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Bretagne / Pays de la Loire

Des maïs peu poussants exposés aux attaques de géomyzes

Les semis de maïs ont été réalisés dans de bonnes conditions, avec une majorité positionnée lors des deux dernières décades d’avril. Après des levées rapides, la fraîcheur de mai a fortement ralenti la croissance des jeunes plantules, les exposant aux ravageurs. Depuis quelques jours, des attaques de mouches sont fréquemment observées dans les parcelles. Geomyza semble régulièrement mise en cause. Les plus anciens gardent en mémoire la campagne 2016 : ce ravageur avait fait parler de lui, avec des attaques généralisées et parfois de forte ampleur. Quelques rappels pour poser le bon diagnostic.

Attaques de géomyze sur maïs 2026 en Pays de la Loire

Focus sur la mouche géomyze

Cette petite mouche (3.5 mm) se caractérise par la présence de trois points sur ses ailes (géomyza tripunctata). 


Favorisée par les hivers doux, elle cause régulièrement des dégâts sur céréales à paille dans notre région : les attaques ont lieu courant tallage, en petits foyers qui passent souvent inaperçus dans ces cultures. En sorte d’hiver 2026, ont d’ailleurs été constatés de nombreux petits foyers d’attaque dans les céréales (triticale, blé tendre et blé dur), comme on le voit désormais régulièrement dans la région à la faveur des hivers doux. La mouche est capable d’effectuer plusieurs cycles par an. Mais l’observation de dégâts sur céréales en sortie d’hiver n’est qu’un indicateur qui ne préjuge pas forcément d’un risque pour les maïs semés au printemps suivant.

A partir de 10°C de température au sol, les adultes peuvent émerger, voler et pondre sur les maïs déjà levés. C’est la concomitance du vol et de la ponte des adultes avec les stades jeunes du maïs qui crée le risque. L’épisode frais que nous venons de passer a exposé tout particulièrement les maïs, qui sont restés peu poussants pendant une quinzaine de jours.

Des symptômes caractéristiques

La larve s’introduit entre le coléoptile et la première feuille. Le premier symptôme - ce qu’on voit actuellement dans les parcelles - est le flétrissement de la dernière feuille, puis de toutes les feuilles. La plante se dessèche et meurt rapidement, ou bien reste bloquée à 3-4 feuilles.

Le poireautage caractéristique (gonflement du collet) est plus ou moins prononcé (2ème plante).
Premier symptôme : flétrissement de la dernière feuille (idem attaque précoce de taupin). On observe souvent des séquences de plusieurs plantes consécutives attaquées.

Pour confirmer le diagnostic, déterrer délicatement la plante malade et observer le collet : on n’observe pas de symptôme à la base de la tige (taupin : perforation systématique). 

Le poireautage caractéristique (gonflement du collet) est plus ou moins prononcé (2ème plante).
Le poireautage caractéristique (gonflement du collet) est plus ou moins prononcé (2ème plante).

Dans les cas les plus graves, l’apex est touché et prend rapidement une couleur brune. La plante va alors se dessécher et mourir rapidement. 

 

Lors de la forte attaque de 2016, on avait toutefois observé des redémarrages de pieds, avec développement d’une talle qui avait contribué à atténuer l’impact du ravageur. 

dégât interne dans une tige coupée de jeune plante de maïs attaquée par la mouche géomyze
Dégât interne dans une tige coupée de jeune plante de maïs attaquée par la mouche géomyze

Pour en savoir plus (descriptif, photos) : consultez la fiche accident Géomyze 

Pas de solution curative vis-à-vis du ravageur

Aucune intervention n’est possible à ce stade, les dégâts sont déjà faits. La seule protection efficace contre la mouche géomyze est celle utilisée au semis pour protéger la semence (dérogation du traitement de semences Lumiposa).

Faut-il ressemer?

