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Moissons précoces et stocks fourragers : faut-il en profiter pour cultiver une dérobée ?

La sécheresse se prolonge et l’inquiétude grandit quant au potentiel de récolte espéré pour le maïs fourrage. Les bilans fourragers sont parfois déjà fortement dégradés. Les moissons précoces ont permis de libérer des surfaces pour envisager la production de fourrages d’été d’opportunité en dérobée. Mais leur réussite est conditionnée par le retour d’une pluie significative.

Culture estivale en dérobée pour la production de fourrage, en Pays de Loire

Choisir les bonnes espèces

Différentes familles d'espèces peuvent être envisagées, avec bien sûr des associations possibles entre elles, pour limiter au maximum le déficit fourrager.

Du côté des graminées, les maïs précoces sont à exclure d'emblée, ainsi que les sorghos monocoupe. D’une part, le coût des semences serait trop élevé au regard du rendement attendu, et, dans le cas des sorghos monocoupe, l’offre climatique à ce jour ne permettra pas d'atteindre un stade de récolte satisfaisant. Néanmoins, l'avoine, les sorghos multicoupes ou encore le moha constituent de bons candidats.

Le ray-grass d’Italie, peu adapté aux conditions estivales, reste une opportunité pour un semis de fin d’été, les conditions étant plus favorables à sa levée et son développement. Parmi les différentes espèces envisageables, seul le ray-grass d’Italie (RGI) a la capacité de passer l'hiver et ainsi, de proposer une valorisation avant l’hiver et une seconde, précocement au printemps.

Les crucifères, comme le colza fourrager, constituent également une excellente option. Cette famille lève bien dans un contexte estival. Conduit en culture pure, le colza fourrager est particulièrement adapté au pâturage. Dans l'optique d'une récolte mécanique, il est toutefois conseillé de l'associer à une graminée, comme le RGI. Attention toutefois au risque altises à ne pas négliger sur cette espèce et malgré la date de semis précoce.

Enfin, bien adaptées pour les semis d'été, les légumineuses seront le plus souvent privilégiées en association, que ce soit pour une valorisation en pâturage ou en fauche. Elles contribuent à améliorer la valeur protéique du fourrage, notamment lorsqu'elles sont associées à une graminée. Il faudra toutefois être attentif au coût des semences à mettre au regard des chances de réussite du couvert.

Tableau 1 : Adaptation des différentes espèces en dérobée selon les dates de semis

Tableau 1 : Adaptation des différentes espèces en dérobée selon les dates de semis
Source : ARVALIS

Des semis à raisonner au plus près de la pluie

La période estivale est favorable à la croissance des cultures grâce à l’offre en températures. En revanche, la réussite de l'implantation est fortement dépendante de la pluviométrie. Il faut donc être fin tacticien : se tenir prêt à semer mais ne passer à l’action uniquement en prévision d’un épisode pluvieux d’au moins 20 mm. 

Le risque de levée et de retour de la sécheresse ensuite n’est toutefois pas négligeable. Il faut donc réduire au maximum les coûts d’implantation car la probabilité d’échec des couverts d’été est importante. Ainsi, la préparation du sol sera limitée au strict minimum afin de maîtriser les coûts : semis sur déchaumage ou semis direct, mais dans les deux cas, suivis d’un rappui, indispensable pour favoriser le contact sol-graine et sécuriser la levée.

Attention au risque de rémanence des herbicides appliqués sur le précédent

Une attention particulière devra également être portée aux herbicides appliqués sur la culture précédente et à leur éventuelle rémanence. Ne pas implanter de couvert si la parcelle a reçu une application tardive de sulfonylurées au printemps. En cas de doute, un travail du sol sur 8-10 cm contribuera à limiter les risques mais la sécheresse actuelle ralentit la biodégradation des herbicides appliqués. A cet égard, il est préférable d’implanter derrière un colza ou une céréale plutôt que derrière un maïs fourrage récemment ensilé qui aurait reçu un désherbage de postlevée.

Il existe plusieurs possibilités en fonction des applications réalisées dans les mois précédents (tableau 2) mais cela ne reste qu’indicatif, la dégradation des substances actives interagissant avec le sol et le climat de l’année.

Tableau 2 : Possibilités d’implantation selon les herbicides appliqués dans la culture précédente

Une opportunité sans garantie

Le potentiel de rendement de ces semis d'été est extrêmement variable. Il peut aller d'un échec total (0 t MS/ha) à plus de 5 t MS/ha selon les conditions d'implantation et les précipitations reçues durant le cycle de la culture.

Ainsi, ce levier doit être considéré comme une opportunité permettant de sécuriser partiellement les stocks fourragers lorsque les conditions sont favorables. Toutefois, ces cultures ne permettront généralement pas, à elles seules, de compenser intégralement le déficit fourrager. Dans ce contexte, il est indispensable d'adapter les investissements engagés au potentiel réel de la parcelle et aux conditions climatiques attendues.

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