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Rhône-Alpes

Pluies à la floraison des blés : prévoir une protection fongicide sur les épis

Alors que les blés atteignent la floraison, les pluies sont de retour et pourraient se poursuivre encore dans les jours à venir. Dans ce contexte, il est conseillé de prévoir dès la sortie des premières étamines pour lutter contre les fusarioses.

Epis de blé dur et une feuille couverte de gouttes de pluie, début mai 2026 en Rhône-Alpes

La floraison est le stade clé auquel la contamination par les fusarioses se produit si les conditions sont favorables. Le terme « fusarioses » regroupe plusieurs champignons différents dont deux types plus fréquemment rencontrés : Fusarium graminearum et Microdochium spp. Sur blé tendre, ces deux champignons peuvent provoquer des pertes de rendement et de qualité technologique (poids spécifique) ; F. graminearum peut également impacter la qualité sanitaire par la production de mycotoxines (DON). Le blé dur est plus sensible que le blé tendre, et le risque de perte de rendement, de qualité sanitaire (DON) et technologique (augmentation du risque de moucheture) est amplifié.

La floraison des parcelles de blé tendre et de blé dur a débuté pour les situations précoces et devrait s’échelonner jusqu’au 15-20 mai pour les situations plus tardives (blés tendres). Il s’agit du stade auquel une protection peut être appliquée contre les fusarioses. Plus tard, lorsque des symptômes sont visibles sur épi, il sera trop tard pour intervenir.

Blé tendre : quels facteurs de risque ?

Les principaux facteurs de risque pour le développement de F. graminearum et l’accumulation de DON sont :

  • Le cumul de pluviométrie durant les 14 jours autour du stade floraison, qui est le facteur de risque le plus important. Plus largement, le maintien d’une humidité importante pendant au moins 48 h à la floraison du blé représente un risque.

Les 7 prochains jours pourraient cumuler plus de 30 mm sur la majorité de la région et les pluies pourraient se poursuivre la semaine prochaine.

Carte 1 : Probabilité que la somme des pluies soient supérieures ou égales à 30 mm sur 7 jours – Période du 4 au 11 mai 2026

Carte 1 : Probabilité que la somme des pluies soient supérieures ou égales à 30 mm sur 7 jours – Période du 4 mai au 11 mai 2026
Source : Aleapluie, consulté le 04/05/2026
  • La présence au sol de résidus de maïs ou de sorgho issus de la culture précédente, et généralement associée à des techniques culturales sans labour (car elle peut maintenir l’inoculum de F. graminearum dans la parcelle).
  • La sensibilité de la variété de blé cultivée (les variétés sensibles, avec une note DON inférieure à 3,5 sont très rarement cultivées dans la région).

Une grille permet d’évaluer le niveau de risque d’accumulation de DON à la parcelle et de déterminer si un traitement de protection de l’épi est nécessaire.

Tableau 1 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre lié à la fusariose sur épi (Fusarium graminearum)

Tableau 1 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre lié à la fusariose sur épi (Fusarium graminearum)

La grille blé tendre estime le risque de 1 (plus faible) à 7 (plus fort). Une variété est dite sensible si sa note d’accumulation en DON est inférieure ou égale à 3,5 et elle est dite peu sensible si cette note est supérieure à 5,5.

* Pour limiter la présence de l’inoculum, il convient de réduire au maximum la présence de résidus lors de la floraison des blés. Le labour profond permet un bon enfouissement des résidus mais d’autres techniques permettent un résultat proche du labour comme un broyage fin et une incorporation en surface des résidus rapidement après récolte.

T = risque d’accumulation de DON élevé, nécessitant une protection de l’épi

Figure 1 : Echelle 2025 de résistance variétale du blé tendre  à la fusariose des épis (DON)

En gras des exemples de variétés fréquemment cultivées dans la région (non exhaustif). Quelques variétés, parmi lesquelles LG Aikido et RGT Propulso n’ont pas pu être caractérisées.

