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Bourgogne-Franche-Comté

Stade épi 1 cm en approche et absence de pluie : privilégier le fractionnement de l’azote

Le stade épi 1 cm approche, voire est déjà atteint, pour les céréales semées cet automne. Après un mois de février « hors norme », quelle stratégie de fertilisation azotée mettre en œuvre ? 

Parcelle d’orge d’hiver proche du stade épi 1 cm en mars 2026 en Bourgogne

Une accélération des stades après un mois de février particulièrement chaud et humide 

Février a été particulièrement pluvieux, bien qu’un net ralentissement des précipitations ait observé à partir de la troisième décade. Par ailleurs, de très nombreux records de chaleur ont été battus fin février sous l'influence d'un courant du sud, ramenant de l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord. Ainsi, en février, la température moyenne a été supérieure de +3,5°C à +4,5°C par rapports aux normales. 

Ces conditions climatiques ont entraîné une accélération de l’atteinte du stade épi 1 cm. 

Voici des estimations des stades épi 1 cm, par types de situations (Prévi-LIS®), pour des hypothèses de températures futures conformes à la moyenne. S’il fait plus chaud que la moyenne à partir de maintenant, les stades seront un peu plus précoces.

Tableau 1 : Estimation de l’apparition du stade épi 1 cm en blé tendre, selon la précocité

Tableau 1 : Estimation de l’apparition du stade épi 1 cm en blé tendre, selon la précocité

Quelle stratégie de fertilisation adopter ? 

Tout d’abord, il est recommandé d’actualiser la dose X du fait des pertes potentielles d’azote par lixiviation depuis les prélèvements des reliquats sortie d’hiver

Il est également nécessaire d’adapter la fertilisation au potentiel réel des parcelles affectées par l’hydromorphie ou la stagnation des eaux (en vallée). 

Du côté de la pluviométrie, si la météo s’annonce sèche du 5 au 12 mars, la probabilité d’atteindre au moins 15 mm la semaine du 13 au 19 mars est de 30 à 70 % (attention toutefois à la fiabilité des prévisions au-delà de sept jours).

Figure 1 : Probabilité d’atteindre 15 mm ou plus sur la période du 13 au 19 mars

Figure 1 : Probabilité d’atteindre 15 mm ou plus sur la période du 13 au 19 mars
Source : Aléapluie

Différents cas de figures se présentent en fonction de la réalisation ou non d’un apport tallage et en fonction de l’avancée des stades. Quand peut-on y aller et quels fractionnements adopter ?

Cas 1 : un apport a été réalisé au tallage, il a été valorisé, et le stade épi 1 cm est prévu première quinzaine de mars

Si la dose à apporter à épi 1 cm est importante et/ou que le risque climatique est fort, je fractionne l’apport : un premier apport dès que possible et un second dans quinze jours en visant la pluie.

Si un seul apport doit être effectué, viser plutôt après le 10 mars, avant une pluie. L’apport d’azote est moins urgent puisqu’un apport tallage a été réalisé.  

Cas 2 : l’apport tallage n’a pas encore été réalisé et le stade épi 1 cm est prévu première quinzaine de mars

Si l’apport tallage n’a pas été encore réalisé, et dès lors qu’on est en approche du stade épi 1 cm, il est conseillé de réaliser un premier apport (environ 80 unités), puis de revenir avec le solde (dose X – le premier apport – la mise en réserve) d’ici quinze jours, ou autour du stade 1-2 nœuds, en visant une pluie. 

Le risque de volatilisation de l’azote est important du fait des conditions de valorisation par la pluie moyennes à médiocres. Apporter une dose trop importante d’azote n’est pas recommandé. Toutefois, les rosées du matin et les sols encore « frais » permettent d’aider à la valorisation. 

 Cas 3 : situations tardives, le stade épi 1 cm est prévu fin mars

En l’absence d’un apport au tallage et en situation tardive, il est possible d’apporter dès maintenant 40 unités. L’apport épi 1 cm peut encore attendre fin mars, en visant les prochaines pluies. 

Cas 4 : situations précoces, les apports tallage et épi 1 cm ont déjà été réalisés

Dans la mesure du possible, si l’apport épi 1 cm a été fractionné, viser la meilleure valorisation possible du deuxième fractionnement en épandant avant une pluie. 

S’il n’y pas eu de fractionnement de l’apport épi 1 cm, il est particulièrement recommandé d’avoir recours à un outil de pilotage pour ajuster la dose du troisième apport : pince N-Tester, pilotage par satellite type Farmstar...

 Synthèses des principales situations

Voici différentes stratégies en fonction de ces situations.

Tableau 2 : Exemple de stratégie de fertilisation azotée en fonction des situations, pour une dose de 180 uN

Tableau 2 : Exemple de stratégie de fertilisation azotée en fonction des situations, pour une dose de 180 uN

Attention à la forme azotée : pour rappel, sur le plan de l’efficience de l’absorption de l’azote, l’ammonitrate sort gagnant devant l’urée et surtout devant les solutions azotées lorsque ces deux dernières formes sont sans additif ni enrobage. 

