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Mettre en jachère, une fausse bonne idée ? 

Le contexte économique de la campagne 2026/27 s’annonce très tendu : des trésoreries en difficultés à la suite des mauvais résultats des quatre dernières campagnes, un coût des fertilisants et du carburant élevés et des prix de vente des céréales et oléo-protéagineux encore bas – malgré une amélioration ces derniers jours. A la recherche d’économies, des producteurs s’interrogent sur l’intérêt de mettre une partie de leur surface en jachère. Cette stratégie permet effectivement de réduire les charges d’approvisionnement, mais permet-elle d’améliorer la rentabilité de l’atelier grandes cultures ?

jachère

D’un strict point de vue économique, dans une très grande majorité des cas, remplacer des cultures de vente par de la jachère et/ou une culture à faibles intrants (type légumineuses fourragères ou prairie temporaire) aura des impacts négatifs sur l’excédent brut d’exploitation(1) et le revenu disponible(2). Certes les charges d’intrants diminueront, mais l’absence ou le faible niveau des produits(3) vont engendrer une marge brute(4) négative car la conduite de la parcelle nécessitera a minima un broyage et parfois des charges d’implantation, de semences voire de désherbage. Cette marge sera au mieux très faiblement positive, mais inférieure aux marges brutes moyennes dégagées par les différentes cultures céréalières et oléo-protéagineuses (même avec le contexte économique actuel). 

La mise en place de jachère va entraîner la diminution de la marge brute totale de l’exploitation.

La mise en place de jachère et/ou de culture fourragère non valorisée économiquement va donc entraîner la diminution de la marge brute totale de l’exploitation, soit une diminution des ressources pour faire face aux charges de structure (fermage, annuités, assurances, honoraires, charges sociales et rémunération de l’exploitant) qui, elles, restent stables. Le revenu disponible va se réduire. 

25 à 80 % de perte en zone intermédiaire

De récents travaux, réalisés sous différents scénarios de prix d’engrais et de prix de vente des cultures, montrent que dans des zones intermédiaires comme le Berry ou les plaines de l’Est, le remplacement des cultures par de la jachère nue à couvert spontané peut faire perdre de 25 à 80 % de la marge directe(5) d’une exploitation SCOP.

Ce raisonnement, vérifié dans une majorité des cas, peut se trouver invalidé dans certaines situations très particulières avec un très faible niveau de charges de structure (notamment absence d’annuités) et/ou dans les cas où les marges brutes moyenne par culture sont négatives. 

Calculer ses marges brutes

Calculer ses marges brutes par culture et ses besoins en ressources pour faire face à ses propres charges de structure reste le meilleur moyen de faire le choix le plus éclairé. Ces calculs seront également des éléments importants à valoriser lors de discussions avec les différents financeurs pour valider les choix et besoins financiers.

Jachère ou prairie temporaire : une conduite rigoureuse malgré tout

Au-delà des considérations économiques de première importance qui invalident, dans la plupart des situations, la pertinence économique d’une mise en jachère, la mise en place de jachère ou de culture fourragère temporaire peut présenter un avantage agronomique à moyen terme, en particulier dans les situations à forte pression de salissement en graminées adventices. Il reste toutefois important de noter que, pour abaisser la pression de salissement, la gestion de la jachère ou de la culture fourragère devra éviter toute grenaison des adventices par broyage uniquement (jachère) ou par broyage – fauchage avec export (dans le cas des cultures fourragères). 

Enfin, pour allier gestion des adventices et autres bénéfices agronomiques (restitution azotée, structure du sol...), le recours au semis d’espèces fourragères de légumineuses pures (luzerne, trèfle violet) ou associées avec des graminées ou du trèfle blanc restent le moyen le plus indiqué. Il suppose néanmoins d’être en capacité de faire face aux charges afférentes (implantation, semences, broyage voire désherbage dans le cas des cultures fourragères) qui doivent être prises en compte dans le raisonnement économique.  

(1) Excédent Brut d’Exploitation = produits + aides – charges opérationnelles – consommations intermédiaires – fermage – assurances – honoraires – charges de personnel
(2) Revenu disponible = EBE – annuités – frais financiers CT
(3) La mise en place d’une légumineuse fourragère (trèfle, luzerne…) peut engendrer certains produits directs (vente de foin + aides couplées) si elle est valorisée totalement ou partiellement en fourrage par un éleveur à proximité, ou des produits indirects via l’azote disponible pour la culture suivante et/ou l’amélioration des rendements induite par ce précédent.
(4) Marge brute = (rendement X prix) + aides couplées – (charges fertilisation + charges semences + charges protection des cultures + charges intrants irrigation + charges séchage)     
(5) Marge directe = marge brute + aides découplées – charges de mécanisation

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