Sols souvent secs : pas d’urgence pour les semis de blé
Les sols sont secs dans toute la région, avec un déficit d’humidité en surface dans de nombreuses parcelles. Mieux vaut attendre pour semer du blé, pour éviter des situations qui impacterait les rendements. Sachant que la date de semis optimale se situe au 5 octobre en limon.
Semis précoce ne veut pas toujours dire meilleur rendement
Nous avons eu une belle démonstration cette dernière campagne ! Les semis réalisés précocement dans la région ont pu avoir des biomasses très importantes sortie hiver, notamment derrière des précédents riches comme la pomme de terre. En effet, l’hiver doux n’a pas provoqué suffisamment de régression de talles et la faible pluviométrie a conduit à des reliquats sortie hiver plus qu’élevés.
Les parcelles avec les biomasses les plus importantes s’exposent davantage à une mauvaise remobilisation de l’azote en fin de cycle. En plus de cela, le rendement des variétés récentes repose davantage sur les composantes de fin de cycle : rien ne sert donc d’avoir trop d’épis ! On vise 500 épis /m² pour les semis d’octobre et environ 600 épis/m² pour les semis de novembre.
Assurer un désherbage en prélevée efficace
Souvenez-vous des semis précoces dans le sec l’an dernier avec de belles infestations en graminées 15 jours après les applications de prélevée ! Dans le contexte actuel de sols secs, il convient également de s’interroger sur les conditions d’efficacité des herbicides racinaires. Cette efficacité est surtout conditionnée par une bonne répartition du produit dans l’horizon superficiel et surtout par la présence d’une humidité suffisante pour que les matières actives puissent être correctement absorbées par les adventices en germination. En absence de pluie après application, leur efficacité peut être fortement dégradée. Se précipiter à semer dans le sec, c’est prendre le risque d’implanter ces céréales sans pouvoir bénéficier de tout le potentiel des désherbages de prélevée.
Retrouvez les préconisations en termes de désherbage dans le guide Choisir et Décider spécialement dédié.
Décaler la date de semis vaut souvent plusieurs quintaux
Actuellement, rien ne presse pour démarrer les implantations de blé dans notre région. En effet, la date de semis optimale est située au 5 octobre en limon dans les Hauts-de-France. A partir du 15 octobre, nous pouvons constater une baisse de rendement de 3 % à décaler de 15 jours (du 15 au 30 octobre) et une perte potentielle de 9 % à décaler d’un mois (du 15 octobre au 15 novembre).
Rappelons que pour des vulpins ou ray-grass, la nuisibilité directe sur le rendement est de l’ordre de 2 à 3 q/ha pour 10 plantes /m². De même, des infestations de 100 graminées/m² et plus ne sont pas rares dans notre région, et elles peuvent entraîner une perte de 20 à 30 q/ha si elles ne sont pas maîtrisées.
Figure 1 : Rendement obtenu en fonction de la date de semis
Dans les situations à forte pression en graminées, dès lors que les conditions météo le permettent, il est fortement préconisé de décaler le plus possible vos dates de semis. Le calcul est vite fait sur un semis de début novembre : 9 % de perte potentielle, soit environ 9 q/ha, contre 20 à 30 q/ha de nuisibilité, sans compter la nuisibilité indirecte.
Mais sans aller jusque-là, rien que de décaler au 15 octobre, ce qui n’est pas aberrant en Hauts-de-France, on pourrait éviter un grand nombre de « pâtures » de vulpins et ray-grass pour une perte de potentiel maximale de 2 à 3 % seulement !
Ravageurs et viroses : éviter de rallonger inutilement la période d’exposition
La dernière campagne a démontré une nouvelle fois que les automnes doux favorisent l'activité des pucerons et des cicadelles. Dans ce contexte, les semis précoces restent systématiquement les plus exposés aux contaminations virales. Et sachant qu’il y a des pucerons sur les colzas, ça renforce encore plus le fait qu’il y en aura surement sur céréales cette année !
Plus une céréale est présente tôt dans la parcelle, plus sa durée d'exposition aux insectes vecteurs est importante. Le risque de transmission de viroses augmente alors mécaniquement, notamment lorsque les températures restent favorables durant une grande partie du mois d'octobre.
Le choix de la date de semis constitue donc un levier particulièrement efficace et sans coût supplémentaire. Dans la majorité des situations, quelques jours de décalage permettent de limiter significativement cette période d'exposition tout en conservant un excellent potentiel de rendement.
Un essai a été implanté le 3 octobre 2025, pour mesurer la pression maximale des pucerons : il est donc particulièrement réussi puisque la perte de rendement est énorme (+ de 30 q/ha) alors que la pression était modérée. En nombre, les pucerons n’ont jamais dépassé le seuil (> 10 % début novembre). Mais c’est leur présence prolongée (+ de 10 jours) qui a déclenché le premier traitement : les pucerons étaient juste présents assez longtemps pour contaminer et recontaminer les plantes. Dans une situation comme celle-ci, il faut aller visiter les parcelles tous les trois jours si on veut traiter au bon moment : des traitements systématiques soit trop tôt soit trop tard ne servent pas à grand-chose. Un semis trop précoce est donc très contraignant et dangereux.
Pour rappel, il est recommandé d’intervenir dès lors que les observations présentent 10 % des plantes porteuses de pucerons ou quand le séjour des pucerons dépasse 10 jours (seuil le plus souvent rencontré dans notre région avec les hivers doux).
Retrouvez les préconisations en termes de lutte contre les ravageurs dans le guide régional Choisir et Décider Hauts-de-France – Interventions d’automne.
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