Levées tardives de datura : s’en débarrasser au plus vite !
Le retour des pluies et les températures encore clémentes sur septembre ont fait exploser les levées de datura dans les chaumes de céréales, les colzas et les bords de parcelles. Voici quelques clés pour reconnaître cette adventice toxique pour l’homme comme pour les animaux mais également nuisible pour les cultures. Un seul mot d’ordre : s’en débarrasser au plus vite !
Reconnaître le datura stramoine
Quelques astuces pour reconnaître tôt le datura : les cotylédons sont très étroits et allongés, puis les deux/trois premières feuilles sont ovales avec les bords entiers, et les limbes des feuilles deviennent dentés à partir de la quatrième feuille au bout de long pétiole. L’identification peut être confirmée par l’odeur caractéristique nauséabonde qu’il dégage. Eviter de toucher cependant la plante.
Le datura produit des fleurs blanches caractéristiques, en forme de trompette, qui laissent place à des bogues épineuses contenant chacune plusieurs centaines de graines. Sur des levées tardives de datura, comme observées cette année, les plantes raccourcissent leur cycle, ce qui engendre des petits pieds mais capables de produire des graines. A noter que les graines en cours de maturité, de couleur beige à marron, ont aussi une bonne capacité de germination.
Avec une durée de vie des graines de plusieurs dizaines d’années dans le sol, combiné à une production potentielle jusqu’à 5000 graines par plante, un pied peut infester une parcelle pour une génération d’agriculteurs !
Surveillance et gestion en interculture
La présence d’un puits de lumière favorise la germination du datura dans les cultures estivales. Les bordures de parcelles, les passages d’enrouleurs et les surfaces dégradées par le gibier constituent des zones particulièrement propices à son développement. Avec les dernières pluies, les parcelles actuellement « nues » offrent des conditions favorables à la levée de cette plante toxique. Une vigilance accrue est donc recommandée.
Il est essentiel d’intervenir dès que des pieds de datura sont identifiés dans une parcelle, même à faible densité : l’objectif est de supprimer les plantes avant la présence de bogues. En cas de faible infestation, il faudra procéder à un arrachage manuel des plantes en prenant la précaution de porter des gants. En cas d’infestation trop importante, réaliser un broyage. Si des bogues sont déjà présentes, couper a minima les bogues pour les jeter à la poubelle à incinération.
Enfouir les graines par un labour n'est pas efficace dans le cas de cette adventice au vu de son taux annuel de décroissance très faible.
Un enjeu de santé public
L’ensemble du datura (fleurs, feuilles, sève et, plus particulièrement, graines) contient des alcaloïdes tropaniques, des substances toxiques pouvant provoquer de graves effets sur la santé : hallucinations, nausées, accélération du rythme cardiaque, voire la mort.
En alimentation humaine, des seuils réglementaires encadrent la teneur en alcaloïdes tropaniques dans les grains à la sortie du silo. À titre d’exemple, pour le maïs grain, le seuil réglementaire est fixé à 15 µg d’alcaloïdes tropaniques par kilogramme de maïs, soit, à titre indicatif, l’équivalent d’une seule graine de datura pour 2 kg de maïs.
En alimentation animale, la réglementation porte non pas sur la teneur en alcaloïdes, mais sur la quantité de graines de datura présentes dans les matières premières et les aliments pour animaux. La limite est fixée à 1 g de graines de datura par kilogramme de grains.
La vigilance est donc essentielle : un seul pied de datura pour 25 m² peut suffire à entraîner une intoxication mortelle chez les bovins via le maïs ensilé.
Face au risque agronomique et sanitaire, un seul réflexe : l’identification et la suppression de l’adventice !
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