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Les céréales galopent sous l’effet des températures très douces 

Les températures s’emballent depuis la mi-janvier et une très nette accélération des stades des céréales s’observe dans les parcelles épargnées par l’hydromorphie.

blé tallage

Si les excès de pluie occupaient surtout les esprits jusqu’à maintenant, la situation thermique est également remarquable : après un automne assez proche des moyennes et très éloignées d’années très chaudes, les températures s’emballent tout à coup depuis mi-janvier, à la suite des nombreuses tempêtes hivernales qui amènent beaucoup d’humidité et simultanément de la douceur.

Une forte anomalie positive des températures depuis le 10 janvier

Dès la fin de l’épisode de gel le mois dernier, des températures douces et nettement supérieures aux normales se sont installées sur tout le pays, avec un pic de douceur, voire de chaleur ces jours-ci.

Figure 1 : Ecart quotidien de températures moyennes entre 2025/26 et la période de référence 2005/24 – synthèse de 295 stations météo

Figure 1 : Ecart quotidien de températures moyennes entre 2025/26 et la période de référence 2005/24 – synthèse de 295 stations météo

Une situation qui contraste avec la fin de 2025 ! Entre le 1er octobre et le 31 décembre 2025, le cumul de température enregistré était très proche de la moyenne pluriannuelle (+30°Cj, soit +4 %). Par contre, depuis le 1er janvier, l’ensemble du territoire est en anomalie positive de température : +70 à +130°Cj base 0°C, soit environ +30 % en moyenne. Le Centre-Est est la zone la plus en anomalie positive, à la différence du pourtour méditerranéen et de la façade Ouest.

Un scénario thermique qui se rapproche de 2020 et 2024

On a donc une accélération des cumuls thermiques au cours de ces dernières semaines, avec un scénario assez atypique et extrême. Comparée aux cumuls thermiques des dernières années, la séquence enregistrée depuis le 1er janvier atteint des niveaux très élevés, similaires à 2024 et 2020.

Figure 2 : Evolution des cumuls de températures entre le 1er octobre et le 3 mars – Station météo de Boigneville (91)

Figure 2 : Evolution des cumuls de températures entre le 1er octobre et le 3 mars – Station météo de Boigneville (91)

Un impact très direct et immédiat sur les stades des céréales

En simplifiant à l’extrême, il faut considérer que la douceur saisonnière agit différemment en automne et en hiver pour les céréales d’hiver (= celles qui requièrent vernalisation et/ou durée du jour allongée) :

  • La douceur d’automnale n’a que peu d’effets sur la précocité car elle s’applique sur des plantes qui sont freinées par une vernalisation incomplète ou une durée du jour limitante. Par contre, elle entraîne une émission de talles intense, d’autant plus que le sol est souvent encore pourvu d’azote résiduel de l’été et de l’automne
  • A partir de janvier/février, les freins de vernalisation et/ou de durée du jour se réduisent progressivement voire totalement. Les épisodes de douceur agissent donc de manière très directe sur la phénologie des plantes.

Pour ces raisons, il n’est pas possible d’estimer la précocité d’une année à son seul cumul thermique : le scénario a aussi toute son importance.

A noter que pour les céréales « de printemps » (blé dur, orges de printemps semées à l’automne), il n’y a pas autant de distinction : un cumul thermique élevé dès l’automne agit assez fortement sur la précocification des stades.

Pour le scénario 2025-2026, plusieurs éléments sont à soulever :

  • Les semis ont été plutôt précoces, dans de bonnes conditions, avec des levées rapides dans un sol encore chaud. En conséquence, les cultures étaient souvent « belles » au point de ressembler parfois à des pâtures.
  • L’anomalie thermique depuis la mi-janvier est très nette, et elle a effacé l’effet de refroidissement des sols causé par le gel de début janvier.
  • Dans certains secteurs et certains sols gorgés d’eau, l’effet de la douceur sur la phénologie va être partiellement gommé : d’une part, les plantes en stress ont un métabolisme ralenti, et d’autre part l’eau présente dans le sol va ralentir son réchauffement.

Il faut donc s’attendre à un développement précoce dans les situations qui ne souffrent pas d’excès d’eau, en contraste avec les parcelles et régions qui sont encore fortement touchées par l’hydromorphie. 

Lire aussi : « En cas d’hydromorphie, comment ajuster la conduite des céréales ? »

Des prévisions de stade en avance de 1 à 2 semaines, surtout si le temps doux se maintient

Au-delà du réchauffement sur janvier-février, les prévisions climatiques saisonnières orientent vers un printemps légèrement plus chaud que la moyenne (représentatif de la dérive climatique), sans tendance nette sur les précipitations. Il faut donc s’attendre à une accélération de la phénologie des cultures dans les prochaines semaines, avec un stade épi 1 cm plus précoce que la normale.

Lire aussi : « Stade épi 1 cm du blé : un marqueur déterminant à savoir repérer »

Ainsi, en l’absence de stress (engorgement en eau des parcelles), les prévisions de stade pour épi 1 cm avec nos modèles en 2026 sont annoncées avec 1 à 2 semaines d'avance. Et cette accélération est surtout potentiellement forte dans le Centre-Est, où les températures ont été particulièrement plus élevées que la moyennes ces dernières semaines.

Evidemment, la situation des parcelles inondées ou engorgées en eau est très différente : il va falloir attendre l’assainissement des sols pour observer un redémarrage fort de ces cultures.

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