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Bourgogne-Franche-Comté

Dernier apport d’azote sur blé : l’intervention clé pour le rendement et la qualité

Dans le contexte économique actuel, optimiser chaque unité d’azote apportée est plus stratégique que jamais. Fractionner en trois ou quatre passages, choisir les formes d’engrais les plus efficientes, réaliser les apports selon les conditions climatiques et piloter grâce aux outils d’aide à la décision sont autant de leviers qui influent directement sur la rentabilité du blé tendre.

Dernier apport d'azote sur blé en avril 2026 en Franche-Comté

Faut-il diminuer le dernier apport sur blé au vu du prix des engrais ?

Le dernier apport d’azote sur céréales, considéré généralement comme « l’apport qualité », est trop souvent perçu comme un levier exclusivement destiné à améliorer la teneur en protéines. Pourtant, ses conséquences vont au‑delà, car il intervient à un stade où la plante est encore sensible en termes de construction du rendement, en particulier au stade dernière feuille quand elle met en place la fertilité de ses épis et établit le nombre de grains par m². Son rôle dans l’établissement du rendement est donc essentiel, dans une région où les composantes de fin de cycle (fertilité des épi, poids de mille grains) sont fortement impactées par les stress azotés. 

Par ailleurs, au vu du contexte actuel, le rôle de ce dernier apport vis-à-vis de la teneur en protéines est particulièrement important, puisque le risque de pénalité a encore plus d’impact lorsque les prix du blé sont bas.

Sur une quarantaine d’essais récents répartis sur l’ensemble du territoire (réseau ARVALIS « Azoclim » 2023-2025), les résultats sont sans appel : une réduction de 40 kg N/ha de la dose prévisionnelle se traduit par une perte de rendement et de protéines. Pour une impasse d’apport à dernière feuille étalée, la perte est en moyenne de 4 q/ha et de 1 % de protéines. 

Face aux niveaux de prix du blé et de l’azote, les matrices d’ajustement des doses ARVALIS ont été réactualisées en s’appuyant sur un jeu de données conséquent : 442 essais conduits entre 1990 et 2022. Ces nouvelles matrices matérialisent une plage de dose d’azote pour laquelle on atteint un optimum technico-économique. Attention, ces références sont établies dans l’hypothèse où la dose d’azote a été calculée à l’optimum technique de fertilisation (figure 1). 

Figure 1 : Matrice d’ajustement de la dose d’azote, en fonction du prix de vente du blé et du prix de l’azote, pour un objectif de rendement

Figure 1 : Matrice d’ajustement de la dose d’azote, en fonction du prix de vente du blé et du prix de l’azote, pour un objectif de rendement
Les droites noires et le dégradé de couleur indiquent la dose d’azote à réduire pour maintenir la marge au niveau de l’optimum économique.

Dans les conditions économiques actuelles, l’écart entre l’optimum technique et l’optimum économique reste généralement faible, d’autant plus lorsque l’engrais azoté a été acheté à l’automne à des prix moins élevés qu’actuellement. Les derniers quintaux – tout comme les derniers points de protéines – permis par le dernier apport, conservent donc une rentabilité satisfaisante. À l’inverse, les économies générées par une réduction de la dose sont souvent limitées. 

Sur la base de ces données, il n’est donc pas justifié, à ce stade, de réduire les apports d’azote, et en particulier le dernier apport. 

Quelle valorisation des apports précédents ?

Les apports d’azote au tallage ou à épi 1 cm réalisés au cours de la première quinzaine de février, à la fin du mois de février et au cours de la première quinzaine de mars ont bien pu être valorisés par la pluie (tableau 1).

Tableau 1 : Cumul de pluies dans les 15 à 20 jours qui suivent l’apport d’azote dans différentes stations météo de Bourgogne Franche-Comté avec météo disponible jusqu’au 11/04/2026 et prévue jusqu’au 20/04/2026

Tableau 1 : Cumul de pluies dans les 15 à 20 jours qui suivent l’apport d’azote dans différentes stations météo de Bourgogne Franche-Comté avec météo disponible jusqu’au 11/04/2026 et prévue jusqu’au 20/04/2026
Le vert indique que l’apport a été bien valorisé avec 15 mm de pluie dans les 15 jours, orange quand il faut attendre 20 jours pour cumuler 15 mm de pluie et rouge quand l’apport n’est pas valorisé car le cumul de pluie est inférieur à 20 mm dans les 20 jours suivant la date d’apport d’azote (source : ARVALIS, Météo-France).

Quelle stratégie adopter ?

Il est recommandé de positionner le troisième apport entre 2 nœuds et dernière feuille étalée. Des apports ont déjà été réalisés ce week-end avec le retour des pluies au stade 2 nœuds et seront bien valorisés. Toutefois, les essais ont montré que le meilleur stade pour le rendement et les protéines se situe à dernière feuille pointante (figure 2). Un apport plus tardif, vers le stade gonflement, permettra surtout de sécuriser la teneur en protéines, mais aura moins d’impact sur le rendement. 

Au stade fin montaison, l’efficacité des engrais dépasse régulièrement 90 % de la dose apportée.

