Risque de carence en manganèse : prévoir au moins 500 g/ha en foliaire dès que possible
Cette année, des carences en manganèse sont à nouveau observées en céréales, depuis plus ou moins longtemps. En cause notamment : un automne plus sec, qui a pu favoriser l’expression des symptômes. Néanmoins, les parcelles sont inaccessibles depuis janvier. Comment corriger au mieux cette carence dans les prochaines semaines et quels sont les facteurs de risque ?
Comment reconnaître une carence en manganèse ?
Voici les photos de deux parcelles de blé prises ce lundi 23 février 2026, même commune, mais l’une exprime des symptômes de carence en manganèse (Mn), l’autre, d’hydromorphie. Savez-vous distinguer les deux cas ?
Pas facile si on ne se rapproche pas des plantes atteintes. L’état de portance des sols donne la réponse rapidement :
- Photo du haut : carence en Mn.
- Photo du bas : hydromorphie.
Dans les deux cas, ce sont des zones en foyers ou taches de plus ou moins grandes ampleurs.
Les symptômes sur feuilles et plantes permettent de donner des indices importants pour savoir si l'origine est une carence en manganèse ou non.
Comment s'exprime la carence en manganèse ?
- A l’échelle de la parcelle, les zones rappuyées (passages de roues) sont moins atteintes (pas systématique).
- Au niveau des plantes, celles-ci présentent systématiquement une végétation faible (tallage et croissance réduits).
- Les plantes présentent un port plus avachi (pas systématique), les plantes peuvent jaunir, se dessécher voir jusqu’à mourir (pas systématique).
- Les feuilles peuvent présenter des dessèchements sur les vieilles feuilles ou des taches (blanches à desséchées), parallèles aux nervures notamment sur les courbures de feuilles (pas systématique).
Dans le cas présent, on distingue très bien les taches sur les feuilles parallèles aux nervures. Tandis que pour le cas de l’hydromorphie, un jaunissement par la pointe des vieilles feuilles est présent (moins le cas pour une carence en manganèse).
Malgré l’observation des symptômes, un doute persiste ?
Pas de problème, l’analyse de terre donne des pièces à conviction supplémentaires. Idéalement, faire une analyse dans la zone la plus et moins atteinte de la parcelle.
Dans une analyse de terre, plusieurs éléments sont à analyser :
- Une proportion de matière organique (% MO) plus élevée qui augmente le risque d’adsorption ;
- Un pH très élevé qui rend le Mn moins biodisponible ;
- Un sol sableux potentiellement plus soufflé qui oxyde le manganèse et le rend moins disponible ;
- Un EDTA faible : inférieur à 10 ppm.
Toujours, dans notre exemple, une analyse de terre a été faite en 2024 (mêmes symptômes que 2026 sur blé) dans la zone atteinte et moins atteinte. Verdict Les preuves sont accablantes :
La parcelle est globalement à risque en raison d’un pH très élevé et une faible teneur en Mn. Ce qui différencie les zones plus ou moins atteintes ? La proportion de MO et la teneur en sable.
Tableau 1 : Analyse de terre en 2024 dans les zones atteintes et moins atteintes par la carence en Mn sur blé
Le climat de 2026 est-il plus à risque ?
Possible, potentiellement dû à des sols plus secs que d’habitude sur octobre/novembre et ensuite du gel/degel qui augmentent l’oxydation du Mn.
Les carences en manganèse peuvent être amplifiées par différents facteurs agronomiques (pH, % MO et taux de sable élevé avec une teneur en Mn faible). Le climat peut également augmenter le risque de carence en provoquant une augmentation de l’oxydation du manganèse. Dans ce cas, celui-ci devient non disponible pour les plantes.
Le climat d’octobre et novembre a plutôt été sec, ce qui augmente le risque d’oxydation. Par la suite, sur fin décembre et début janvier, plusieurs épisodes de gel et dégel ont pu également favoriser des sols plus soufflés. Par la suite, au contraire, les excès d’eau ont plutôt tendance à limiter l’oxydation du sol. Cela reste des facteurs climatiques favorables, mais les facteurs agronomiques (sol) sont plus impactants.
Quelles nuisibilités et corrections possibles pour 2026 ?
