Canicule de mai 2026 : pourquoi est-il si difficile de mieux cerner les impacts et les parades ?
L’épisode de canicule de la dernière décade de mai s’est avéré plus intense et plus long qu’initialement pressenti. Cependant, l’impact sur les cultures reste à évaluer. En effet, peu de références consolidées sont mobilisables pour progresser sur la réponse des plantes aux stress thermiques, malgré l’importance reconnue de ce stress et les travaux en cours.
Des effets non linéaires au niveau des plantes
Plutôt qu’une réponse unique aux fortes températures, les différents processus qui se déroulent dans la plante ne présentent pas systématiquement la même réponse. S’il est généralement admis qu’un processus individuel présente une réponse en « cloche asymétrique » (figure 1), tous les aspects physiologiques ne répondent pas exactement aux mêmes températures cardinales. Ainsi, selon que l’on s’intéresse à la phénologie, à la photosynthèse ou à la mise en place des grains ou des tubercules, les températures optimales, maximales voire létales diffèrent.
Ceci n’empêche pas de déceler des grandes tendances, évidemment peu engageantes au regard du changement climatique : la hausse des températures pénalise le rendement du blé, à la fois en raccourcissant son cycle et en augmentant l’occurrence d’évènements stressants.
Figure 1 : Courbe théorique de la réponse à la température d’un processus physiologique ou moléculaire (croissance, réaction enzymatique, taux de photosynthèse, taux de germination…)
Des impacts concrets et nets observés en conditions contrôlées…
Il est évidemment plus aisé d’appliquer des stress thermiques en conditions contrôlées : il est possible de travailler « toutes choses égales par ailleurs », de sécuriser l’atteinte de températures-cibles aux stades visés, et de bénéficier parallèlement de témoins non stressés pour évaluer l’impact des fortes températures. Différents projets de recherche se sont d’ailleurs appuyés sur de tels dispositifs pour illustrer de manière nette des effets variétaux (figure 2) ou thermiques (figure 3).
Ces approches permettent d’analyser précisément l’impact de modalités thermiques, extrémisantes ou pas. Malheureusement, il est souvent difficile de valider ces effets en conditions réelles.
… mais difficiles à conforter en plein champ
Comme pour le stress hydrique, les évènements de stress thermique en plein champ n’arrivent pas « toutes choses égales par ailleurs ». Les variétés à tester ne sont pas exactement au même stade ; les conditions de rayonnement, d’humidité relative et de disponibilité en eau du sol évoluent en parallèle à la hausse des températures. Il est donc difficile de discerner un impact isolé du stress thermique.
Dans le cas d’un effet de comparaison variétale, la phénologie va interagir avec l’exposition aux fortes températures, alors que dans une comparaison interannuelle, les fortes températures iront le plus souvent de pair avec de forts rayonnements et une réduction de la pression parasitaire. Ainsi, des travaux scientifiques obtenus dans des conditions de forte exposition au stress thermique à l’étranger peuvent ne pas être très informatifs des impacts en conditions hexagonales : les variétés sont évidemment différentes, et l’ensemble de l’élaboration de la biomasse et du rendement peut suivre une trajectoire très éloignée d’un blé français.
Valoriser des réseaux internationaux et des panels variétaux larges
Une parade possible est de mettre en place des collaborations internationales pour construire des réseaux illustrant une gamme de stress, éventuellement associée à un panel variétal suffisamment large. Il devient dès lors possible de mieux décrire l’impact des variables environnementales sur l’élaboration du rendement, et de comparer les comportements des typologies variétales en fonction des scénarios de stress (ex. : collaboration avec le Portugal et l’Italie pour l’adaptation climatique du blé dur : Projet Résildur, financement FEADER-PACA). Ces démarches sont évidemment complexes et coûteuses, et dépendantes de collaborations extérieures.
Développer des conditions semi-contrôlées au champ
Autre alternative : générer une élévation de température ponctuellement en installant une « serre horticole » sur un couvert en plein champ. C’est le choix méthodologique qui est poursuivi dans les projets Climaboul (FSOV) et Durasel (Plan de souveraineté de la filière Blé Dur).
En générant localement un effet de serre, la température peut augmenter de 3 à 5°C et ainsi permettre la génération d’un « stress thermique ». Evidemment, ces dispositifs, légers, polyvalents et peu coûteux, peuvent présenter des biais méthodologiques à surveiller : abaissement du rayonnement incident, modification de l’humidité relative, évitement de la pluie.
Une prévision de rendement précoce à la parcelle n’est pas encore accessible
Dans le contexte français où l’élaboration du rendement dépend d’une multitude de facteurs biotiques et abiotiques, il est très délicat de réaliser une prévision de rendement avant le stade floraison ou grain laiteux des céréales à paille. Les modèles mécanistes de type STICS restent encore insuffisamment paramétrés vis-à-vis de stress violents comme ceux de la dernière décade de mai. Et pour cause, ils sont pratiquement inédits en France. De plus, l’application à une ou des parcelles réelles nécessiterait de nombreuses informations.
Ainsi, l’évaluation de l’impact ne peut aujourd’hui passer que par des estimations grossières qui englobent la variabilité des situations, ou par un travail d’échantillonnage au champ qui permet de cerner concrètement les tendances sur chaque composante de rendement, intégrant dès lors l’ensemble des stress (nutritifs et parasitaires) et l’offre climatique des parcelles.
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