet, jusqu’au stade 5-6 feuilles, il sera ainsi protégé du froid. A partir de 6 feuilles, l’apex arrive au niveau du sol et est beaucoup plus exposé au gel. La destruction des tissus de l’apex entraîne la mort des plantes (photo). 

photo
Dessèchement des feuilles suite à un gel précoce - ARVALIS
  • Les bénéfices des semis précoces sont nombreux : récolte plus sèche, qualité sanitaire préservée, stratégie d’esquive des stress hydriques, réduire l’impact du MRDV…
  • Attendre le ressuyage du sol avant d’intervenir, d’autant plus que le maïs est sensible au tassement.
  • Adapter sa variété en termes de précocité et la densité de semis selon son potentiel (on augmentera les densités de semis en bon potentiel).
  • Opter pour une fertilisation starter en localisé au semis qui assurera une bonne vigueur au départ et une levée homogène.

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