Penser à la fertilisation soufrée
Dans les situations les plus à risque, c’est-à-dire sur sols superficiels, pauvres en matière organique et ne recevant pas d’apports de produits organiques, un apport de 20 à 50 kg de SO3/ha est recommandé selon le potentiel de rendement (consulter la grille soufre). La date optimale est de fin tallage à épi 1 cm. Si l’apport est réalisé avec des engrais azote-soufre, il convient de le positionner au plus près des besoins, plutôt juste avant le stade épi 1 cm. 

Et pour les orges ? 

→ Deux ou trois apports ? 

Les résultats des essais ARVALIS sur la fertilisation azotée des orges d’hiver ont montré que le fractionnement en trois apports est significativement plus performant par rapport au fractionnement en deux apports, sauf dans le cas où la dose totale est inférieure à 150 kg N/ha. Dans ce cas, le fractionnement en trois apports conduit à apporter une dose trop faible au stade épi 1 cm (< 70 kg N/ha) pour faire face aux besoins liés à la croissance rapide de début montaison. Lorsque la dose totale est inférieure à 150 kg N/ha, il est alors préférable de rester sur une stratégie en deux apports pour garder une dose suffisante au stade épi 1 cm.

En orge fourragère, le troisième apport peut être effectué jusqu’à « dernière feuille ». Il est recommandé de réaliser 3 apports d’azote afin de maximiser les protéines et le rendement. 

Pour les orges brassicoles, on privilégiera des troisièmes apports de 20 à 30 kg N/ha autour du stade 2 nœuds afin de ne pas prendre le risque de dépassement des seuils de teneur en protéines.

→ Pilotage du troisième apport grâce au N-Tester

Jusqu’au stade épi 1 cm, apporter la dose d’azote calculée avec la méthode du bilan. A ce stade, sur-fertiliser une zone adjacente avec environ 80 kg N/ha supplémentaires pour piloter un apport courant montaison. La taille de la zone doit être suffisante pour pouvoir réaliser les mesures N-Tester (minimum 20 m x 20 m pour des engrais solides, et 10 m x 10 m pour des formes liquides). Eviter les tournières ou les zones hydromorphes afin d’être le plus représentatif de la parcelle. 

Entre les stades 1 et 2 nœuds, sous réserve que l’apport épi 1 cm ait été valorisé par au moins 15 mm de pluie, établir un diagnostic avec la pince N-Tester.

→ Orges de printemps en semis d’automne

La fertilisation azotée sera gérée comme celle d’une orge d’hiver : méthode du bilan azoté, fractionnement en deux apports à partir de la sortie de l’hiver puis mise en œuvre de la méthode HNT EXTRA (N-Tester) pour piloter un éventuel apport supplémentaire afin de ne pas « louper » l’année favorable à la production, et favoriser l’atteinte de la teneur en protéine minimale de 9,5 % demandée par la filière brassicole.

→ Orges de printemps en semis de printemps 

Le débouché des orges de printemps est brassicole, ce qui implique de faire attention à la teneur en protéines à travers la maîtrise de la dose totale d’azote apportée et, dans une moindre mesure, son fractionnement. 

La gestion du fractionnement doit trouver un compromis entre une bonne valorisation de l’azote (apports pas trop précoces, en cohérence avec les besoins) et une teneur en protéines compatible avec les exigences brassicoles (9,5 à 11,5 % de protéines).  Nos essais démontrent que le fractionnement 1/3 de la dose au semis et 2/3 à tallage est une stratégie robuste car elle permet de répartir les risques entre année sèche et année humide. 

À retenir 

  • Une forte accélération des stades après un mois de février particulièrement chaud. Les situations intermédiaires atteindront le stade épi 1 cm entre le 10 et le 20 mars. Les situations précoces ont déjà atteint ce stade. 
  • Adapter sa stratégie de fertilisation aux stades, aux précédents apports et au climat : cf tableau 2 à privilégier le fractionnement.
  • Pour le pilotage de l’azote sur orge d’hiver et de printemps brassicoles, mais également sur des mélanges variétaux de blé tendre et sur des variétés de blé améliorants, penser à mettre en place une zone sur-fertilisée au stade épi 1 cm, pour pouvoir utiliser la méthode N-Tester.

Article rédigé par les partenaires de « Blé Orge Objectifs Protéines » (BOOP) Bourgogne-Franche-Comté 
CHAVASSIEUX Diane et BOUNHOURE Léa (ARVALIS), PILLIER Arnaud (CA21), JOUD Stéphane (CA39), COURBET Emeric (CA70), LOISEAU Marie-Agnès (CA89), ZAMBOTTO Cédric (CA58), VILLARD Antoine (CA71), DERELLE Damien (SeineYonne), FLAMAND Romain (SAS Bresson), BEAUCAMP Thierry (AACE Rose),  ROBLIN Yohann (Interval), LACHMANN Alexandre (Bourgogne du Sud), MIMEAU MICKAËL (Alliance BFC), BONNIN Emmanuel (Soufflet Agriculture) et FOLTIER Benjamin (Axereal).

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