Blé dur : quelle place lui accorder dans les assolements ?
Votre assolement n’est pas tout à fait finalisé ? Vous hésitez encore sur la part de votre sole à consacrer au blé dur ? Voici quelques éléments technico-économiques pour guider votre choix.
Le blé dur est depuis plusieurs décennies maintenant une espèce emblématique dans les assolements des exploitations céréalières des régions Centre-Val de Loire et Ile-de-France, profitant d’un pédoclimat favorable à sa croissance et l’expression de son potentiel. Le blé dur bénéficie de surcroît d’un savoir-faire régional de la part des producteurs comme des organismes de développement (coopératives, négoces, chambres d’agriculture, conseillers indépendants, instituts techniques). En effet, les variétés et itinéraires techniques se sont améliorés au fil du temps pour mieux correspondre aux marchés et aux conditions culturales et pédoclimatiques. Ces progrès aussi importants soient-ils se confrontent toutefois aux aléas fluctuants du climat et des cours mondiaux.
Le travail engagé par la filière, accompagné par l’interprofession et l’état, vise à renforcer l’attrait du blé dur essentiel à notre alimentation humaine. De la recherche fondamentale et appliquée à la semoulerie, en passant par la génétique et la production, chaque acteur se mobilise pour renforcer l’attractivité technique et économique de cette culture.
Une marge brute en pluriannuel en faveur du blé dur
Dans notre bassin de production, le blé dur peut être en concurrence avec le blé tendre et/ou le blé améliorant. Des travaux ARVALIS issus d’itinéraires techniques à dires d’experts, ont permis d’établir les prix de revient de blé dur irrigué ou pluvial selon différents scénarios économiques représentatifs des dernières campagnes agricoles (figure 1). Ces données montrent que le blé dur est, en pluriannuel, une culture intéressante, même avec une variabilité de la production, une variabilité de la qualité et les réfactions associées.
Pour affiner ses choix de semis, les deux indicateurs économiques les plus pertinents sont :
- le prix de revient pour tenir compte de toutes les charges par culture en €/t ;
- la marge à l’hectare pour tenir compte des effets prix de vente en €/ha.
Ainsi et quelles que soient les années, le prix de revient du blé dur est supérieur à celui du blé tendre d’environ 55 €/t. La marge du blé dur est supérieure à celle du blé tendre 6 années sur 7 grâce à la prime blé dur. Les dernières campagnes, malgré des difficultés de production, de qualité et de prix des intrants, ne dérogent pas à l’observation globale : le blé dur est économiquement intéressant en pluriannuel.
Le différentiel de prix de revient retenu entre le blé dur et le blé tendre est de +55 €/t. Sur cette base, le différentiel de marge brute est en faveur du blé tendre en 2026. Pour autant, les marges brutes prévisionnelles du blé dur sont meilleures, soutenues notamment par de bons rendements, parfois meilleurs qu’en blé tendre. La variabilité des résultats reste néanmoins importante entre deux années, mais il est difficile de ne choisir ces années qu’en fonction du marché, lui-même assez volatile d’une année sur l’autre. En général, les années où le différentiel de prix entre le blé dur et le blé tendre est très important, les marges brutes sont largement à l’avantage du blé dur. Cela signifie que le blé dur reste une culture intéressante pour notre bassin de production.
Le bon réflexe est donc de raisonner économiquement sur plusieurs années, de bien comparer ses marges et de réaliser les calculs avec ses propres chiffres.
D’un point de vue stratégique, comme peu d’éléments sont prévisibles, il est préférable de semer du blé dur chaque année pour réduire les aléas plutôt que d’essayer de « viser » les bonnes années.
Attention néanmoins, un différentiel de marge à l’avantage du blé dur ne signifie pas obligatoirement que la marge est importante. C’est le cas notamment des années où les intrants augmentent fortement et/ou la production est en berne. Par ailleurs, le blé dur est une culture qui nécessite plus de précision sur le positionnement des traitements, notamment au stade floraison, et l’inconnu de la qualité finale existe jusqu’à la récolte. De fait, la culture de blé dur demande une trésorerie plus importante et comporte une prise de risque face à l’incertitude.
Quelles variétés choisir ?
Anvergur et Rocaillou sont les deux variétés phares de notre bassin de production du fait de leur régularité côté productivité et leurs profils technologiques. Ces deux variétés sont toutefois à accompagner sur la verse.
Récemment inscrite, Fusilou possède une bonne résistance à la verse, un excellent profil technologique et se comporte très bien face aux maladies. Malgré sa productivité régulière, elle reste en deça de la moyenne générale et est à proscrire absolument en précédent à risque DON (maïs et sorgho) et sans gestion des résidus de culture. RGT Demesur, nouveauté 2026, entre dans le trio de tête du classement régional des variétés du fait de sa bonne productivité et son profil maladies. Son comportement reste à confirmer au cours des prochaines campagnes et sera évaluer dans le réseau d’expérimentation régional.
Figure 2 : Les variétés conseillées pour les semis 2026 en Centre-Val de Loire et Ile-de-France
La qualité se joue en partie dès le semis
Les attaques de fusarioses sur les épis de blé dur sont récurrentes dans notre bassin de production. S’il n’existe aucune certitude de les éviter, des leviers simples sont pourtant accessibles dès le semis pour s’en prémunir au maximum !
Gestion des résidus de culture, en particulier s’il s’agit d’un précédent maïs ou sorgho, et choix variétal sont à mettre en œuvre dès le semis. La protection fongique à floraison sera alors la cerise sur le gâteau si les conditions sont favorables aux champignons.
Un accompagnement technique tout au long de la campagne
Pour être accompagné dans la conduite de votre blé dur, rapprochez-vous de votre coopérative, négoce, chambre d’agriculture qui vous aiguilleront dans les choix techniques à mettre en œuvre. Un guide technique du blé dur en régions Centre-Val de Loire et Ile-de-France est également disponible en ligne.
Pour aller plus loin et aborder les préconisations régionales : rendez-vous le 4 février 2027 de 13 h 30 à 17 h 30 au Lycée de Nermont à Châteaudun (28).
Un mot sur le Comité Technique Blé Dur
Le Comité technique blé dur du bassin de production Centre est une instance régionale composée des instituts techniques ARVALIS et FNAMS, des semenciers RAGT Semences et Florimond Desprez, des coopératives et négoces régionaux collecteurs de blé dur, des chambres d’agriculture d’Eure-et-Loir, du Loiret, du Loir-et-Cher et de la région Ile-de-France, ainsi que de trois producteurs de blé dur. L’ensemble des acteurs de la filière se coordonnent et se fédèrent pour mutualiser leurs forces, travailler des thèmes de recherche en commun, partager des actions de communication de manière conjointe.
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