La première chose à faire est d’estimer les dégâts par des comptages. Il est préférable d’attendre quelques jours et le retour de températures chaudes, avec la reprise de croissance des maïs, pour faire cet état des lieux. Réaliser au minimum une dizaine de comptages sur 10 m² (13.3 mètres linéaire sur un rang, écartement 75 cm) dans la parcelle, à différents endroits représentatifs (selon exposition, proximité d’éléments du paysage : haie ou bois, …) pour avoir une estimation objective de la réalité.

Un re-semis coûte cher en semences et travaux, il faut donc vraiment juger de sa pertinence. En règle générale, on estime qu’un re-semis n’est intéressant que s’il ne reste, dans la parcelle, que moins de la moitié du peuplement prévu initialement.

Tableau 1 : Densités minimum (objectif récolte en plantes / ha) en dessous desquelles un re-semis est conseillé

Tableau 1 : Densités minimum (objectif récolte en plantes / ha) en dessous desquelles un re-semis est conseillé

La décision de ressortir le semoir dépend de plusieurs paramètres : 

  • la régularité de répartition des plantes. 50 000 pieds bien répartis auront moins d’impact sur le rendement, et le salissement de la parcelle par les adventices, que des zones entières à faible peuplement ;
  • Les coûts déjà engagés et à réengager sur la parcelle (désherbée ou non) ;
  • Le potentiel de rendement net de séchage accessible sur la parcelle en semis tardif (offre climatique, réservoir en eau du sol, coûts de séchage, …) ;
  • La date de récolte acceptable en fonction de la culture suivante ; 
  • Etc

Lors de la forte attaque de 2016, nous avions mesuré dans nos essais des dégâts de rendement s’échelonnant entre 5 et 20 %. Le re-semis n’avait pas été gagnant cette année-là, car au printemps, au froid, avait succédé un été très sec : les maïs semés tard avaient fortement souffert du déficit hydrique.

 

Il avait aussi été régulièrement observé une compensation par tallage. A titre d’exemple, dans un de nos essais attaqué avec 70 % de pieds touchés, on observait à la récolte une réduction de densité de seulement 30 %. Le mois de juin très humide avait permis une production de grains significative sur les plantes redémarrées. Mais ce phénomène compensatoire n’est possible que si le méristème des plantes attaquées n’est pas totalement détruit, ce qui est difficile à prévoir à la vue des jeunes pieds attaqués. 

L’incidence de l’attaque est donc très dépendante des conditions de croissance à venir. Il est donc délicat, voire impossible, de proposer un seuil d’attaque au-delà duquel le re-semis est conseillé, sachant que des plantes avec symptômes peuvent survivre et produire un épi. 

 

Par ailleurs, suite à la perte de pieds, les plantes espacées peuvent développer d’un deuxième épi. Mais ces épis surnuméraires ne compenseront pas entièrement le défaut de densité.

Bignan (56) - 13 juillet 2016 - Semis du 27 avril, 40% des pieds touchés (sans protection)

Les précautions à prendre en cas de re-semis

  • Eviter le sur-semis ! 
    Il est fortement recommandé de détruire les plantes restantes, pour éviter leur concurrence (ombrage) vis-à-vis du nouveau semis.
  • Variété : dans la mesure des disponibilités, re-semer une variété d’indice très précoce et réduire la densité (potentiel réduit).
  • Travail du sol : à ajuster en fonction du désherbage déjà effectué sur le premier maïs. Si la parcelle a été désherbée avec un herbicide à base de pendiméthaline, un labour sera nécessaire. Avec les autres herbicides racinaires (à base de DMTA-P, isoxaflutole, clomazone), un travail du sol sur 10 cm peut suffire. Pas de contrainte particulière en cas d’application de mésotrione. Faire travailler le chasse-mottes pour écarter le film de produit et éviter une phytotoxicité.
  • Protection ravageurs : le risque géomyze est probablement passé, mais s’il y a un risque taupins, protéger le re-semis, car les conditions peuvent encore être très favorables à l’activité de ce ravageur.
  • Désherbage : à cette date, une intervention de postlevée est plus adaptée. 

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