Valeur alimentaire : qu’attendre d’un maïs fourrage récolté sans épi ?
La campagne 2026 est marquée par des épisodes caniculaires et de sécheresse répétés, qui pénalisent fortement le potentiel de rendement des maïs fourrages un peu partout sur l’Hexagone. Qu’en est-il de leur valeur alimentaire ?
Une floraison souvent compromise cette année
La floraison du maïs fourrage est un stade clef, garantissant en partie la production des grains. Ces derniers représentent globalement 50 % du rendement en fourrage après ensilage au stade 32 % de Matière Sèche (MS). Outre leur rôle sur la quantité de fourrage produite, les grains participent également à la valeur alimentaire. L’amidon qu’ils contiennent fait notamment du maïs fourrage un aliment riche en énergie pour répondre aux besoins des animaux.
Cette campagne 2026 s’illustre notamment par une absence de précipitations précoce, depuis la mi-mai, mais également par des records de températures généralisés induisant des stress thermiques depuis le mois de juin. Le prolongement de ces épisodes de chaleur couplé à l’absence de pluies ont induit des stress hydriques plus ou moins intenses sur les maïs conduits sans irrigation. La période autour de la floraison étant fortement sensible à ces stress, la floraison d’une grande partie des maïs a été limitée voire impossible. Les conséquences associées sont notamment la production d’épis très hétérogènes avec peu de grains et, dans les situations les plus catastrophiques, des maïs sans épi.
Des chantiers d’ensilage parfois précoces
Dans cette situation chaotique, certaines parcelles dont les plantes étaient fortement desséchées sur pied ont été récoltées dès la première quinzaine de juillet. Les maïs ensilés ne présentaient donc pas d’épi, et d’autres chantiers seront dans le même cas de figure.
Attention tout de même à ne pas généraliser la situation à toutes les parcelles : la situation est très hétérogène sur l’Hexagone. Beaucoup de parcelles n'ont pas ou peu d'épis, même avec un développement végétatif proche de la normale. Le niveau de remplissage des épis est très variable, des avortements importants ont pu avoir lieu, le nombre de grains par m² est donc très incertain. Au sein d'une même parcelle, il peut y avoir une grande hétérogénéité. Le devenir des grains, la qualité du remplissage et l’état des plantes (dessèchement du feuillage) dépendent désormais des conditions climatiques des jours à venir. Les quelques orages survenus à la mi-juillet sur certaines zones pourront redonner de la vigueur aux maïs et limiter l’avortement des grains restants.
L’absence d’épi est-elle préjudiciable pour la qualité du fourrage ?
En l’absence d’épi et dans le cadre de récoltes très précoces vis-à-vis du cycle de la culture, le risque premier est de récolter un fourrage trop humide. En effet, la teneur en MS du maïs pourrait se situer proche ou même en dessous de 25-26 %, ce qui engendrerait des pertes significatives par les jus. Pour les chantiers concernés, il aura et sera judicieux de disposer un aliment ou un fourrage plus sec dans la partie basse du silo afin de récupérer ces jus et d’éviter la perte de nutriments et de matières issues de l’ensilage.
Lorsque les plantes ensilées ne contiennent pas de grains, la valeur alimentaire se cantonne intégralement dans la digestibilité de l’appareil végétatif.
Initialement, la valeur énergétique du maïs fourrage réside dans l’amidon. Cependant, lorsque les plantes ensilées ne contiennent pas de grains, la valeur alimentaire se cantonne désormais intégralement dans la digestibilité de l’appareil végétatif (tiges + feuilles). Malheureusement, en France, il n’existe que peu de références sur ce type de fourrage.
Cependant, quelques prélèvements réalisés en stations expérimentales ARVALIS ont permis d’évaluer la valeur alimentaire éventuelle de ce type de fourrage. Il a été constaté que pour des maïs plus ou moins stressés et à des stades plutôt précoces, la digestibilité des fibres est plutôt correcte et surtout non dépendante du niveau de dessèchement des feuilles (figure 1).
