Céréales à paille : positionner un tour d’eau pour les sols superficiels et moyens
Avec l’avance des stades et le manque de pluies significatif, les bilans hydriques se dégradent et les premières parcelles connaissent du stress. Comment piloter l’irrigation selon les espèces et les type de sol, et par rapport aux derniers apports azotés à positionner ?
Une avancée rapide des stades
Les conditions très chaudes dès la sortie d’hiver ont fait progresser trop rapidement les stades des céréales à paille :
- les blés tendres sont actuellement entre dernière feuille pointante et gonflement,
- les orges d’hiver entre dernière feuille et sortie des bardes,
- les blés durs de 2 nœuds à dernière feuille étalée,
- et les orges de printemps semées en février/mars autour d’épi 1 cm.
En parallèle, peu de pluies sont à comptabiliser depuis la mi-mars hormis en Auvergne (carte 1), et la forte demande climatique (ETP : Evapotranspiration Potentielle), couplée à cette avance de stades, engendre une dégradation des bilans hydriques.
Carte 1 : Pluies (mm) du 15 mars au 15 avril 2026
Impact du stress hydrique courant montaison
Pendant la montaison, les céréales mettent en place leur appareil photosynthétique, ainsi que certaines composantes de rendement : le nombre d’épis par plante et le nombre de grain par épi. Le stress hydrique devient surtout préjudiciable à la culture pendant la seconde partie de la montaison, de 2 nœuds à floraison.
Une irrigation courant montaison ne doit être mise en œuvre que si la montée à épis et la composante densité d’épis risquent d’être limitantes : un déficit de consommation de 40 mm pendant la montaison est considéré comme acceptable sous réserve que le peuplement épi soit suffisant, et qu’il n’y ait pas de carence en azote. De plus, une irrigation trop abondante et précoce conduit à un appareil végétatif exubérant, augmentant le risque de verse et de maladies foliaires, mais surtout se traduisant par une augmentation de la transpiration et par conséquent, une irrigation plus soutenue par la suite.
Rappelons que le gain moyen de l’irrigation en céréales à paille se situe entre +5 et 9 q/ha pour 30 mm, selon les espèces, années et types de sol. La matrice rentabilité d’irrigation (figure 1) permet d’estimer les gains moyens de marge à l’hectare de l’irrigation. Attention, les calculs ne prennent pas en compte la main-d’œuvre ni l’amortissement du matériel d’irrigation, à rajouter en fonction des contextes :
- Sur blé tendre, au-delà de 25-30 centimes du m3, la rentabilité de l’irrigation est aléatoire.
- Sur blé dur ou blé améliorant, l’irrigation reste rentable à l’heure actuelle.
Figure 1 : Matrice de rentabilité d’irrigation – blé tendre / blé dur (en euros/ha)
La réserve facilement utilisable est franchie en sols superficiels et moyens
D’après les simulations du bilan hydrique Irré-LIS, la réserve facilement utilisable est dépassée depuis une semaine environ dans les sols superficiels et moyens de la région (< 120 mm de RU). Pour les sols profonds (limons argileux, limons), la réserve sera vide en fin de semaine, à raison d’une consommation d’environ 4 mm par jour prévue cette semaine (parcelles ayant atteint dernière feuille étalée).
→ Pour estimer le réservoir utilisable pour vos cultures (gratuit) : Mon Réservoir Utilisable.
Figure 2 : Bilan hydrique pour la variété CELEBRITY, semis du 15 octobre, argilo-calcaire moyen (RU = 105 mm ; RFU = 70 mm) à Thizay (36)
Figure 3 : Bilan hydrique pour la variété ANVERGUR (blé dur), semis du 1er novembre, limon (RU = 180 mm ; RFU = 110 mm) à Ouzouer-le-Marché (41)
Figure 4 : Bilan hydrique pour la variété CELEBRITY, semis du 1er novembre, argilo-calcaire (RU = 130 mm ; RFU = 80 mm) à Clermont-Ferrand (63)
Pour résumer
Pas de pluies à court terme prévues dans la région :
Sur sols profonds (RU > 120 mm) : les cultures ne sont pas encore en stress mais le seront fin de semaine → hors besoin de faire porter l’azote (voir plus bas), il est recommandé d’attendre la semaine prochaine pour déclencher le premier tour d’eau. Idem pour tout type de sol en Auvergne à condition d’avoir reçu 20-30 mm la semaine dernière.
Sur sols superficiels et moyens : les cultures sont en stress depuis dix jours pour les zones les moins arrosées → un tour d’eau de 25 à 30 mm peut être positionné dès maintenant, si possible de nuit au vu des conditions venteuses, en priorisant :
- les sols les plus superficiels ;
- à stade équivalent les blés durs et les blés améliorants par rapport aux blés tendres (voir matrice) ;
- se tenir prêt à irriguer les orges de printemps à partir du stade 2 nœuds si le sec perdure : les orges compensent moins et sont plus dépendantes de la composante « nombre d’épis/m² ».
Si un apport d’azote ou une intervention fongicide est prévue : les réaliser avant le tour d’eau → au plus tôt 24 h après le passage fongicide, et en adaptant le volume à la culture (sur orge de printemps : limiter à 15-20 mm pour les parcelles en début de montaison). L’efficience de l’apport d’azote en sera améliorée.
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