Sécheresse et orge d’hiver : mieux vaut retarder les semis
Avec l’absence de pluie ces dernières semaines et les faibles prévisions, il est nécessaire d’adapter les dates de semis des orges d’hiver, tout en adaptant la stratégie de désherbage à la situation.
Quelle est la situation terrain ?
Les pluies trop peu nombreuses (voire absentes sur certaines zones du territoire champenois) n’ont pas permis de réaliser et/ou de faire fonctionner les faux-semis et déchaumages. Il y a donc un risque important de salissement : stock élevé d’adventices, voire de repousses de blé, qui attendent les conditions favorables pour pousser.
Les structures de sol sont plutôt bonnes. Si un labour devait être envisagé, ce serait uniquement à des fins de désherbage.
L’humidité du sol est un facteur essentiel d’efficacité des herbicides de prélevée et/ou de postlevée précoce. La comparaison des efficacités obtenues en conditions sèches et en conditions plus favorables (ex. automnes 2015 vs 2018) met en évidence un enjeu majeur : à herbicides équivalents, l’écart d’efficacité peut atteindre 30 à 40 points.
Ne pas anticiper les semis d’orge d’hiver
Historiquement, sur le territoire Champagne-Ardenne, les orges d’hiver (OH) étaient semées début octobre. En effet, les semis tardifs étaient souvent corrélés à des conditions climatiques moins favorables, sur une espèce intrinsèquement plus sensible aux conditions d’implantation qu’un blé.
Néanmoins, les hivers moins rudes sont favorables au décalage des semis, y compris des orges d’hiver. Des essais récents le montrent : en sols favorables (craie, limon…), les semis d’orge d’hiver peuvent être réalisés sur la seconde quinzaine d’octobre, sans impact notable sur le rendement. Petit plus pour les implantations 2026 : les sols encore chauds permettront une levée rapide. En sols plus superficiels, la date butoir du 20-25 octobre ne doit pas être dépassée, les risques sur le potentiel étant trop élevés.
Dans ce schéma composé d’une sécheresse importante pour les implantations, d’un risque adventices accru et d’une capacité des orges à aller chercher du potentiel en semis décalé, il est conseillé de retarder les semis d’orge d’hiver.
Gestion du désherbage : c’est la question la plus problématique
Sur la base de ces éléments, plusieurs cas de figures peuvent se dessiner, croisant implantation orge d’hiver et capacité de désherbage des parcelles.
Consultez le guide régional Choisir et Décider dédié au désherbage.
Orge d’hiver sur parcelles peu infestées, pas de problématique de repousses de blé
Il est possible de semer les orges d’hiver classiquement, sur la première quinzaine d’octobre. Les graines peuvent « attendre » le retour de la pluie sans perdre en faculté germinative. Dans cette situation de faible infestation où un seul désherbage était envisagé, privilégier la postlevée à 1 feuille en espérant des conditions de sols plus favorables avec le retour des pluies.
Autre possibilité : décaler le semis sur la seconde quinzaine d’octobre. Si la pluie a fait son retour en début de mois (comme cela est annoncé), ce décalage peut laisser le temps de faire un déchaumage, de détruire les repousses puis de semer l’orge d’hiver. On privilégiera ensuite une application de postsemis/prélevée.
Orge d’hiver sur parcelles fortement infestées en adventices
Dans cette situation, il est conseillé de décaler les semis d’orges. En effet, le risque est trop fort de se retrouver dans une situation immaîtrisable. Tout dépendra ensuite des pluies reçues et de la capacité à réaliser un déchaumage.
Dans tous les cas, il faudra prévoir un désherbage, avec au minimum un passage à l’automne.
S’il n’est pas possible de décaler le semis, qui reste l’option plus favorable, le programme prélevée puis postlevée (voire double post-semis d’automne si le scénario climatique le permet) reste d’actualité. Même si la prélevée ne sera pas réalisée dans les meilleures conditions, le programme restera in fine supérieur en efficacité à la seule postlevée. Pour les situations encore sensibles aux inhibiteurs de l’ALS ou de l’ACCase (peu nombreuses), il est possible de réaliser une postlevée d’automne puis de revenir en sortie d’hiver.
Le labour est également envisageable, si le sol est travaillable malgré le sec.
Orge d’hiver précédent orge ou blé avec risque de repousses
Pour rappel, la filière brassicole requiert des lots présentant une pureté variétale supérieure à 93 % à la moisson, les repousses de blé ou d’orge (si variété différente en année n-1) sont donc problématiques pour le débouché brassicole. Il n’existe aucune solution chimique pour gérer des repousses de blé dans une orge d’hiver.
Si vous faites partie des chanceux qui ont reçu de la pluie et/ou les repousses ont déjà levé dans votre parcelle, il est possible de semer classiquement vos orges d’hiver.
Par contre, si le risque de repousses est fort au semis :
- Les pluies annoncées début octobre sont effectives → déchaumage très superficiel (< 5 cm) si pas encore réalisé depuis la moisson, destruction des repousses (compter 10 jours de levée) puis semis de l’orge d’hiver. Le labour est également une solution efficace.
- Les pluies ne sont pas suffisantes (< 20 mm) et ne permettent pas de gérer les repousses de blé → réfléchir aux capacités de semis en novembre (orge de printemps (OP) semis d’automne, blé), voire semis de printemps.
Gérer une orge en seconde paille
Porter attention au piétin échaudage, à l’azote et à la fumure de fond.
>> Même si les orges ont une sensibilité légèrement moindre au piétin échaudage que les blés, la maladie peut s’exprimer, notamment en seconde paille. Dans notre historique d’expérimentation, la maladie peut exister sur OH, très peu observée sur OP en semis de printemps, non expérimentée sur OP en semis d’automne.
Recommandation 1
- Ne pas systématiser le traitement de semences Latitude XL.
- Sur sols battants ou parcelles avec un historique de piétin échaudage : un traitement de semences Latitude XL limite l’impact du piétin échaudage, avec une efficacité maximale de 50 %.
- Le décalage de la date de semis constitue un des leviers agronomiques permettant de limiter la pression piétin échaudage.
>> La dégradation des résidus pailleux, riches en cellulose, est dépendante de l’activité des micro-organismes du sol. Les résidus pailleux ayant un C/N souvent supérieur à 100, ce processus consomme de l’azote du sol. En blé sur blé, le défaut de nutrition est estimé à 20 kg N/ha : on peut aisément partir du même constat pour une orge en seconde paille.
Recommandation 2
- Réaliser un reliquat sortie hiver pour estimer la quantité d’azote disponible en début de cycle.
- Fractionner les apports d’azote (deux apports tallage et épi 1 cm).
- Prévoir un pilotage de l’azote en utilisant les outils d’aide à la décision, tels que le N-Tester (prévoir une bande surfertilisée) ou FARMSTAR (uniquement orges d’hiver).
>> En seconde paille, les exigences des céréales à paille sont plus élevées que quand elles sont assolées. Il est donc nécessaire d’évaluer les besoins de la culture.
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