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#StopAdventices : où se concentre la problématique ray-grass/vulpin en France ?

La présence de ray-grass et de vulpin en grandes cultures est généralisée en France. C’est le diagnostic sans appel réalisé en 2025 par plus de 80 acteurs locaux (coopératives, chambres d’agriculture, négoces, instituts) dans le cadre du projet GRAMICIBLE*. Gros plan sur la cartographie qui en découle.

Parcelle de blé tendre, épis verts immatures - infestation : vulpin, ray grass, brome stérile

La gestion des graminées automnales représente un enjeu de production pour les grandes cultures. Le ray-grass, capable de lever tout au long de l’année, est largement signalé sur l’ensemble du territoire, témoignant de sa grande adaptabilité à se développer dans des situations pédoclimatiques variées. Quant au vulpin, présentant une levée majoritairement automnale, il reste une problématique ancrée dans l’Est et le Nord-Est, bien que présent dans d’autres régions. 

Les zones ray-grass d’une part, et les zones vulpin d’autre part, tendent à se développer à travers le territoire, tout comme les zones mixtes de ces deux espèces, complexifiant leur gestion (carte 1). 

Carte 1 : Répartition des signalements de graminées automnales problématiques (ray-grass et vulpin) – enquête 2025 auprès de 80 acteurs locaux

Carte 1 : Répartition des signalements de graminées automnales problématiques (ray-grass et vulpin) – enquête 2025 auprès de 80 acteurs locaux

Une problématique plus ou moins récente selon les régions

Une forte disparité entre les régions ressort (carte 2). Le Centre et le Sud semblent être des foyers historiques de graminées automnales avec des problématiques remontant à plus de 15 ans. A l’inverse, des zones encore récemment indemnes voient leur situation se dégrader, d’après les remontées terrain. 

Carte 2 : Ancienneté des graminées automnales problématiques (ray-grass et vulpin) – enquête 2025 auprès de 80 acteurs locaux

Carte 2 : Ancienneté des graminées automnales problématiques (ray-grass et vulpin) – enquête 2025 auprès de 80 acteurs locaux

La coloration d’une zone indique seulement l’ancienneté de la problématique graminées automnales. Les niveaux de dégradation au sein de chaque zone peuvent suivre différentes trajectoires : situations plus ou moins contrôlées selon la pression, stables, en voie d’amélioration…

Une dégradation liée aux résistances, aux rotations et au climat

La gestion des graminées automnale se dégrade en raison de trois facteurs principaux, selon les experts interrogés (figure 1) : 

  • Le développement des résistances associé à la réduction du nombre de substances actives autorisées sur le marché : les herbicides antigraminées contenant des substances actives appartenant aux groupes HRAC 1 ou 2 sont très touchés par ce phénomène, ce qui a conduit de nombreux secteurs à basculer en herbicides d’automne sur céréales à paille par exemple. Des cartes de résistances sont en cours d’élaboration.
  • Des rotations culturales courtes qui entrainent un manque de diversité des modes d’action dans les cultures, favorisant certaines adventices, et donc une augmentation des stocks semenciers.
  • Des conditions climatiques difficiles, compliquant les interventions chimiques ou mécaniques, avec des fenêtres d'intervention plus ou moins restreintes selon les années et les contextes pédoclimatiques. Ce facteur ressort d’autant plus dans les diagnostics que les campagnes 2023-2024 et 2024-2025 ont été globalement compliquées.

Figure 1 : Les trois principales causes de dégradation dans la gestion des adventices (toutes régions) – enquête 2025

Figure 1 : Les trois principales causes de dégradation dans la gestion des adventices (toutes régions) – enquête 2025

Des situations à contraintes naturelles fortes fragilisées

Ces facteurs sont d’autant plus impactants dans des situations à contraintes naturelles fortes. 

Les sols argileux et les limons hydromorphes posent ainsi des difficultés pour travailler au bon moment, du fait de leur sensibilité à l’humidité. Le mauvais drainage de certaines parcelles, couplé à l’interdiction de l’utilisation de certaines substances actives, réduit encore les marges de manœuvre. 

Par ailleurs, l’absence d’irrigation (ou des restrictions) limite la diversification, en particulier en sols superficiels. Les rotations sans culture de printemps ou d’été aggravent les situations. Les rotations courtes réduisent les opportunités en interculture. Elles restreignent aussi l’accès aux molécules herbicides. L’ensemble de ces facteurs contribue donc à la dégradation des situations.

Le manque de temps : un facteur aggravant fréquemment cité

Plusieurs autres facteurs contribuent à l’aggravation de la problématique actuelle, en lien avec un manque de temps. Sont cités notamment l’agrandissement des exploitations, la simplification des pratiques, l’entretien insuffisant du matériel (nettoyage des moissonneuses-batteuses en période de moisson), ou encore la réduction du travail du sol. Les systèmes sans labour sont en effet généralement plus exposés aux impasses, notamment lorsqu’aucun travail du sol n’est effectué, réduisant les leviers mécaniques disponibles pour gérer les adventices.

Certains organismes observent une augmentation du pourcentage de double actifs, tandis que d’autres signalent au contraire leur disparition progressive, signe d’une modification de l’organisation du temps de travail. Par ailleurs, certaines exploitations sont désormais entièrement gérées par des prestataires. Ces phénomènes sont amplifiés par une main d’œuvre agricole qui tend à se raréfier. 

Ces différents facteurs concourent à l’apparition de véritables situations d’impasse sur certaines parcelles, où les marges de manœuvre agronomiques, techniques ou réglementaires sont devenues extrêmement limitées.

72 % des agriculteurs enquêtés ont des problèmes

Une enquête nationale en ligne a été menée entre janvier et mars 2025, et a mobilisé 1398 agriculteurs répondants. Les témoignages recueillis viennent illustrer et corroborer les informations issues des diagnostics nationaux. Il convient cependant de modérer l’impact de l’enquête, puisque la diffusion en ligne a favorisé les répondants déjà sensibilisés à la problématique, sous-représentant les agriculteurs moins informés. L’échantillon présente une forte représentation des zones agricoles à dominante céréalière, et par conséquent une majorité de systèmes de production en grandes cultures (78 %) par rapport à la polyculture-élevage (21 %).

  • 72 % des répondants ont des problèmes de désherbage avec impact sur leur production. Parmi eux, 81 % estiment que la situation se dégrade.
  • Le ray-grass et le vulpin dominent en tant qu’espèces problématiques, avec 55,3 % des mentions.
  • 85 % des répondants reconnaissent un problème de graminées d’automne résistantes, par ressenti (63 %) ou confirmé par des tests (22 %). Attention cependant à l’écart entre la perception souvent surestimée et les données mesurées.

*GRAMICIBLE est un projet du PARSADA financé par le Ministère en charge de l’agriculture dans le cadre de la stratégie Ecophyto. La responsabilité du Ministère ne saurait être engagée. Partenaires : ARVALIS, ACTA, CFR, Chambres d’Agriculture France, NégoA, Inov3PT, INRAE, ITB, LCA Métiers du Grain, LCA Luzerne, EPLEFPA du Lot-et-Garonne, EPLEFPA de Chartres La Saussaye, EPLEFPA de Châlons en Champagne, Terres Inovia, UNILET, FNAMS, Francopia, Contrat de Solutions. 

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