Plus on tarde à corriger, plus la nuisibilité s’installe (allant à plus de 30 q/ha). Apporter au moins 500 g de Mn en foliaire à plusieurs reprises en risque fort (deux à trois fois, toutes les deux à trois semaines).
Les parcelles avec des soucis de manganèse sont généralement bien connues, mais dans le cas de reprise de parcelles, l’historique n’est pas toujours connu. Si les symptômes apparaissent, la correction doit se faire sans tarder.
La difficulté de cette année est de ne pas pouvoir intervenir en raison de l’absence de portance des sols (excès d’eau). Au retour de portance, les symptômes peuvent être déjà bien marqués : dans ces cas-là, la correction ne sera que partielle.
Pour les parcelles avec symptômes ou connues à fort risque :
- Apporter au moins 500 g de Mn en foliaire lorsque les sols deviennent suffisamment portants.
- En risque fort, renouveler l’opération deux à trois fois, toutes les deux à trois semaines.
Les pertes dépendent de l’intensité de l’attaque, si la correction est plus ou moins précoce, et forcément, de la proportion de la zone de carence.
Sur orge, espèce plus sensible, un cas en 2023 sur Ploërmel (56) avait engendré plus de 25 q/ha de nuisibilité dans les zones impactées (entre zone atteinte et une zone non atteinte à 100 m de différence).
Dans le cas des photos prises en 2024, malgré une application (trop tardive), la zone atteinte avait engendré une perte de 30 q/ha comparé à une zone sans symptôme.
Quoi faire après la campagne 2026 ?
Cultiver des espèces moins sensibles sur ces parcelles, limiter la hausse du pH, bien rappuyer les sols, observer régulièrement pour faire des apports dès les tout premiers symptômes.
Si des parcelles révèlent des soucis de carence en manganèse cette année, plusieurs modifications peuvent limiter ou ne pas amplifier le problème dans les prochaines années :
- Limiter les espèces sensibles : en particulier l’orge connue pour être sensible.
- Ne pas remonter le pH trop rapidement et de manière excessive.
- Bien rappuyer les sols au moment de l’implantation, voire en culture : cela n’empêche pas l’expression de la carence, mais peut la retarder et gagner en flexibilité en sortie d’hiver pour les apports de Mn.
- Passer plus régulièrement dans les parcelles sensibles pour intervenir rapidement dès l'apparition des symptômes, voire de manière préventive pour les parcelles systématiquement carencées. Continuer d’observer après les passages, certaines années, un ou deux passages peuvent suffire, tandis qu’il faudra plus de deux passages d’autres années.
Des apports de manganèse en plein à l’automne ou en interculture sont peu utiles, puisque l’oligo-éléments a le temps de s’oxyder et ne sera plus absorbable par la culture. La correction s'appuie uniquement par apport de l’oligo-éléments en foliaire.
À RETENIR
Le manganèse est le seul oligo-élément sur céréales à paille et maïs dont la carence peut aller jusqu’à faire disparaître les cultures. D’autre part, sa correction ne peut se faire que par des apports foliaires sur cultures installées (les apports en plein en interculture sont inutiles).
L’enjeu est important : plus de 30 q/ha de perte en céréales dans les situations à risque non corrigé ou corrigé tardivement.
Situations à risque : pH > 6,5-6,8 ; % MO élevé (> 3 %), % sables grossiers important, teneur en Mn faible (< 10 ppm), travail du sol et climat qui favorisent un sol soufflé.
Correction :
- Apport d’au moins 500 g Mn/ha en foliaire dès que possible après apparition des symptômes
- A renouveler deux à trois fois en risque fort toutes les trois à trois semaines
Cette année, au vu de l’enjeu sur le rendement, dès que les sols sont portants : prioriser cette intervention par rapport aux autres chantiers pour les parcelles avec déjà des symptômes. Plus on tarde à corriger, plus les pertes augmentent sans compensation ultérieure possible.
A l’avenir sur les parcelles avec carences en Mn :
- Eviter les espèces sensibles (orge),
- Ne pas remonter rapidement et excessivement le pH,
- Rappuyer les sols sur les cultures à risque,
- Observer pour apporter rapidement du Mn et en rapporter si nécessaire.
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