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Recrudescence de MRDV sur maïs dans le Sud-Ouest : comment aborder 2026 ?

Réapparus en 2023 sur maïs semence, les symptômes de viroses ont pris une proportion inédite en 2025 dans le Sud-Ouest, affectant également le maïs consommation. Le point sur l’ampleur du problème et les leviers pour l’endiguer.

symptômes de MRDV sur maïs

Les plus anciens s’en souviennent ! Le nanisme rugueux du maïs, maladie virale attribuée au MRDV (Maize Rough Dwarf Virus), avait fait parler de lui dans les années 90 dans le sud-ouest de la France. Mais depuis, la maladie était sous contrôle et les symptômes devenus rares... jusqu'en 2023.

Une forte recrudescence en 2025

Les trois dernières campagnes ont en effet vu une recrudescence des symptômes liés à ce virus dans le Sud-Ouest. En 2025, les pertes économiques ont atteint une proportion inédite depuis 30 ans en maïs semence dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et le Gers. Des symptômes notables ont également été observés en maïs consommation, phénomène devenu rare depuis 2007. Des analyses virologiques réalisées en 2025 confirment que le MRDV est prépondérant dans le Sud-Ouest, mais il a également été détecté dans d’autres régions de France et d’Europe même si les symptômes sont plus rares.

Un seul vecteur connu

Le MRDV est transmis au maïs par une seule espèce de cicadelle : la cicadelle brune mineure, Laodelphax striatellus.

Cette espèce hiverne au stade nymphe dans les graminées présentes en bordure de parcelles, prairies, jachères ou zones enherbées. Après la diapause hivernale, les adultes émergent au printemps. En France, cette cicadelle réalise vraisemblablement deux générations par an, avec une émergence d’adultes préférentiellement en mai (début ou fin de mois selon la précocité de l’année).


cicadelle
La cicadelle brune Laodelphax striatellus Fallén est le seul vecteur connu du MRDV en conditions naturelles. A ne pas confondre avec la cicadelle commune Zyginidia scutellaris, très fréquemment observée dans les parcelles de maïs chaque année sur l’ensemble du territoire.

Le virus est acquis par la nymphe ou l’adulte lors de l’alimentation sur des graminées infectées (céréales à paille, ray-grass, digitaire, panic pied-de-coq, chiendent, sétaires…). Après un temps de latence de 10 à 15 jours, la cicadelle peut ensuite transmettre le virus à d’autres plantes au cours de piqûres d’alimentation. Aucune transmission par la semence, le pollen ou le simple contact entre plantes n’a été démontrée à ce jour.

Choix variétal et semis précoces : deux leviers d’action concrets

Le levier génétique a un effet majeur sur la nuisibilité du MRDV. Les observations réalisées dans les essais de post-inscription confirment des différences significatives de sensibilité entre variétés. En 2025, certaines variétés présentaient jusqu’à 20 % de plantes avec symptômes, contre moins de 4 % pour les plus tolérantes. Le pourcentage de plantes symptomatiques est fortement corrélé aux pertes de rendement. 

Pour les prochaines campagnes, le premier conseil est donc de ne pas semer de variété ou de lignée dont la sensibilité au MRDV a été constatée dans les secteurs géographiques où le virus est prépondérant (Pyrénées-Atlantiques, Landes, Lot-et-Garonne, Gironde, Gers). 

La date de semis joue également un rôle important dans le niveau de symptômes de MRDV. Les semis réalisés fin mai sont les plus exposés, tandis que les semis plus précoces (avril à mi-mai) ou plus tardifs (début juin) présentent en moyenne une fréquence et une intensité de symptômes plus faibles. 

Il est donc conseillé de privilégier tant que possible les semis précoces pour limiter l’incidence du MRDV sur les maïs.

Peu de marges de manœuvre par ailleurs

D’autres facteurs de risque ont été identifiés mais leur traduction en leviers techniques reste parfois à préciser. La présence de graminées-hôtes en bordure de parcelles (jachères, prairies, haies, zones humides) joue un rôle de réservoir de virus. Les symptômes en culture sont souvent plus intenses à proximité de ces zones, notamment en fond de vallée. Toutefois, la généralisation des graminées dans le paysage rend difficile l’identification de facteurs paysagers discriminants.

En revanche, une enquête parcellaire réalisée en 2025 sur maïs semence dans le cadre du programme de la FNPSMS* ne permet pas de mettre en évidence un effet clair de l’interculture, du type de sol, de l’irrigation ou de la fertilisation sur l’intensité des symptômes. Néanmoins, la présence concomitante d’autres stress biotiques ou abiotiques (enherbement précoce, stress hydrique en début de cycle) semble amplifier la sensibilité des plantes et la nuisibilité globale du MRDV.

Quant aux solutions insecticides actuellement disponibles (pyréthrinoïdes appliquées en végétation), elles présentent, dans les essais historiques, une efficacité limitée, même en cas de traitements répétés ou positionnés en début de cycle. Ce manque d’efficacité des traitements insecticides en végétation à l’aide de pyréthrinoïdes est confirmé par les résultats d’une enquête parcellaire réalisées en 2025. Une meilleure connaissance des dynamiques de vol de la cicadelle vectrice reposant sur le piégeage est nécessaire pour espérer améliorer l’efficience de la lutte directe.

En l’absence de solution de lutte directe efficace, la combinaison du levier génétique et d’une stratégie d’évitement (via la date de semis) représente la principale voie de gestion à court terme.

Différents travaux de recherche et développement seront engagés dès 2026 par ARVALIS et les réseaux partenaires pour mobiliser tous les leviers susceptibles de contrôler la maladie et d’en atténuer les dégâts.

*FNPSMS : fédération nationale des producteurs de semences de maïs et de sorgho

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