Maïs desséchés en sols séchants : quelle décision prendre ?
La sécheresse et la canicule des semaines passées ont fortement affecté les cultures d’été. En l’absence d’irrigation, le potentiel des maïs en sols superficiels est très entamé avant même la floraison. Dans certaines parcelles, les zones les plus superficielles présentent des plantes déjà desséchées. La météo à venir ne prévoit pas de pluies significatives d’ici la mi-juillet. La question se pose de leur devenir. Avant toute décision, il est essentiel de bien évaluer l’état de la culture et sa capacité à repartir. Si le pronostic est mauvais, il faut également estimer la pertinence d’engager des frais de récolte au regard de la biomasse récoltable. Voici quelques clés pour aider au diagnostic précoce et des recommandations pour gérer au mieux une récolte anticipée.
Sécheresse et canicule précoces très pénalisantes
Le maïs supporte les fortes températures mais, au-delà de 36°C, le fonctionnement de la plante est altéré d’autant plus que la canicule est associée à du déficit hydrique. A l’exception des secteurs arrosés par les orages très localisés en juin, aucune pluie significative depuis la mi-mai n’a permis de renflouer le réservoir en eau des sols. Celui-ci s’est vidangé très rapidement courant juin.
Carte 1 : Pluie cumulée entre le 20 mai et le 30 juin 2026 en mm
Carte 2 : Nombre de jours où la température a dépassé 35°C entre le 20 mai et le 30 juin 2026
Les fortes chaleurs répétées sur plusieurs jours associées au déficit hydrique surviennent à une phase sensible de la culture, entre transition florale et floraison, où se mettent en place l’épi et le nombre de grains potentiel.
En l’absence d’irrigation, les maïs implantés en sols superficiels sont bloqués et risquent de ne pas donner d’épi si la pluie ne revient pas rapidement. Pour les maïs les plus avancés (semis de début avril), actuellement à floraison, c’est la fécondation et la survie des grains qui sont menacées.
Maïs desséchés prématurément : comment décider ?
Face au stress hydrique, la plante se protège par enroulement des feuilles. La culture présente alors un feuillage vert - gris au port dressé, mais celui-ci n’est pas pour autant détruit. Il est donc important d’aller voir chaque parcelle, de rentrer au cœur de la culture et d’inspecter l’appareil végétatif pour poser le diagnostic. La décision d’ensiler s’avère délicate à ce stade car les parcelles comportent souvent des zones sèches et des zones encore vertes. Ce qui doit guider la décision : le ratio entre la surface desséchée dont le rendement n’augmentera pas ; et la surface encore verte dont on peut encore attendre quelque chose ainsi que le volume de biomasse en place. On peut distinguer ainsi trois situations :
- Situations encore peu pénalisées, en sols moyennement profonds : toutes les feuilles sont enroulées et ont une teinte « vert grisé », avec seulement quelques feuilles du bas gris-marron. La surface verte reste encore fonctionnelle, les plantes ont capacité à redémarrer si la pluie revient mais leur taille sera réduite. Il est recommandé d’attendre la floraison, si elle a lieu, et d’évaluer la production d’épis et de grains pour prendre la décision d’une récolte anticipée. En l’absence de pluie, on se retrouvera rapidement dans le second cas.
- Cas intermédiaire : plus de 30 % des feuilles sont de couleur marron. Les dernières feuilles émises prennent une teinte marron à leur extrémité et blanchissent. Là encore, les feuilles vertes restantes sont capables de repartir si la pluie revient. La teneur en matière sèche est probablement trop basse pour ensiler (autour de 22 %) mais il est possible de valoriser en affouragement en vert ou en pâturage si aucune pluie annoncée dans les 10 jours.
- Situations les plus préoccupantes : il reste moins de deux feuilles vertes. L’émission de nouvelles feuilles est bloquée. Le retour des pluies ne permettra pas à la plante de redémarrer. La récolte doit s’envisager très rapidement pour préserver la capacité de conservation et de valorisation du fourrage en adaptant la stratégie selon l’état de développement.
En cas de récolte, quelle stratégie retenir ?
Une récolte à un stade si jeune n’est pas habituelle et nécessite un temps de réflexion pour retenir l’option la plus adaptée dans ce contexte. Il faut s’interroger au préalable sur la valorisation possible de la biomasse récoltée.
Le premier point est d’estimer la quantité récoltable. Dans le cas de gabarit très restreint, engager des frais de récolte conduira à un coût rendu auge important. L’état du bilan fourrager et le coût rendu auge devront guider la décision.
Dans ces cas de petits gabarits, la valorisation directe par du pâturage est une vraie option, c’est la solution la plus économique et celle qui préservera également le bilan fourrager. Elle suppose toutefois un accès à la parcelle pour les animaux, la mise en place d’allées pour le passage des fils et les animaux auront naturellement un temps d’adaptation.
Si l’option retenue est la récolte, il est possible d’envisager l’affouragement en vert afin d’esquiver les risques de conservation lié à un fourrage trop humide ou, au contraire, trop sec. Enfin, si l’on opte pour l’ensilage, il sera conseillé d’utiliser l’ensileuse avec les becs à maïs. L’éclateur pourra être retiré en l’absence d’épis. La mise en œuvre d’une chaîne de récolte de type herbe (fauche, andainage, ensilage) ne semble pas adaptée : elle ne permettra pas une coupe beaucoup plus rase et peut entraîner l’incorporation de terre, voire la production d’étincelles en présence de pierres non rappuyées, avec un risque non négligeable d’incendie dans ces conditions chaudes et sèches.
Pour la confection du silo, les règles restent identiques à celles d’un ensilage classique : couches fines, tassage soigné et fermeture hermétique. En général, ce type de fourrage contient encore suffisamment d’eau dans les tiges, ainsi qu’un taux de sucres fermentescibles permettant une activité biologique favorable à la conservation. L’utilisation de conservateurs ne paraît donc pas prioritaire pour ce type de fourrage. Il est préférable de réserver cet investissement à des fourrages plus sensibles et à plus forte valeur.
A retenir
- Rentrer au cœur des parcelles et évaluer l’état de l’appareil végétatif pour décider ou non d’une récolte anticipée. Le bilan fourrager et le coût rendu auge doivent guider la décision.
- Privilégier une valorisation en vert à la conservation.
- Adapter la chaîne de récolte pour limiter les coûts et préserver la qualité.
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