Maïs fourrage : évaluer les conséquences du stress hydrique à l'approche de la floraison
Le déficit hydrique observé depuis plusieurs semaines intervient au moment où de nombreux maïs approchent de la floraison, stade sensible au manque d’eau. Selon l’intensité du stress et le type de sol, les conséquences peuvent aller d’un simple ralentissement de croissance à un arrêt définitif du potentiel de production.
Avant floraison, un fort stress hydrique peut bloquer la plante dans l’enchaînement des stades et l’initiation de la floraison. Il peut également limiter la croissance de l'appareil végétatif, accélérer le dessèchement des feuilles (y compris avec des brûlures) et, dans les cas extrêmes, entraîner la mort de la plante.
Un stress modéré en préfloraison limitera le développement végétatif de la plante mais également le nombre d’ovules. Si l’alimentation hydrique s’améliore à l’approche de la floraison, les épis seront quasi normaux en fonction du nombre d’ovules mis en place.
Autour de la floraison, le maïs est particulièrement sensible au déficit hydrique. Un manque d'eau peut perturber la fécondation et provoquer l'avortement des jeunes grains. Ce risque persiste jusqu'au Stade Limite d'Avortement des Grains (SLAG), qui intervient environ 250 degrés-jours après la floraison femelle, soit une quinzaine de jours plus tard selon les conditions climatiques. Au-delà de ce stade, les grains deviennent moins sensibles à l'avortement, mais un déficit en eau durant cette phase diminue leur remplissage, accélère le dessèchement des feuilles et des tiges, limite le rendement final et avance la maturité de la culture.
Poursuivre la culture ou anticiper la récolte ?
Sous l'effet du stress hydrique, les feuilles s'enroulent pour limiter les pertes en eau. Cet aspect vert-gris et dressé ne signifie pas nécessairement que la culture est condamnée. L’observation au cœur de la parcelle et l’inspection de l’appareil végétatif sont indispensables pour poser le diagnostic.
La décision d’ensiler s’avère délicate à ce stade car les parcelles comportent souvent des zones sèches et des zones encore vertes. Elle doit être guidée par la proportion de surface dont le rendement n'évoluera plus, celles qui conservent un potentiel de reprise en cas de pluie, ainsi que par le volume de biomasse en place. Pour guider la décision, trois situations peuvent être distinguées.
1/ Les situations encore peu pénalisées en sols moyennement profonds
Dans ces situations, les feuilles sont enroulées et présentent une teinte « vert grisé ». Seules quelques feuilles basses sont desséchées (couleur gris-marron). La majeure partie du feuillage reste fonctionnelle et la culture conserve un potentiel de reprise en cas de retour des pluies, même si la croissance restera pénalisée.
Recommandation : attendre la floraison et, si elle a lieu, évaluer la formation des épis avant d'envisager une récolte anticipée.
2/ Les parcelles en situation intermédiaire
Lorsque plus de 30 % des feuilles desséchées (couleur marron), on peut se considérer dans une situation intermédiaire. Les dernières feuilles émises prennent une teinte marron à leur extrémité et blanchissent. Malgré cette dégradation, le feuillage encore vert peut encore repartir si les conditions redeviennent favorables rapidement.
Recommandation : surveiller l'évolution de la parcelle et les prévisions météorologiques. En l'absence de pluies significatives dans les jours à venir, une valorisation en affouragement en vert ou au pâturage peut être envisagée. À ce stade, la teneur en matière sèche (autour de 22 %) reste généralement insuffisante pour l'ensilage.
3/ Les parcelles les plus préoccupantes
Lorsqu’il reste moins de deux feuilles vertes par plante et que l'émission de nouvelles feuilles est bloquée, la situation est considérée comme préoccupante. Le retour des pluies ne permettra plus de relancer sa croissance.
Recommandation : envisager très rapidement la récolte afin de préserver au mieux la capacité de conservation et de valorisation du fourrage disponible en adaptant la stratégie selon l’état de développement.
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