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10 idées reçues sur le datura

Pour limiter la propagation du datura et inciter à la vigilance, ARVALIS propose de tordre le cou aux idées reçues qui gravitent autour de ce fléau.

Le datura stramoine, une adventice de la famille des solanacées

Le datura stramoine est une adventice annuelle historiquement problématique dans le sud de la France. Il est désormais signalé dans d’autres territoires et prospère au bénéfice de méconnaissances et d’habitudes à changer.

Idée reçue n°1 : « Le datura ne se rencontre que dans le maïs ! »

Ainsi, on peut penser que le datura ne se rencontre que sur le maïs, mais il n’en est rien. Dans une enquête réalisée en 2020, à la question « Quelles sont les cultures où le datura pose un problème ? », les producteurs mettent en haut de tableau le maïs, le tournesol, le soja et les cultures légumières (figure 1). Les céréales à paille et autres cultures d’hiver sont moins mentionnées. Beaucoup d’autres espèces sont évoquées : cultures pérennes ou semi-pérennes, semences, cultures AB, cultures fourragères, chanvre, pomme de terre, houblon, lin, melon, quinoa… et les zones non cultivées !

Figure 1 : Fréquence des cultures dans lesquelles ont retrouve du datura (en % de citations) d'après une enquête réalisée auprès de 2000 producteurs

Figure 1

Source : enquête Datura ARVALIS 2020

Toutes les rotations sont concernées, mais le risque est plus élevé lorsque les cultures de printemps ou cultures légumières sont majoritaires : leurs cycles de développement coïncident avec celui du datura. Un autre facteur est la disponibilité des solutions herbicides pour les cultures présentes dans la rotation.

Figure 2 : Fréquence du type de rotation chez les producteurs de maïs ayant des problèmes de maîtrise du datura (en orange) ou non (en vert)

Fréquence du type de rotation chez les producteurs de maïs ayant des problèmes de maîtrise du datura (en orange) ou non (en vert).

Source : enquête Datura ARVALIS 2020

Idée reçue n°2 : « Le datura ne concerne que les agriculteurs »

Le datura ne se développe pas que dans les parcelles agricoles. On en voit très fréquemment en été sur les aires d’autoroute, sur les talus et même en plein centre des grandes villes !

Dès que le sol est travaillé, des daturas peuvent lever. Leurs graines, Qui ont une durée de vie très importante dans le sol, sont particulièrement photosensibles : le moindre choc lumineux est susceptible de déclencher leur germination. Lorsque l’on remue de la terre, les levées de datura peuvent donc être très importantes.

Idée reçue n°3 : « Ce sont uniquement les graines de datura qui sont toxiques »

Le datura contient des alcaloïdes tropaniques. Les principaux sont l’atropine et la scopolamine, lesquels sont 500 fois plus toxiques que le déoxynivalenol (DON). Racines, fleurs, feuilles, graines : toute la plante de datura est toxique !

Figure 3 : Teneur en alcaloïdes tropaniques du datura sur matière sècheFigure 3 : Teneur en alcaloïdes tropaniques du datura sur matière sèche

Pour un homme de 70 kg, la dose d’intoxication aigüe est de 1,12 μg, soit environ 1/25e d’une seule graine de datura. Une intoxication provoque des hallucinations, des troubles cardiaques et une confusion mentale.

Idée reçue n°4 : « Le faux-semis avant le maïs est efficace contre le datura »

Le faux-semis est une pratique qui consiste à travailler le sol de manière superficielle avant le semis afin de faire germer des adventices et de les détruire avant l’implantation de la culture.

Or, les levées de datura peuvent s’échelonner tout au long du cycle du maïs selon les niveaux de températures, d’humidité et de lumière. Si un faux-semis fait lever des daturas en interculture, cela n’empêchera pas d’autres levées dans le maïs si les conditions sont favorables.

Par ailleurs, en conventionnel, positionner un faux-semis s’avère souvent risqué : cela implique de retarder le semis de maïs pour laisser le temps aux adventices de germer. Si la météo se dégrade, ce report peut avoir des incidences sur la productivité de la culture. En bio, en maïs semence ou en maïs doux, les dates de semis sont en général plus tardives et compatibles avec la réalisation d’un ou deux faux-semis.

