Articles et actus techniques

Maladies du blé : quels seuils d’intervention prendre pour un mélange de variétés ?

Dans les parcelles implantées avec un mélange de variétés de blé tendre, faut-il ajuster le seuil d’intervention contre un pathogène à la variété la plus sensible ? Ou à la sensibilité moyenne du mélange ? Tout dépend de la maladie !

Septoriose sur feuille de blé tendre

Les mélanges de variétés dans une même parcelle de blé ont augmenté ces dernières années et représentent en 2025 environ 20 % de la sole nationale. D’après la dernière enquête conduite par ARVALIS, c’est surtout dans l’Ouest que cette pratique est la plus répandue et fait intervenir, le plus souvent, trois variétés.

Lire aussi : « Céréales à paille : quelles sont les variétés les plus cultivées en mélange ? »

Dans ces situations particulières, les experts d’ARVALIS proposent d’adapter les seuils d’intervention selon les maladies présentes.

Rouille jaune : la variété la plus sensible dicte la conduite

La rouille jaune étant une maladie explosive et très nuisible, il faut prendre le seuil d’intervention pour « Variétés sensibles » (note de 6 ou moins) dès qu’il y en a une dans le mélange. Pour ces variétés, un traitement est recommandé avant le stade épi 1 cm uniquement en présence de foyer actif (pustules jaunes pulvérulentes alignées le long des nervures), ou à partir du stade 1 nœud dès la présence des premières pustules. 

Pour rappel, pour les variétés résistantes (note de 7 ou plus), le traitement peut attendre le stade 2 nœuds. Et bien entendu, au-delà, intervenir dès l’apparition de la maladie. 

Mais l’arrivée en France de nouveaux pathotypes de rouille jaune depuis deux campagnes appelle à la surveillance même des variétés réputées résistantes. 

Piétin-verse : prendre la moyenne du mélange

Le risque piétin-verse est largement déterminé par les conditions agronomiques de la parcelle (potentiel infectieux du sol, fréquence de retour du blé, travail du sol…), la sensibilité variétale et les conditions climatiques de l’automne/hiver. ARVALIS a mis au point une grille d’évaluation du risque agronomique (figure 1).

Figure 1 : Grille d’évaluation du risque agronomique piétin-verse

Figure 1 : Grille d’évaluation du risque agronomique piétin-verse

En cas de mélanges variétaux, il conviendra de faire la moyenne des notes de sensibilité au piétin-verse des variétés du mélange pour compléter la case « Effet variétal » de la grille de risque. Si les variétés ne sont pas connues, prendre le score de 4 de la grille (variétés au profil intermédiaire).

Pour rappel, pour les variétés résistantes au piétin-verse (note ≥ 5) : une intervention est inutile, même en cas de forte pression piétin-verse. En revanche, pour les autres variétés (note < 4), la décision dépendra de la proportion de tiges principales attaquées sur une cinquantaine de pieds prélevés au hasard dans la parcelle à partir du stade épi 1 cm (une tache de piétin-verse est comptée lorsqu’elle a traversé au moins une gaine) : 

  • Si moins de 10 % des tiges sont atteintes : ne pas traiter.
  • Entre 10 et 35 % de tiges atteintes : la rentabilité du traitement n’est pas toujours assurée.
  • Si 35 % ou plus des tiges sont atteintes : une intervention est conseillée entre « épi 1 cm » et « 2 nœuds ». Après le stade 2 nœuds, il est trop tard pour intervenir.

Pour connaître les notes de sensibilité des variétés, consultez les fiches variétés d’ARVALIS.

Oïdium : le mélange renforce la résistance globale 

L’oïdium est souvent présent à la base des tiges, mais c’est son évolution sur feuilles qu’il faut surveiller. Cette évolution est rapide en conditions de forte hygrométrie nocturne et temps sec le jour. Pour décider d’une intervention spécifique contre cette maladie, il faut observer les trois dernières feuilles à partir du stade épi 1 cm sur une vingtaine de plantes. Dans le cas de mélanges de variétés, une intervention sera nécessaire avant le stade 2 nœuds si plus de 50 % des trois dernières feuilles du moment présentent des symptômes.

Pour rappel, sur variétés sensibles, un anti-oïdium est justifié avant le stade 2 nœuds si plus de 20 % des trois dernières feuilles présentent des symptômes.

Septoriose : à vos calculettes !

Pour la septoriose, si la note de sensibilité moyenne  du mélange est supérieure ou égale à 6,5, il faut appliquer le seuil pour variétés peu sensibles. Sinon, le seuil pour variétés sensibles prévaut. 

A noter qu’en cas de forte pression septoriose (comme en 2024), les essais montrent un bon comportement des mélanges variétaux et une réduction significative des symptômes (-10 %). Mais il faut éviter d’associer plus d’une variété sensible sur quatre en mélange.

Le seuil d’intervention est déterminé à partir de l’observation des F2 et F3 du moment sur une vingtaine de plantes :

  • Sur variétés peu sensibles à la septoriose : une intervention s’impose dès le stade 2 nœuds si 50 % des F2 déployées du moment sont touchées, et au stade dernière feuille pointante si 50 % des F3 déployées du moment sont touchées.
  • Sur variétés sensibles, le seuil d’intervention aux deux stades est abaissé à 20 %.

Rouille brune : même seuil qu’en variété pure

La rouille brune arrive habituellement en fin de cycle, mais quand elle apparaît tôt comme en 2007, elle peut s'étendre très rapidement et occasionner des dégâts importants. Les observations doivent donc commencer dès le stade 2 nœuds : il s’agit de repérer l’apparition de pustules disposées aléatoirement, plutôt sur la face supérieure, des trois dernières feuilles.

Le seuil d’intervention retenu pour les mélanges est identique à celui utilisé sur variétés pures : traiter dès les premières pustules sur l’une des trois feuilles supérieures. 

Fusariose des épis : sécurité maximale !

Une humidité persistante pendant plusieurs jours au moment de la sortie des étamines favorise l’installation des fusarioses. Le précédent maïs associé aux techniques simplifiées de travail du sol ainsi que l’utilisation de variétés sensibles accroissent les risques. ARVALIS propose d’ailleurs une grille d’évaluation du risque agronomique d’accumulation de mycotoxines DON produites par Fusarium graminearum (figure 2).

Compte tenu du risque sanitaire et de la difficulté à lutter contre cette maladie, il est conseillé de prendre en compte la variété la plus sensible du mélange au niveau de la grille de risque. 

Figure 2 : Grille d’évaluation du risque agronomique d’accumulation de déoxinivalénol (DON) sur blé tendre

Figure 2 : Grille d’évaluation du risque agronomique d’accumulation de déoxinivalénol (DON) sur blé tendre

Une forte humidité ou une période pluvieuse durant la phase épiaison - floraison (plus de 48 heures à 100 % d’humidité) conduit à prendre en compte le risque fusarioses avec un traitement fongicide au début de la floraison principalement si le risque agronomique est supérieur ou égal à 3. 

Réagissez !

Merci de vous connecter pour commenter cet article.

Se connecter
Ou connectez-vous avec
Pas encore inscrit ?
Créer un compte
Mot de passe oublié

Un email vous sera envoyé pour réinitialiser votre mot de passe.