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Maïs grain : comment gérer la conduite de parcelles suite à la canicule ?

Depuis les semis, les maïs sont exposés à des épisodes caniculaires successifs, d’une intensité et d’une persistance exceptionnelles. Dans ce contexte, une visite de parcelle s’impose pour observer les épis et adapter, si nécessaire, la conduite des cultures.

Maïs soumis au stress hydrique avec dessèchement des feuilles, en juillet 2026 en Auvergne

Des températures, et par conséquence, des ETP légendaires

Le climat de la campagne 2026 est pour le moment exceptionnel en plusieurs points : 

  • des pluies quasi absentes depuis la mi-mai, hormis des passages orageux dans quelques secteurs ;
  • des températures très élevées avec un pic de température maximale entre les 21 et 25 juin, dépassant les 40°C (à l’ombre !) ;
  • des évapotranspirations(ETP) journalières qui ont atteint les 10 mm/jour au pic de la canicule, et qui étaient au-delà des moyennes sur presque l’ensemble du cycle à aujourd’hui.

Cartes 1 à 5 : Températures maximales (°C) enregistrées entre le 21 et le 25 juin 2026

Figure 1 : Evolution journalière de l’ETP sur la station météo de Bourges (18) entre le 1er avril et le 20 juillet 2026

Figure 1 : Evolution journalière de l’ETP sur la station météo de Bourges (18) entre le 1er avril et le 20 juillet 2026

Quelles conséquences sur les maïs ?

Les parcelles non irriguées sont celles qui subissent de plein fouet les effets du stress hydrique. Les semis de début avril sont ceux qui ont subi la sécheresse pendant plus de la moitié de leur cycle et présentent déjà des symptômes de manque d’épi, d’avortement des grains et de sénescence précoce. 

Les zones de terre plus légère sont d’ores et déjà en grande difficulté. De par leur réserve utile plus importante, les sols profonds sont moins impactés, mais sans le retour des pluies, le potentiel diminue de jour en jour. 

Les maïs semés plus tard sont visuellement moins impactés à l’heure actuelle, car leur stade est moins avancé.

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A gauche, maïs non irrigué en sol argilo-calcaire superficiel avec quasi-absence d’épi et très peu de grains. A droite, maïs non irrigués en sol argilo-calcaire profond avec présence d’épis lacuneux ou de petite taille.

En irrigué, la situation est moins alarmante même s’il était quasiment impossible de couvrir les besoins de la plante avec les ETP très élevées pendant les épisodes de canicule. Les ETP journalières dépassaient souvent les capacités d’apport du matériel d’irrigation (même sous pivot). 

Tableau 1 : ETP journalières converties en besoins en eau du maïs avant et après floraison - Déficit (mm) en cumul sur la période du 15/06 au 20/07 en parallèle des capacités d’irrigation - Station de Bourges (18)

Tableau 1 : ETP journalières converties en besoins en eau du maïs avant et après floraison - Déficit (mm) en cumul sur la période du 15/06 au 20/07 en parallèle des capacités d’irrigation - Station de Bourges (18)

Des absences de grains sont parfois visibles aussi en parcelles irriguées. Des analyses sont en cours pour déterminer précisément les causes physiologiques (stérilité du pollen ? Perte de capacité de fécondation de l’ovule ?) et identifier les facteurs d’impact. Ces parcelles ont généralement souffert de stress hydrique malgré l’irrigation, et les températures record enregistrées pendant la floraison sont un facteur de risque supplémentaire dans un contexte où la plante a du mal à réguler sa température par la transpiration.

L’observation des épis est indispensable pour juger de l’impact des stress passés

L’observation des épis est indispensable pour décider de la conduite à tenir. Lorsque les grains sont à un stade jeune, pour savoir s’ils ont été fécondés ou pas, il suffit d’observer la tenue des soies. Si lorsque l’on secoue l’épi, les soies restent attachées à l’ovule, c’est qu’il n’y a pas eu de fécondation. Lorsque les soies se détachent, c’est que l’ovule a bien été fécondé. Dans ce cas, les soies finissent par brunir. 

Lorsque les soies ne rencontrent pas de grain de pollen, elles s’allongent. On peut observer ce phénomène dans certaines parcelles. 

Les stress ont aussi provoqué parfois des émissions de soies très faibles, mais cela n’a pas forcément empêché la fécondation si le pollen n’était pas limitant.

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Tant que les soies n’ont pas été fécondées, elles restent attachées à l’ovule (à gauche). Allongement des soies (au centre). Faible sortie des soies (à droite).