Figure 1 : Digestibilité de la matière organique non-amidon (dMOna) en fonction de la proportion de feuilles desséchées pour des maïs fourrage en stress hydrique
D’autre part, la valeur UFL de ce type de maïs ne décroche pas significativement pour autant en l’absence de grains lorsque la digestibilité des fibres reste bonne. Cette qualité énergétique du fourrage est simplement différemment obtenue en comparaison à des maïs ensilage plus traditionnels. Par ailleurs, pour des maïs ayant souffert de la sécheresse, des références américaines font état de valeurs énergétiques proches de la normale (85 à 100 %), sans pour autant qu’il soit possible de positionner ces résultats par rapport à la situation actuelle.
Concernant la teneur en Matières Azotées Totales (MAT) du fourrage, elle est plus élevée, du fait d’un phénomène de dilution de l’azote dans la plante qui est moins important car le rendement est réduit significativement.
Prendre le temps de réaliser un échantillon
Dans ces conditions, pour les chantiers de récolte non réalisés à ce jour, il convient de confectionner un échantillon le jour du chantier. Pour cela, prélever quelques poignées de fourrage de chaque benne pour être représentatif du silo. Durant toute la durée du chantier, ces différentes poignées seront placées dans un récipient à l’abri du soleil (et de la pluie) et si possible au frais (glacière). A la fin du chantier, mélanger le contenu du récipient et remplir un sac plastique de 1 à 1,5 l en prenant soin de chasser l’air. L’optimum serait de placer cet échantillon au congélateur jusqu’à l’envoi au laboratoire. Néanmoins, si cela n’est pas envisageable, l’échantillon en vert sera placé au réfrigérateur et envoyé rapidement. Si possible, éviter les envois en fin de semaine pour permettre le traitement immédiat par le laboratoire. L’envoi d’un échantillon du maïs ensilé permettra de connaître plus spécifiquement la valeur alimentaire du cru de l’année. Ainsi, la ration pourra être ajustée afin de répondre efficacement aux besoins du troupeau à alimenter.
Adaptation des rations selon la valeur alimentaire du maïs fourrage
Dans le contexte de l’année, avec des maïs peu fournis en amidon, il convient de prévoir un ajustement des rations à venir. Mise à part les maïs irrigués et les situations peut impactées par des stress hydriques, deux cas de figures sont possibles :
- Teneurs en amidon faible (< 20 %) mais avec une digestibilité de l’appareil végétatif correcte (> 69 %) : il sera nécessaire d’ajuster la ration avec des fourrages fibreux mais surtout des concentrés riches en amidon.
- Teneurs en amidon faible (< 20 %) mais avec une digestibilité de l’appareil végétatif médiocre (< 69 %) : il sera impératif de densifier en énergie pour compenser le manque. Les céréales ou les pulpes et les coproduits pourront êtres utilisés selon la teneur en amidon du maïs fourrage. Une ration composée avec ce type de maïs sera plutôt adaptée à des animaux à besoins faibles voire moyens.
Maïs riches en nitrates : quelques précautions d’usage
Selon des références américaines, les maïs ayant subi un stress hydrique peu de temps avant, et au moment de la floraison, présentent de fortes teneurs en nitrates. Ces nitrates ne sont pas toxiques en eux-mêmes. Cependant, ingérés en trop grande quantité par des animaux, une part non négligeable de ces nitrates peut être réduite en nitrites dans le rumen puis gagner le réseau vasculaire. Comme pour les nourrissons chez l’homme, les nitrites oxydent l’hémoglobine, alors incapable de remplir son rôle de transporteur d’oxygène. Dans les cas les plus sévères, l’animal peut risquer l’asphyxie. Des études ont cependant démontré la capacité des gros ruminants à consommer des fourrages riches en nitrates, à condition que ces derniers soient intégrés progressivement dans la ration.
Par mesures de précaution, plusieurs dispositions peuvent être prises :
- Si le maïs plante entière est pâturé, la distribution d’un autre fourrage à l’auge avant pâturage ainsi qu’un rationnement du pâturage permettra de se prémunir de ces risques. Il en va de même si le maïs est distribué en vert à l’auge.
- Si le maïs est ensilé, la technique de l’ensilage réduit à elle seule de près de 50 % la teneur en nitrates du fourrage.
En cas de fortes précipitations dans les jours qui précèdent l’ensilage d’un maïs à un stade très immature, on peut s’attendre à des absorptions importantes d’azote par les plantes, augmentant ainsi leurs teneurs en nitrates. Dans ces situations, il peut être préférable de décaler le chantier d’au moins 4 jours.
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.