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Méditerranée

Semis de blé dur : nos recommandations pour partir du bon pied

De la date de semis aux premières interventions de désherbage, retrouvez nos conseils pour bien démarrer la campagne de blé dur sur l’Arc méditerranéen.

semoir blé

Après quelques orages fin août, le mois de septembre a été particulièrement sec et chaud. Le retour des pluies le 31 septembre a été très hétérogène : de plus de 300 mm dans la région de Montpellier, à 2 mm sur les secteurs des Alpes-de-Haute-Provence.

Pour l’instant, très peu de parcelles ont été préparées. Les conditions devraient être favorables la semaine du 12 octobre.

Il vaut mieux semer trop tôt que trop tard !

Dans la région, les créneaux de semis « historiques » se trouvent entre le 20 octobre et le 20 novembre. Les dernières années ont montré qu’attendre fin octobre pour semer était risqué, avec l’arrivée de plus en plus fréquentes d’épisodes méditerranéens bloquant tout chantier jusqu’à décembre. C’est particulièrement le cas sur les terres qui ressuient mal comme en Camargue ou en Vallée du Rhône.

Des essais menés depuis 5 ans par ARVALIS montrent qu’un semis tardif dans la région provoque une perte moyenne de rendement de 32,3 % sur une variété demi-précoce (type Anvergur, RGT Voilur, Rocaillou) par rapport à un blé semé fin octobre (figure 1). Cette perte est d’autant plus forte que le sol est superficiel.

Figure 1 : Ecart de rendement selon la date de semis - 8 essais 2021-2025 dans le Sud-Est avec la variété Anvergur

Figure 1 : Ecart de rendement selon la date de semis - 8 essais 2021-2025 dans le Sud-Est avec la variété Anvergur

Mais semer un peu plus tôt n’est pas sans risque : il y a également une perte de rendement, en moyenne de 13,7 % par rapport au créneau « optimal » de fin octobre/mi-novembre du fait du risque pucerons plus important et d’un enherbement plus marqué en graminées.

Sur la dernière décennie, semer fin octobre/début novembre a été impossible 4 années sur 10 ; les semis avaient alors été reportés à décembre/janvier. Comparé à un scénario où le semis est anticipé chaque année au 10-15 octobre, cela représente une différence de collecte sur 10 ans de 6 q/ha pour la variété Anvergur (tableau 1), soit 153 €/ha sur 10 ans pour un prix du blé dur à 240 €/t. Mais pour des variétés plus tardives (comme Relief) où les pertes de rendement sont plus sévères pour des semis tardifs (-47,7 %), il est beaucoup plus impactant de ne pas arriver à semer au créneau optimal.

Tableau 1 : Comparaison de la collecte totale par hectare sur 10 ans en fonction du créneau de semis et de la précocité variétale

Tableau 1 : Comparaison de la collecte totale par hectare sur 10 ans en fonction du créneau de semis et de la précocité variétale

A noter qu’en système biologique, le créneau optimal de semis intervient environ 10 jours après les conventionnels pour mieux gérer les problématiques d’enherbement et de risques de virose. En pratique, pas avant la toute fin octobre dans les secteurs les plus tardifs (Alpes-de-Haute-Provence) et début novembre dans les plus précoces (sud Gard, Hérault). Il est par ailleurs conseillé de semer les parcelles les plus sujettes aux problèmes de salissement en dernier.

Densité de semis : viser 200 plantes levées/m² en conventionnel

En semis classique réalisé dans de bonnes conditions (avant 15 novembre), 200 plantes levées/m² suffisent en conventionnel. Au-delà, aucun gain de rendement n’a été observé dans des essais réalisés par ARVALIS. Selon les conditions d’implantation il peut être nécessaire d’ajuster la densité semée (tableau 2).

Tableau 2 : Densité de semis à privilégier selon les conditions d’implantation

Tableau 2 : Densité de semis à privilégier selon les conditions d’implantation

Exemple : Je suis en Camargue, sur des terres basses avec risque fréquent d’excès d’eau. Mon objectif est d’avoir 220 plantes/m² qui lèvent. Pour cela je dois semer 320 grains/m² soit 175 kg/ha si le PMG de mon lot de semences de blé dur est de 55 g.