Lire aussi : « Trois conseils pour gérer le datura à l’automne »

Idée reçue n°5 : « Le labour permet de lutter contre le datura »

L’effet du labour sur l’enherbement dépend de la durée de vie des adventices.  Or, les graines de datura peuvent se conserver très longtemps dans le sol. Leur taux annuel de décroissance (TAD) est très faible. Des expérimentations ont montré que des graines de datura enfouies dans le sol sont capables de germer même au bout de 40 ans. Elles sont même capables de germer jusqu’à 15 cm de profondeur.

Ainsi, le labour enfouit les graines à des profondeurs où elles sont moins susceptibles de germer. Mais dès qu’un nouveau labour les remettra dans les bonnes conditions, elles seront en capacité de germer.

Idée reçue n°6 : « Les levées tardives de datura ne sont pas préjudiciables »

Le maïs est très sensible à la concurrence directe des adventices en début de cycle. Mais les daturas peuvent lever jusqu’à la fin de l’été et provoquer une nuisibilité indirecte. Par exemple, les daturas profitent très souvent de la lumière créée par une attaque de sangliers ou un dessèchement prématuré du maïs pour lever. 

Ces levées tardives peuvent contaminer la récolte du fait que toute la plante, dès les plus jeunes stades, contient des alcaloïdes. Par ailleurs, ces daturas peuvent produire des bogues très rapidement et donc des graines viables pour les années futures.

Lire aussi : « Comment identifier et gérer le datura dans le maïs ? »

Idée reçue n°7 : « Les herbicides ne sont pas efficaces contre le datura »

Des solutions herbicides efficaces existent contre le datura, mais il est difficile de gérer les levées échelonnées.

En prélevée, pour contrôler les premières germinations de datura, il faut choisir un herbicide contenant une molécule antigerminative efficace (par exemple la mésotrione ou l’isoxaflutole). Il est également possible de décaler la première application en postlevée précoce (à 2-3 feuilles du maïs), pour contrôler les premières levées. 

L’idéal est de reculer au maximum la dernière intervention chimique pour gagner en persistance. Mais il faut garder à l’esprit que les daturas ne doivent pas dépasser 4 feuilles, au risque de ne plus pouvoir les contrôler.

Jusqu’à 8 feuilles du maïs, il est possible de passer en plein avec des associations sulfonylurée + tricétone ou tricétone + dicamba ou sulfonylurée antidicotylédones + dicamba.

Après 8 feuilles du maïs, l’utilisation de pendillards permet de mieux atteindre les daturas en préservant la culture.

Idée reçue n°8 : « Le désherbage mécanique est la solution contre le datura »

Le désherbage mécanique ne constitue pas forcément la solution miracle contre le datura. En culture, un passage de herse étrille, de houe rotative ou de bineuse sera efficace si les adventices sont très jeunes et si les conditions ultérieures sont sèches. Dans le cas contraire, le datura a la capacité de se repiquer facilement. Dans ces conditions, ce passage d’outils peut même stimuler les bourgeons axillaires et accélérer le cycle de la plante et accroître la production de bogues.

photo
Datura qui repart après un binage

Idée reçue n°9 : « Un nettoyage des machines de récolte n’est pas nécessaire »

Pour éviter la dispersion des graines de datura et la contamination de la récolte par les alcaloïdes tropaniques qu’elles contiennent, le nettoyage de la moissonneuse-batteuse entre deux chantiers est indispensable. L’idéal est le nettoyage à l’eau (basse pression et gros débit) avant le départ pour un nouveau chantier. C’est le seul moyen d’éliminer les alcaloïdes tropaniques. Un nettoyage à l’air enlèvera seulement les graines et les résidus.

A défaut d’un nettoyage suffisant, les graines de datura qui resteront dans la machine iront polluer les parcelles suivantes. Ce n’est pas un hasard si les entrées de parcelle sont en général les endroits où l’on observe les premiers daturas.

Idée reçue n°10 : « Le nettoyage des grains est suffisant pour éliminer les alcaloïdes du datura »

En post-récolte, la gestion du datura repose principalement sur le nettoyage des grains. Le nettoyage du maïs par criblage et aspiration est une méthode efficace pour éliminer les graines de datura, mais son efficacité sur la réduction de la teneur en alcaloïdes résiduels est moindre.

Retrouvez ces 10 idées reçues sous forme de fiches pédagogiques
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1 commentaire

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  • Le datura pose de gros problèmes dans les prairies

    Premièrement parce qu'il y a peu de solutions pour l'éliminer

    Et SURTOUT, s'il n'est pas géré rapidement, il risque de se retrouver dans les fourrages récolté et provoquer des intoxications du troupeau (200g de MS suffisent pour intoxiquer un VL).

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