Lorsque l’ovule a bien été fécondé, il peut rester viable ou avorter jusqu’au SLAG (Stade Limite d’Avortement des Grains), qu’on situe généralement autour de 20 jours après la floraison (ou 350 DJ base 6-30). Nous observons à l’heure actuelle des avortements de grains à cause du déficit hydrique : c’est donc un paramètre à stabiliser pour évaluer les potentiels en grains à date.

Faut-il ensiler les maïs avec des potentiels déjà gravement compromis ?

Des producteurs se posent actuellement la question d’ensiler leur maïs ou non, pour du fourrage ou de la méthanisation. Ce choix doit prendre en compte : 

  • le rendement ensilage atteignable pour juger de l’opportunité économique de récolter la parcelle ;
  • le rendement grain atteignable pour juger de l’opportunité économique de basculer de grains vers fourrage.

A titre indicatif, pour des niveaux de peuplement correct (> 65 000), avec des stades compris entre 10 feuilles et floraison femelle et selon l’intensité du déficit hydrique, le rendement est compris :

  • entre 2 et 4,5 t de matière sèche pour des maïs mesurant 1 m à 1,5 m ;
  • entre 3,5 et 7 t de matière sèche pour des maïs mesurant 1,5 m à 2 m.

Au-delà du stade « floraison femelle », les rendements sont globalement bien corrélés avec les nombres de grains viables/m² et leur niveau de remplissage. Donc, il convient d’estimer les grains/m2 et d’y ajouter les estimations de biomasse à la floraison, selon les étapes décrites précédemment.

A noter que du point de vue de la valeur alimentaire, les maïs ayant subi un stress hydrique à plus ou moins 15 jours de la floraison montrent une digestibilité globalement bonne, même lorsque 75 % des feuilles sont desséchées. Malgré un taux d’amidon plus faible puisqu’ils ont moins ou pas de grains, leur valeur alimentaire reste proche de la normale (0,85 à 0,95 UFL/kg MS). Cela s’explique par une bonne digestibilité des tiges et feuilles, et des teneurs souvent plus élevées en sucres solubles et en matière azotée totale (MAT). L’augmentation de teneur en MAT s’explique notamment par un moindre effet de dilution, en raison du plus faible rendement. 

Pour estimer le rendement grain atteignable, on peut passer par une estimation du nombre de grains par m² dans les parcelles ayant passé le stade SLAG pour intégrer tous les impacts passés. 

En plaine, pour les semis de la première quinzaine d’avril, ce stade est atteint : le nombre de grains/m² est d’ores et déjà fixé. Pour ceux de la deuxième quinzaine, il est nécessaire d’attendre une dizaine de jours. Pour l’estimer, il faut compter le nombre de plantes/m2, puis le nombre d’épis par plante et estimer un nombre de grains par épi (nombre de rangs x nombre de couronnes).

Il est possible d’estimer son rendement grain atteignable en fonction du nombre de grains/m2 et du poids de mille gains (PMG) espéré (tableau 2). Le PMG final dépendra fortement de la situation hydrique de la parcelle considérée dans le mois suivant le SLAG, puis du nombre de grains à remplir. A titre de comparaison, le PMG se situe entre 250 et 360 g dans les situations historiques.

Tableau 2 : Abaque du rendement potentiel atteignable en fonction du nombre de grains/m² et du PMG estimés

Tableau 2 : Abaque du rendement potentiel atteignable en fonction du nombre de grains/m² et du PMG estimés

La pertinence économique d’une récolte en ensilage plutôt qu’en grain dépend : 

  • du chiffre d’affaires espéré en fourrage (biomasse x prix de vente sur pied) ; 
  • du chiffre d’affaires espéré en grains (rendement grain estimé x prix de vente net de séchage et de transport) ;
  • ainsi que des charges différentielles entre les deux stratégies (tableau 3). 

Tableau 3 : Paramètres à prendre en compte pour juger de l’opportunité économique entre une vente en grains et une vente sur pieds

Tableau 3 : Paramètres à prendre en compte pour juger de l’opportunité économique entre une vente en grains et une vente sur pieds
Le bilan des deux options permet de comparer les gains par hectare.

Pour les parcelles ayant passé le SLAG, c’est le remplissage des grains qui déterminera maintenant le rendement. En parcelles irriguées, il faut poursuivre l’irrigation comme avec la stratégie habituelle pour favoriser le remplissage. En parcelles non irriguées, le climat des jours futurs sera déterminant, en particulier la pluviométrie très hétérogène des orages d’été.

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