Articles et actus techniques
Nord

Pommes de terre : un climat qui favorise les défauts physiologiques pouvant altérer la qualité

Dans le secteur nord, certaines parcelles sont en cours de récolte (les hâtives et les chairs fermes/variétés précoces). D’autres doivent encore fortement grossir avant d’être récoltées (variétés plus tardives). Le point sur l’état des cultures et la gestion de la qualité avant et pendant les arrachages. 

Pomme de terre avant arrachage dans le nord en 2026

La campagne 2026 est rythmée par des épisodes caniculaires qui ont des conséquences sur nos cultures. Pour les variétés à cycles plus longs, ces épisodes ont limité le grossissement, mais les mois d’août et de septembre seront déterminants sur le rendement.

Figure 1 : Données climatiques sur la station de Villers-Saint-Christophe (02)

Figure 1 : Données climatiques sur la station de Villers-Saint-Christophe (02)

Les chairs fermes et ou variétés précoces sont en cours de défanage (broyage et/ou défanant) ou en cours de récolte. Pour le moment, les récoltes indiquent des rendements très hétérogènes ; les matières sèches observées sont en tendance élevées. Sur le volet qualité, la maturité accélérée de la plante permet d’obtenir des tubercules avec une peau bien subérisée ; et de maintenir les délais courts (2-3 semaines) entre le défanage et la récolte, pour préserver la qualité de présentation sur les débouchés lavables. 

Notons que la qualité de présentation peut être dépréciée par des difformes, crevassées ou la présence de gale commune. Enfin, au-delà du faible grossissement observé ces derniers jours, certaines parcelles montrent des blocages de tubérisation, avec l’apparition de phénomènes de repousses physiologiques (certaines variétés étant très sensibles à ce type de phénomènes exemple Bintje…). Ces phénomènes peuvent se manifester sous différentes formes : émission de nouveaux stolons sur les tubercules, nouvelle génération de tubercules, surgeons, diabolos…

Différents faciès de la repousse (source : ARVALIS)
Différents faciès de la repousse (source : ARVALIS)

Lorsqu’elle est importante, cette repousse physiologique peut avoir de graves impacts sur le rendement commercialisable de la parcelle : hétérogénéité de qualité et de maturité entre tubercules, vitrosité, inaptitude à la friture, développement de pourritures au champ et/ou en conservation…

Contrôler la qualité des pommes de terre 

Dans la butte, observer les parcelles afin d’adopter la meilleure pratique pour préserver la qualité

  • Sur les cycles précoces avec des végétations sénescentes, des germes, voire des tubercules de deuxième génération, peuvent apparaître ponctuellement. Il est important de stopper rapidement les végétations (défanage) si les calibres sont atteints, pour stopper ce phénomène. 
  • Sur les cycles longs avec des végétations encore bien vertes, l’hydrazide maléique peut se justifier seulement si la végétation est poussante, que les conditions d’applications sont réunies. Il est recommandé, pour améliorer la systémie, de positionner une irrigation 24-48 h avant l’application, puis une irrigation 3-4 jours post-application en absence de pluie. 

Sur une parcelle stressée (en sec) ou ayant les premiers signes de senescence, l’application n’est pas recommandée. Pour rappel, l’efficacité antigerminative au stockage sera présente qu’en cas de bonne assimilation du produit par les tubercules. De même, l’efficacité sur le rejumelage sera observée si l’application est réalisée avant/ou à l’initiation des repousses physiologiques.

A la récolte, avoir les bons gestes 

Pour réduire le risque de chocs, quelques rappels :

  • Récolter de préférence en matinée avec des températures inférieures à 25°C ;
  • Récolter des tubercules matures, et irriguer si possible, pour limiter les mottes de terre ;
  • Monter suffisamment de terre fine sur les chaînes d’arracheuses (gainage impératif) : réguler la vitesse de chantier en conséquence ;
  • Gainer bien les barreaux sur les chaînes d’arracheuse ;
  • Maîtriser les hauteurs de chutes : maximum 30 cm.

Contrôler la qualité des tubercules (matière sèche) : 

  • Une hétérogénéité de maturité engendre des compositions en amidon hétérogènes entre tubercules (matières sèches hétérogènes). Opter si possible pour un bon tri à la récolte et contrôler la matière sèche. 
  • En cas de défauts physiologiques, la vitrosité peut survenir : elle engendre des problèmes de conservation (liquéfaction) et de cuisson. Vérifier la vitrosité des lots et isoler les lots à problème. 

Evaluer le taux de tubercules vitreux 

Lorsqu’un tubercule de deuxième génération est initié sur les tubercules fils, celui-ci va « pomper » la matière sèche du premier tubercule, entraînant une vitrosité (phénomène accentué lorsque le feuillage est sénescent). 
La vitrosité se traduit par des tubercules qui n’ont pas ou peu d’amidon (matière sèche faible), ce qui se caractérise par une chair translucide. 
Pour contrôler la matière sèche, il est possible de faire une mesure via un féculomètre ou réaliser des bains de saumure. 
Par exemple, pour Bintje, réaliser un bain de saumure de poids spécifique à 1,055/l d’eau (soit 14,8 % de MS) : celles qui flotteront en surface seront considérées vitreuses ; celles à mi-hauteur auront une densité similaire à la densité du bain ; celles qui couleront auront une densité supérieure à la densité du bain.

Tableau 1 : Extrait du tableau de correspondance entre la concentration en sel du bain, le poids spécifique (densité) et la teneur en matière sèche des tubercules (d'après la table de von Scheele, température : 20°C)
tab

Test complémentaire à l’iode 

photo
Les zones foncées, sont les zones 
riches en amidon.


Les tubercules partiellement vitreux ne sont pas forcément bien identifiés via le bain de saumure. Un test à l’iode peut être réalisé de façon à identifier les zones vitreuses au sein d’un tubercule.

• Immersion d’une rondelle de 3 à 4 mm d'épaisseur, prélevée longitudinalement dans la partie médiane du tubercule (au moins 50 tubercules), dans une solution d’iode à 2,5 mg/ml (20 ml par litre d’eau d’une solution d’iode N à 0,5 mol/l).
Coloration en bleu-noir foncé des tissus normaux : les zones vitreuses demeurent jaunes.

Réagissez !

Merci de vous connecter pour commenter cet article.

Se connecter
Ou connectez-vous avec
Pas encore inscrit ?
Créer un compte
Mot de passe oublié

Un email vous sera envoyé pour réinitialiser votre mot de passe.