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Poitou-Charentes

Epuisement des réserves d’eau : quand déclencher la prochaine irrigation sur céréales ?

Les céréales sont actuellement exposées au stress hydrique, en raison de la sécheresse qui s’accentue de plus en plus - pluviométrie récente inférieure aux attentes et pas de prévisions de pluies dans les dix prochains jours. Dans ces conditions, un tour d’eau peut être envisagé selon la situation et les priorités.

Canon d'irrigation dans une parcelle d’orge au printemps 2026 en Poitou-Charentes

En absence d’irrigation, le déficit s’étend aux sols profonds

Dans les sols superficiels à moyens, pour des semis réalisés entre le 15 octobre et le 15 novembre, les réservoirs utiles sont arrivés à épuisement depuis une dizaine de jours alors que les blés atteignent le stade dernière feuille pointante, voire début épiaison, pour les situations les plus précoces (figures 1 et 2). 

L’impact sur le rendement devient désormais significatif et ne sera plus compensé par un retour éventuel des pluies. Le déficit peut être réduit dans les rares secteurs ayant reçu 15-20 mm de pluie lors du dernier épisode (carte 1), mais dans ces situations, le retour à une situation déficitaire est déjà en cours. Là aussi, l’impact sur le rendement va devenir significatif.

Carte 1 : Cumul de pluie du 10 au 18 avril 2026

Carte 1 : Cumul de pluie du 10 au 18 avril 2026

Dans les sols profonds, pour des semis réalisés entre le 15 octobre et le 15 novembre, les réservoirs utiles arrivent progressivement à épuisement depuis le début de cette semaine (figure 3). L’impact sur le rendement est encore modéré, voire nul dans les secteurs qui ont reçu 15-20 mm lors du dernier épisode pluvieux. La situation va en revanche se dégrader dans les prochains jours si aucune pluie ne survient dans les huit / dix prochains jours.

Comment gérer l’irrigation sur les céréales à paille ?

Dans les sols superficiels à moyens, pour des semis réalisés entre le 15 octobre et le 15 novembre, si une première irrigation a été réalisée, l’essentiel du potentiel est pour l’instant préservé. Un deuxième tour d’eau peut désormais être envisagé si la ressource le permet compte tenu des fortes ETP actuelles et de l’absence de prévision de pluie (figure 4).

Dans les sols profonds, pour des semis réalisés entre le 15 octobre et le 15 novembre, un premier tour d’eau peut être envisagé dès maintenant dans les secteurs qui n’ont pas reçu plus de 10 mm lors du dernier épisode pluvieux. Si le dernier épisode a dépassé 15-20 mm, il est possible de patienter encore jusqu’en début de semaine prochaine et de décider d’un éventuel tour d’eau si aucune pluie significative n’est prévue. Positionner le dernier apport d’azote avant le déclenchement de l’irrigation.

Figure 1 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Groie Moyenne – Le Magneraud : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 4 avril

Figure 1 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Groie Moyenne – Le Magneraud : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 4 avril

Figure 2 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé dur Anvergur - Semis 5/11 – Groie Moyenne – Le Magneraud : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 8 avril

Figure 2 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé dur Anvergur - Semis 5/11 – Groie Moyenne – Le Magneraud : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 8 avril

Figure 3 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Terres Rouges à châtaigniers – Lusignan : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 20 avril

Figure 3 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Terres Rouges à châtaigniers – Lusignan : la parcelle est en déficit hydrique depuis le 20 avril

Figure 4 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Groie Moyenne – Le Magneraud : après un premier passage réalisé le 4 avril, un 2e peut être envisagé

Figure 4 : Bilan hydrique Irré-LIS® - Blé tendre Intensity - Semis 15/10 – Groie Moyenne – Le Magneraud : après un premier passage réalisé le 4 avril, un 2e peut être envisagé

Avertissement : dans les figures ci-dessus, la partie en pointillé des courbes bleues qui illustre l’évolution du réservoir hydrique correspond à la prise en compte des données prévisionnelles Météo France de température et d’ETP mais elles ne prennent pas en compte les éventuelles prévisions de pluie.

Concernant les orges de printemps

Les orges de printemps semées à l’automne et jusqu’en début d’année (fin novembre à début janvier) sont à mi montaison ou ont atteint, voire dépassé, le stade sortie des barbes et sont en période de forte sensibilité. Les règles de décision proposées ci-dessus pour les blés peuvent leur être appliquées.

Les orges de printemps semées en février/début mars atteignent ou dépassent légèrement le stade épi 1 cm. Leur sensibilité au déficit hydrique devient significative à partir du stade 1-2 nœuds. Un tour d’eau peut donc être envisagé dans le courant de la semaine prochaine. Si l’apport d’azote principal n’a pas été déclenché en raison de la sécheresse ou n’a pas été valorisé par le dernier épisode pluvieux (pluie < 10 mm), ce premier tour d’eau pourra être positionné juste après l’apport d’engrais.

Comment prioriser la répartition de l’eau entre parcelles ?

La priorité doit être donnée aux parcelles les plus superficielles et les plus précoces sous réserve que leur potentiel soit préservé.

La réponse à l’eau du blé dur et du blé tendre sont assez similaires, mais le blé dur est un peu plus sensible au déficit hydrique précoce et, à stade équivalent et situation hydrique comparable : il sera judicieux de les privilégier par rapport au blé tendre.

 Quelle rentabilité attendre de l’irrigation des céréales à paille ?

Le gain moyen de l’irrigation en céréales à paille se situe entre +5 et 9 q/ha pour 30 mm, selon les espèces, années et types de sol. La matrice de rentabilité permet d’estimer les gains moyens de marge à l’hectare de l’irrigation. Attention, les calculs ne prennent pas en compte la main d’œuvre ni l’amortissement du matériel d’irrigation, à rajouter en fonction de vos contextes :

  • Sur blé tendre, au-delà de 25-30 centimes du m3, la rentabilité de l’irrigation est aléatoire.
  • Sur blé dur ou blé améliorant, l’irrigation reste rentable à l’heure actuelle.

Tableau 1 : Matrice de rentabilité d’irrigation – blé tendre / blé dur (en euros/ha)

Tableau 1 : Matrice de rentabilité d’irrigation – blé tendre / blé dur (en euros/ha)
Gain de rendement estimé à partir d’essais sur blé dur et blé tendre : +2,2 q/10 mm pour 60 mm apporté. Surcoût azote estimé = 45 euros/ha. Pour prendre en compte la main-d’œuvre : se placer une ligne plus bas sur la matrice.

Et les maïs ?

Les maïs semés tôt atteignent à l’heure actuelle le stade 5-6 feuilles. Leurs besoins en eau et leur sensibilité au déficit hydrique est très faible à l’heure actuelle. Aucune irrigation n’est à envisager avant le stade 11-12 feuilles. Compte tenu des températures actuelles, ce stade ne sera pas atteint pour les parcelles les plus précoces avant la fin du mois de mai.

Les seules situations pouvant éventuellement justifier une irrigation sont les semis récents, réalisés dans le « sec » qui peuvent nécessiter un apport d’une quinzaine de mm pour régulariser la levée.

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