A noter qu’en système biologique, la densité de semis recommandée est de 350 grains/m² du fait du semis plus tardif et des pertes de pieds liés au passage de herse étrille.

Traitements de semences : une protection toujours d’actualité

Le traitement de semences est important pour garantir la bonne qualité sanitaire des semences (certifiées ou de ferme).

En système conventionnel, les traitements de base contiennent des matières actives à action fongicide qui permettent de lutter contre des maladies telles que la fusariose et la Carie responsables de perte à la levée. L’efficacité est similaire entre les traitements Celest Net, Celest Power, Vibrance Gold.

En système biologique, il est nécessaire de traiter contre la carie. Plusieurs spécialités sont autorisées : vinaigre blanc, Cerall. Elles permettent un contrôle en cas de contamination des semences. Face à un sol contaminé, une alternative en AB consiste à implanter une espèce non affectée par la carie commune du blé (orge, avoine) et de réaliser un travail du sol profond pour enfouir les spores, en diminuant la profondeur de travail les années suivantes (pour ne pas les faire remonter). Attention : ne pas utiliser de semences issues d’une parcelle contaminée.

Semences de ferme : préalable à leur utilisation

Acheter des semences certifiées garantit de semer un lot de semences qui ont été préalablement triées, traitées et qui assure un taux de germination optimale.

En cas d’utilisation de semences de ferme il est primordial de trier correctement les semences utilisées (ne pas utiliser des lots fusariés) et de les faire traiter (a minima contre fusariose et carie). La densité de semis doit être également augmentée par rapport à des semences certifiés (+30 %).

Désherbage d’automne : quelques exemples de programme

Les herbicides racinaires d’automne représentent aujourd’hui la stratégie chimique indispensable pour gérer le ray-grass étant donné l’inefficacité quasi généralisée des stratégies foliaires de printemps.

Attention, l’utilisation de prosulfocarbe est soumise à des conditions d’emploi très strictes.

Lire aussi : « Prosulfocarbe : bien respecter les règles d’application pour désherber les céréales à paille »

  • S’il est possible d’utiliser du prosulfocarbe

En prélevée : prosulfocarbe (Défi ou Spow 3 l/ha) associé à 75 g de DFF (Compil 0,15 l/ha). En cas d’historique de pression coquelicots sur la parcelle, il est conseillé de remplacer le Compil par du Codix (1,5 l).

En postlevée : privilégier des spécialités associant du chlortoluron et du DFF (type Carmina Max ou Steel à 2,5 l/ha).

Le chlortoluron a tendance à être plus efficace (+7 %) que le prosulfocarbe sur des stades du ray-grass plus avancés.

En programme (recommandé sur parcelles à fortes pression ray-grass) : la combinaison prosulfocarbe (Défi ou Spow 3 l/ha) + Compil (0,15 l/ha) en prélevée suivi d’un chlortoluron solo en postlevée à 1500 g ou 1800 g selon vigueur du blé (par exemple Clortosint 3 à 3,6 l/ha ou Tablo 700 à 2 à 2,5 l/ha) reste la stratégie testée la plus efficace.

  • S’il est impossible de faire du prosulfocarbe

S’il reste du flufénacet à écouler avant son interdiction d’utilisation fixée au 10 décembre 2026, l’appliquer en prélevée puis du chlortoluron en postlevée à 1800 g.

Sinon, appliquer idéalement une spécialité à base de chlortoluron et dff en prélevée (Carmina Max ou Steel à 2,5 l/ha), ou en postlevée si pas possible en prélevée.

Comment positionner son herbicide pour éviter la toxicité ?

  • En prélevée : dans les 3 jours qui suivent le semis, tant qu’il y a 2 cm de terre au-dessus du germe, les produits sont sélectifs.
  • Pendant la levée : entre germe à 1 cm sous la surface et 1 feuille entièrement sortie : pas de désherbage. Le prosulfocarbe peut passer mais solo sans le Dff. Il sera donc moins efficace.
  • A partir d’une feuille : si la culture est homogène et poussante, l’application est possible sinon attendre 2 feuilles. Le chlortoluron est plus efficace sur des ray-grass développés (>1,5 feuille).

Figure 2 : Positionnement d’un herbicide précoce selon le stade de la plante

Figure 2 : Positionnement d’un herbicide précoce selon le stade de la plante

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