Céréales : prévoir un apport de soufre dans la majorité des situations, après ressuyage
Depuis le début de la campagne, les forts cumuls de pluie favorisent la lixiviation du soufre. Conséquence : la plupart des situations où il n’y a pas d’épandages réguliers de compost ou de fumiers, nécessitent un apport. A réaliser après le ressuyage suffisant des sols, afin de préserver leur structure. De plus, un apport d’engrais serait inefficace pour relancer un couvert bloqué par un excès d’eau.
Quelle dose apporter au vu la pluviométrie de l’année ?
Les cumuls de pluies depuis le 1er octobre sont supérieurs à 250 mm sur quasiment toute la région, ce qui se traduit par un risque élevé de lessivage du soufre dans les sols superficiels filtrants. Seuls la plaine du Forez, la plaine Roannaise et les Monts du Lyonnais obtiennent pour l’instant de faibles cumuls. Plusieurs secteurs (Drôme, Bresse, Bièvre, Dombes) pourraient dépasser les 400 mm de cumul à la fin du mois, vu les pluies à nouveau annoncées. Les autres situations semblent se diriger vers une pluviométrie « normale », entre 300 et 400 mm.
Carte 1 : Cumul de précipitations entre le 1er octobre 2025 et le 3 février 2026 en Rhône-Alpes
Attention, le lessivage se poursuit jusqu’à fin février environ (le système racinaire encore peu développé des céréales et leur faible croissance à cette période ne permettent pas de retenir les éléments minéraux du sol, azote et soufre en premier lieu). Ces cumuls ne sont donc qu’indicatifs et le risque sera à réévaluer en fonction de la pluviométrie de février.
Dans les situations les plus à risque (sols superficiels, filtrants, pauvres en matière organique et sans apports réguliers de produits organiques), un apport de 30 à 60 kg de SO3/ha est recommandé selon le potentiel de rendement (Tableau 1).
Tableau 1 : Grille de décision ARVALIS d’un apport de soufre (kg SO3/ha) sur céréales d’hiver pour les situations SANS apports réguliers (> 1 an sur 3) de fumiers ou composts
Grille de décision ARVALIS d’un apport de soufre (kg SO3/ha) sur céréales d’hiver pour les situations AVEC apports réguliers (> 1 an sur 3) de fumiers ou composts
Quand réaliser l’apport ?
Le soufre doit être apporté de préférence au cours du tallage et au plus tard à épi 1 cm, car les besoins de la plante deviennent importants au tout début de la montaison. Il n’y a à ce jour aucune urgence à réaliser cet apport, les parcelles étant souvent actuellement détrempées : attendre un ressuyage suffisant pour ne pas pénaliser la structure des sols, ce qui nuirait à l’enracinement à venir de la céréale et donc, à sa future nutrition azotée et soufrée. De plus, un apport d’azote et/ou de soufre ne fera pas redémarrer une céréale « bloquée » dans sa croissance par un excès d’eau : seul le ressuyage de la parcelle et l’augmentation des températures permettront cette reprise de végétation. L’apport d’azote et de soufre seront alors à positionner pour accompagner cette reprise.
L’absorption du soufre par la plante se fait jusqu’à environ 2 nœuds. En cas de carence identifiée (jaunissement des jeunes feuilles, avec zones les plus filtrantes de la parcelle les plus touchées), celle-ci doit être corrigée au plus vite. Dans tous les cas, avant le stade 2 nœuds de la culture, par apport de soufre au sol ou en foliaire.
La forme de soufre n’a pas d’importance, sulfate, thiosulfate et soufre micronisé ayant une efficacité équivalente. Les engrais contenant à la fois de l’azote et du soufre (ammonitrates soufrés par exemple) sont couramment employés. Le soufre peut accompagner le premier ou le second épandage d’azote : le choix va dépendre de la dose azotée prévue, l’enjeu étant la la limiter au premier passage.
Exemples de stratégies
Graviers irrigués (type plaine de Lyon) à bon potentiel (90 q/ha) sans historique d’apport d’effluents
- la dose de soufre à apporter est de 60 unités. L’engrais soufré utilisé contient 24 unités d’azote et 18 de soufre pour 100 kg. Dans ce cas, on peut apporter 40 uN au tallage sous forme d’ammonitrate, puis positionner le soufre au second apport à épi 1 cm, avec l’azote soufré : 330 kg contenant 80 unités d’azote et 60 unités de soufre. Un apport dès le tallage avec cette forme d’engrais conduirait à une dose d’azote trop importante qui serait mal valorisée (agronomiquement et économiquement). Une autre option, un peu plus onéreuse, consiste à apporter de l’azote soufré sur les deux premiers passages, en ajustant la dose au besoin en azote de la culture. L’apport de soufre sera légèrement excédentaire mais cette pratique sécurise la couverture des besoins pour le début de montaison en cas de période sèche autour du stade épi 1 cm, retardant la valorisation du second apport.
Sols de limons moyens avec un niveau de pluviométrie « normale »
- 30 à 40 unités de soufre sont nécessaires d’après la grille (Tableau 1). En utilisant le même engrais que précédemment (dosant à 24 % d’azote et 18 % de soufre), le soufre peut être combiné au premier apport (220 kg apportant environ 50 unités d’azote pour 40 unités de soufre).
Apport dissocié d’azote et de soufre
- La kiésérite, le sulfate de potasse ou le sulfate de magnésie sont également des formes envisageables pour apporter du soufre à la culture, mais ils nécessitent de dissocier la fertilisation soufrée et la fertilisation azotée en deux passages.
Pas d’utilité à apporter du soufre au troisième apport d’azote :
- Dans tous les cas, il n’est pas utile d’apporter de l’azote soufré au troisième apport : la culture absorbe le soufre durant la montaison, le troisième apport est donc trop tardif pour couvrir les besoins ou corriger une éventuelle carence. Le soufre n’a pas non plus d’incidence sur la teneur en protéines du blé.
A retenir
- Un apport de soufre est à prévoir cette année dans la majorité des situations de la région, sauf pour les sols peu filtrants et avec apports réguliers (au moins un an sur trois) de fumiers ou composts. Se référer à la grille pour déterminer la dose et adapter selon le dosage azote/soufre de l’engrais utilisé :
- Si la dose de soufre à apporter est importante (50 à 60 unités) et selon le type d’engrais choisi, l’apport de soufre peut être décalé à épi 1 cm pour ne pas engendrer une dose d’azote trop importante au tallage. Dans ce cas, l’apport d’azote au tallage peut se faire sous forme d’ammonitrate. Il est également possible d’apporter de l’azote soufré au premier et au second apport (raisonner alors selon la dose d’azote).
- Pour les doses de soufre moins importantes (30-40 unités) et si la dose d’azote associée est proche de 40 unités, privilégier un apport azote + soufre au tallage.
- Aucun écart d’efficacité n’a été mis en évidence entre les différentes formes de soufre.
- Attendre un ressuyage suffisant pour réaliser l’apport en bonnes conditions sans impacter la structure du sol. L’apport d’azote et de soufre permettra d’accompagner la reprise de végétation mais ne pourra en aucun cas la déclencher ou l’accélérer.
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