Irrigation du maïs : premiers tours d’eau à prévoir pour les semis de début avril
En maïs, l’irrigation débute classiquement au stade 10-12 feuilles. Si le déficit est modéré, elle peut être décalée jusqu’à 15 feuilles - stades où la sensibilité au manque d’eau s’intensifie. Avec les conditions extrêmes actuelles, les dates habituelles de déclenchement peuvent être quelque peu redéfinies. Voici les recommandations pour piloter les premières irrigations.
Période de sensibilité et consommation en eau du maïs
La sensibilité du maïs au stress hydrique et ses besoins en eau évoluent au cours de son cycle.
Jusqu’à environ 10-12 feuilles, les besoins (illustré par le kc) sont faibles et un stress a peu de conséquence sur le rendement (impact surtout sur le gabarit final des plantes qui seront plus « trapues »).
A partir de 10-12 feuilles, les besoins augmentent rapidement et la sensibilité s’accroît très vite avec l’initiation florale qui débute. La période de plus forte sensibilité se situe entre le stade 15 feuilles et le stade limite d’avortement des grains (SLAG). Durant cette période, un stress réduit le nombre de grains et impacte fortement le rendement. Par la suite, la sensibilité diminue progressivement pour devenir nulle à la maturité physiologique.
Conséquence de l’épisode de canicule
La plupart des maïs ont été semés vers la mi-avril. Depuis cette date, l’offre thermique très importante, avec les effets cumulatifs de la vague de chaleur actuelle, conduit à une avance de stades des maïs importante, qui atteint, voire dépasse 2 feuilles, soit une dizaine de jours d’avance par rapport aux cycles observés ces dernières années. Les maïs semés début avril dépassent 10 feuilles à l’heure actuelle, les semis de fin avril/début mai atteindront ce stade en fin de semaine prochaine.
La sécheresse et la chaleur actuelles se traduisent par des demandes climatiques très élevées qui entraînent un épuisement très rapide du réservoir du sol. A ces stades précoces, les plantes n’exploitent que 50 % de la réserve utile maximale, qu’elles n’atteindront que dans le courant du remplissage des grains.
Dans beaucoup de situations, la réserve facilement utilisable (RFU) arrive dès à présent à épuisement : la période de plus forte sensibilité débutant pour les maïs semés début avril, un premier tour d’eau peut être envisagé (figure 2) dès que possible dans les sols superficiels, et début de semaine prochaine en sol plus profond.
Figure 2 : Evolution du stock d’eau disponible pour un maïs semé au Magneraud le 16 avril
La courbe bleue continue illustre l’évolution du stock d’eau restant, la partie pointillée correspond à la prise en compte des prévisions météo pour les 8 jours suivants les dernières données réelles d’ETP, elle ne prend pas en compte les éventuelles pluies à venir.
Il sera limité à une vingtaine de millimètres car la RFU exploitable par les jeunes racines est limitée, et que la capacité du sol à recevoir une hauteur d’eau valorisable est plus faible. Une dose trop élevée pourrait conduire à une saturation en eau des sols prématurée, et entraîner la lixiviation d’une partie de l’azote apporté depuis le semis. Le maintien d’une partie de réservoir libre permettra également de bien valoriser d’éventuelles pluies à venir.
Dans les situations de semis plus tardifs (figure 3), le stade de sensibilité ne sera atteint que dans une huitaine de jours : le premier tour d’eau sera donc décalé, d’autant plus en l’absence de pluie.
Figure 3 : Evolution du stock d’eau disponible pour un maïs semé au Magneraud le 5 mai
A retenir
Les maïs semés la première quinzaine d’avril ont à l’heure actuelle 8 à 10 jours (2 feuilles) d’avance par rapport à leur cycle habituel (5- 6 jours pour les semis tardifs), et atteignent le stade 10-12 feuilles de début de période d’irrigation.
Les RFU sont épuisées dans beaucoup de situations : en conséquence, une première irrigation peut être envisagée dès aujourd’hui si la ressource en eau le permet. Si le volume disponible est limitant, ce premier tour d’eau peut être retardé d’une huitaine de jours.
Compte tenu de l’enracinement encore peu profond des maïs, cette première irrigation doit être limitée à une vingtaine de mm pour ne pas saturer le sol en eau et entraîner une lixiviation prématurée de l’azote.
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