Blé : un apport azoté à dernière feuille reste économiquement intéressant
Hausse des prix des engrais, pas de prévisions de pluies : un combo qui n’incite pas à sortir l’épandeur d’azote. Pourtant, mieux vaut éviter l’impasse et maintenir son dernier apport.
Un bon potentiel mis en place, à accompagner avec un dernier apport
Les mois de février et mars ont été plutôt chauds et arrosés, ce qui a contribué à une avance globale d’apparition des stades d’environ dix jours par rapport à nos références de ces dernières années ; mais aussi à une valorisation satisfaisante des apports azotés à tallage et épi 1 cm, notamment grâce à l’épisode pluvieux fin mars. En témoigne l’aspect visuel « bien vert » des parcelles. Par conséquent, le potentiel mis en place est plutôt bon et nécessite d’être accompagné en fin montaison, pour le valoriser en rendement.
Tableau 1 : Cumul de pluie (en mm) pendant chaque semaine
Contrairement aux idées reçues, l’apport fin montaison ne contribue pas uniquement à la teneur en protéines mais aussi au rendement. Pour rappel, les suivis d’absorption d’azote par le blé au cours d’une campagne montrent que la capacité du blé à prélever de l’azote est optimale à partir du stade épi 1 cm et décroît ensuite progressivement à partir du stade dernière feuille étalée. L’apport à dernière feuille est d’ailleurs physiologiquement celui qui a la meilleure efficience : en moyenne 90 % des unités apportées contribuent au rendement final (contre 50 % pour l’apport à tallage et 70 à 80 % pour l’apport épi 1 cm). De plus, la fin de la montaison marque le moment où le blé développe sa fertilité épis, une carence en nutrition est donc à proscrire.
Avec le contexte économique, faire l’impasse ?
Avec un coût de l’azote qui ne cesse d’augmenter, la question d’économiser ses unités en réduisant son dernier apport voire en faisant une impasse peut se poser. Entre 1990 et 2022, ARVALIS a mené 442 essais dans différents contextes pédoclimatiques : objectif, caractériser la dose d’azote optimale à apporter pour faire le meilleur rendement et le régime de perte de rendement dès lors que l’on s’écarte de cette dose (courbe verte sur la figure). Ces données nous permettent ensuite de réfléchir à l’optimum économique vis-à-vis de la dose d’azote. En déduisant les euros investis dans la fertilisation azotée, traduits en quintaux de blé, on obtient des courbes de rendement NET qui mettent en évidence la plage de dose d’azote permettant de tirer le meilleur gain, en fonction du prix de l’azote (courbes rouge, violette et bleue). L’optimum économique ne réside pas en une dose très précise, mais dans un équilibre entre rendement obtenu et investissement dans la fertilisation. Ainsi, plusieurs doses totales d’azote peuvent mener à une même marge : on parle donc d’isomarge comme illustré sur la figure 1. Evidemment, la marge en valeur absolue sera moins bonne pour un prix de l’azote à 2 €/uN comparé à 1 €/uN.
En résumé : Ajuster la dose totale d’azote apportée sur son blé cette année afin d’économiser des unités, et donc des charges, n’a pas de réel intérêt. En effet, même avec un prix de l’azote élevé (ici 2 €/uN), l’optimum technico-économique est encore atteint sans modifier sa dose totale.
Pas de pluie annoncée pour les jours à venir : quel intérêt de faire un apport ?
Les prédictions météorologiques des jours à venir annoncent des pluviométries très limitées qui ne sont pas idéales pour valoriser un apport d’azote. Pour autant, il est important de rappeler, que bien que les conditions jouent sur la valorisation de l’engrais, un apport n’a jamais une efficience nulle, même lorsqu’il fait très sec. D’ailleurs, nos récents essais à ce sujet montrent que les différentes formes d’azote ne sont pas toutes aussi sensibles à l’absence de pluie suivant l’apport.
Le coefficient apparent d’utilisation de l’azote (CAU) en solution azotée est ainsi fortement réduit dès lors que l’apport n’est pas suivi par des pluies suffisantes (environ 15 mm) dans les quinze jours suivants, alors que l’ammonitrate conserve un bon CAU tant que les 30 jours suivants l’apport sont arrosés.
En solution azotée, on observe une meilleure efficience lorsque l’apport est réalisé le matin ou en fin de journée lorsque les températures sont plus faibles et l’hygrométrie un peu plus élevée.
Tableau 2 : Pourcentage de la dose apportée réellement valorisé en rendement (Coefficient Apparent d’Utilisation, CAU) en fonction de la forme apportée et des conditions climatiques après l’apport
Par ailleurs, décider de faire l’impasse d’apport à dernière feuille, et donc de réduire sa dose totale d’azote apportée, engendre des pertes de rendement d’environ 3 q/ha et 1,5 point de protéines en moyenne sur notre réseau d’essais de ces dernières années (figure 2).
Le recours à un outil d’aide à la décision permet un diagnostic des besoins de la culture en fin montaison. C’est la seule bonne méthode pour pouvoir réviser la dose à apporter au stade dernière feuille, et donc potentiellement faire des économies d’azote sans affecter le rendement final.
De plus, le blé valorisera un apport d’azote jusqu’à dernière feuille étalée-gonflement : il est donc encore possible d’attendre de potentielles pluies d’ici début mai pour intervenir.
En résumé : Un apport d’azote sera toujours valorisé, même si le cumul de pluie après sa réalisation est faible. Son efficacité sera moins grande mais jamais nulle, environ 3 q/ha et 1,5 point de protéines sont en jeu dans le choix de la réalisation ou non de cet apport.
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