Figure 2 : Impact du positionnement du troisième apport sur le rendement et la protéine, par rapport à un fractionnement en 2 apports - Essais France, 1991-2002, ARVALIS

Figure 2 : Impact du positionnement du troisième apport sur le rendement et la protéine, par rapport à un fractionnement en 2 apports - Essais France, 1991-2002, ARVALIS

L’utilisation d’un outil de pilotage à partir du stade deux nœuds (par satellite type Farmstar, à l’aide de la pince N-Tester ou d’autres méthodes) est à privilégier pour ajuster la dose initialement mise en réserve à la hausse ou à la baisse selon l’état de la parcelle.

Rappel : certaines variétés de blé tendre nécessitent une mise en réserve pour le dernier apport plus importante que 40 unités pour atteindre une teneur de 11,5 % de protéines (par exemple : Celebrity, Chevignon, KWS Millesime, KWS Ultim, RGT Lookeo, SY Admiration…).

Quelle forme d’engrais au dernier apport ?

Toutes les formes d’azote n’ont pas la même efficacité, en particulier sur la teneur en protéines. Les formes ammonitrate ou urée avec inhibiteur d’uréase (Nexen, Novius…) sont les plus efficaces et sont à privilégier pour sécuriser l’atteinte d’une teneur en protéines suffisante. L’urée provoque généralement dans nos essais une légère perte sur la teneur en protéines, tandis que la solution azotée pénalise à la fois le rendement et la protéine.

Quant aux engrais azotés foliaires, ils doivent être appliqués à des doses faibles pour limiter le risque de brulures, et parce que leur coût à l’unité est généralement élevé. Leurs performances techniques sur le plan du rendement et de la protéine sont alors inférieures à celles de l’ammonitrate à dose classique (ou pilotée). Les engrais foliaires testés n’ont donc pas présenté d’intérêt technico-économique dans les expérimentations conduites par ARVALIS, y compris en conditions sèches.

Du côté des blés améliorants ou de force (BAF) 

Pour les blés améliorants ou de force, un quatrième apport « qualité » sera également à prévoir autour du stade épiaison pour satisfaire aux 14,5 % de protéines recherchés. Il est donc assez fréquent de fractionner un conseil de 80 unités en deux passages. 

Et les orges de printemps ? 

Les orges de printemps ont majoritairement été semées première décade de mars et sont actuellement au stade 3F - début tallage. Le deuxième apport est donc à prévoir dès que des pluies sont annoncées.

Rappel, pour les orges de printemps brassicoles, la stratégie de fractionnement permettant le meilleur compromis entre efficacité de l’apport (pas trop précoce) et teneur en protéines (9,5 à 11,5 %), est celle du « 1/3 de la dose au semis » puis « 2/3 de la dose au tallage ». 

Penser à la bande sur-fertilisée pour un pilotage N-Tester 

Il est possible de mettre en place une bande sur-fertilisée au moment du deuxième apport (si cela n’a pas été déjà fait au semis) afin de pouvoir réaliser un pilotage N-Tester au stade 1 nœud. Ce pilotage permet de corriger de fortes carences en azote sur orge de printemps. Lorsqu’il déclenche un apport, les gains sont en général importants : + 6 q/ha, sans crainte sur la teneur en protéines qui reste comprise entre 9,5 et 11,5 %.

Et pour les orges de printemps semées d’automne (OPsa) ?

On constate régulièrement des teneurs en protéines trop basses pour les OPsa à destination brassicole. 

Pour rappel, la fertilisation des OPsa sera gérée comme celle d’une orge d’hiver : méthode du bilan azoté, fractionnement en deux apports à partir de la sortie d’hiver puis mise en œuvre de la méthode HNT Max pour piloter un éventuel apport supplémentaire afin de ne pas « louper » l’année favorable à la production, tout en maintenant une teneur en protéines compatible avec le débouché brassicole. 

Pour illustrer cela, en 2024, les résultats de quatre essais indiquaient un gain de +3,5 q/ha et de +1,2 % de protéines pour un apport d’azote supplémentaire de 30 unités à 2 nœuds (attention résultats annuels et non pluriannuels).  

Figure 3 : Impact d’un apport d’azote (30 kg N) supplémentaire en fin de cycle sur de l’orge de printemps semée d’automne (France, 4 essais annuels de 2024)

À retenir 
→ Dans les rapports de prix blé/engrais actuels, il n’y a pas nécessité de revoir à la baisse la dose d’azote, d’autant plus si les premiers apports ont mal été valorisés. 
→ Plutôt que de réduire arbitrairement, il est préférable de s’assurer que chaque unité soit bien valorisée : fractionnement en ¾ apports, formes les plus robustes, positionnement en fonction de la pluie, appui sur les outils de pilotage qui permettent de capter le potentiel de l’année et l’état de nutrition des plantes.

Article rédigé par les partenaires de « Blé Orge Objectifs Protéines » (BOOP) Bourgogne-Franche-Comté 
CHAVASSIEUX Diane et BOUNHOURE Léa (ARVALIS), PILLIER Arnaud (CA21), JOUD Stéphane (CA39), COURBET Emeric (CA70), LOISEAU Marie-Agnès (CA89), ZAMBOTTO Cédric (CA58), VILLARD Antoine (CA71), DERELLE Damien (SeineYonne), FLAMAND Romain (SAS Bresson), BEAUCAMP Thierry (AACE Rose), ROBLIN Yohann (Interval), LACHMANN Alexandre (Bourgogne du Sud), MIMEAU MICKAËL (Alliance BFC), BONNIN Emmanuel (Soufflet Agriculture) et FOLTIER Benjamin (Axereal).

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