Figure 2 : Echelle 2025 de résistance variétale du blé améliorant ou de force à la fusariose des épis (DON)

Figure 2 : Echelle 2025 de résistance variétale du blé améliorant ou de force à la fusariose des épis (DON)

Concernant les espèces de Microdochium, les facteurs agronomiques (précédent, travail du sol etc.) ne semblent pas avoir d’influence : seules les conditions météo autour de la floraison (pluies, maintien d’une forte hygrométrie) déterminent le risque. Il n’existe donc pas de grille de risque. Cette année, les cumuls de pluies importants annoncés ainsi que le rafraîchissement des températures pourraient favoriser le développement des Microdochium spp. 

→ De nombreuses parcelles pour lesquelles la grille de risque DON ne recommande pas de traitement contre F. graminearum sont tout de même à risque élevé pour Microdochium. Une protection des épis est donc à privilégier sur les parcelles recevant d’importants cumuls de pluie autour de la floraison, particulièrement sur celles à bon potentiel, pour préserver le potentiel de rendement mais aussi la qualité technologique (PS, qualité boulangère…).

Comment positionner l’intervention ?

Lorsqu’une intervention est nécessaire, le positionnement est très important, particulièrement en cas de risque F. graminearum et DON. Le traitement de protection de l’épi est à positionner autant que possible en tout début de floraison : à la sortie des premières étamines au milieu de l’épi.

Astuce : repérer les zones les plus précoces de la parcelle, les étamines apparaissent souvent dans les passages de roues un ou deux jours plus tôt. Dès qu’elles sont visibles dans les passages, on peut donc programmer le traitement dans les 2-4 jours suivants, dès que les conditions climatiques sont favorables pour sa réalisation.

Bien positionné, le traitement contre les fusarioses a une efficacité maximale de 50 à 60 %. Si le positionnement est décalé, l’efficacité décroît très fortement. Si un traitement de protection du feuillage a été réalisé avant l’épiaison, même s’il est récent, il n’a pas d’efficacité sur la protection de l’épi.

Il est également important d’appliquer ce fongicide avec un volume d’eau suffisant : minimum 150 l/ha, si possible plutôt 180 l/ha, pour bien couvrir l’épi. A volume plus faible, l’efficacité est altérée.

Plus d’information sur les stratégies de lutte contre fusariose, consultez le guide régional Choisir et Décider : interventions de printemps 2026 – Région Est.

Et sur blé dur ?

Sur blé dur, le traitement de protection de l’épi en début de floraison est indispensable pour garantir le rendement, la qualité technologique et sanitaire. Il est normalement déjà prévu dans le programme de traitement. La campagne 2025/2026 ne se prête pas à tenter une impasse !

À retenir 

  • La pluviométrie autour de la floraison est le premier facteur de risque de développement de fusarioses, avec des impacts possibles sur le rendement, la qualité technologique (PS, moucheture, qualité boulangère) mais aussi la qualité sanitaire en cas de développement de F. graminearum producteur de mycotoxines DON.
  • Toutes les parcelles de blé tendre avec précédent maïs sans labour, mais aussi les variétés moyennement sensibles avec précédent maïs après labour (situation fréquente dans la région), sont à protéger face au risque d’accumulation de DON (voir grille de risque)Attention aux rares variétés sensibles, qui peuvent présenter un risque malgré un précédent autre que maïs. Tous les blés durs doivent également être protégés.
  • La période pluvieuse qui pourrait s’étaler sur plus d’une semaine, avec cumuls importants et températures fraîches pourrait favoriser les Microdochium spp., affectant un panel de parcelles plus large que F. graminearum, même si sans risque sur la qualité sanitaire. La question d’une protection de l’épi se pose donc sur toutes les parcelles, et particulièrement celles à bon potentiel pour préserver au maximum le rendement et la qualité technologique.
  • Pour optimiser l’efficacité d’une intervention de protection de l’épi, celle-ci doit être positionnée en tout début de floraison (sortie des premières étamines au centre de l’épi), avec un volume de bouillie d’au moins 150 l/ha (si possible 180 l/ha).

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