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Alsace / Rhône-Alpes

Emergence précoce de la chrysomèle du maïs : que faire ?

Depuis le 15 juin, les chrysomèles adultes ont commencé à être observés dans les secteurs précoces du maïs, à la faveur des cumuls de températures élevés depuis début 2026. Pas de lutte en végétation à positionner toutefois.

une larve de chrysomèle sur des racines de maïs 2026 en Alsace

Des adultes très visibles mais des dégâts causés par les larves sur racines

Une fois émergées du sol, les chrysomèles se nourrissent des feuilles de maïs, puis des soies dès leur apparition. Leur durée de vie est assez longue (une soixantaine de jours). Elles peuvent provoquer un décapage des feuilles puis dévorer totalement les soies, de façon parfois impressionnante. Pour autant, ces symptômes sur feuilles et soies sont bénins, même s’ils peuvent être spectaculaires.

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Consommation de la surface des feuilles de maïs et des soies par les chrysomèles adultes - en Rhône-Alpes - été 2025 (© Ophélie Boulanger)

Les dégâts les plus impactants sont causés par les larves courant mai et juin, lorsqu’elles s’alimentent sur les racines des jeunes maïs. Ces dégâts racinaires peuvent provoquer de la verse en cas de vent, d’orage ou simplement au démarrage d’une irrigation. Même en l’absence de verse, l’alimentation hydrique et azotée du maïs est perturbée, ce qui peut impacter le rendement avec des pertes de l’ordre de 15-20 % dans nos essais en situation irriguée, et jusqu’à plus de 50 % en cas de très forte attaque et d’été très sec en situation non irriguée.

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Racines de maïs dévorées par les larves de chrysomèle. Lorsque l'alimentation hydrique est suffisante, le maïs produit un nouvel étage de racines coronaires après l'émergence des adultes donc non affecté - Alsace, été 2024 (© Ophélie Boulanger)

De bonnes fécondations malgré des soies rasées par les adultes

Malgré la consommation impressionnante des soies par les adultes (toutes les soies « rasées » dès leur apparition, et présence de plusieurs adultes de chrysomèle sur chaque épi en train de les consommer) ARVALIS n’a pas identifié de situation où la fécondation des épis de maïs hybride a été fortement affectée. La production de pollen très importante des maïs hybrides, combinée à la pousse continue des soies durant plusieurs jours, permet une bonne fécondation en cas d’alimentation hydrique suffisante. Lorsque des manques de grains sont identifiés sur les épis, il s’agit généralement d’une conséquence d’une mauvaise alimentation hydrique et azotée, causée ou amplifiée par les dégâts sur racines.

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Bonne fécondation d'épis de maïs (waxy) malgré des soies totalement rasées à la floraison - Rhône-Alpes, été 2025 (© Ophélie Boulanger)

Chercher à lutter contre les adultes n’est pas judicieux

Aucune méthode de lutte en végétation n’est actuellement autorisée contre les adultes de chrysomèles du maïs. Cette question peut se raisonner avec deux objectifs différents :

  • Pour protéger le maïs de l’année en cours : mais dans ce cas, lorsque les adultes émergent du sol, les dégâts ont déjà eu lieu puisque ce sont les larves qui ont consommé les racines. L’émergence des adultes marque la fin des dégâts sur racines, et n’a pas été mis en évidence leur impact sur la fécondation des maïs. 
  • Un objectif de réduction des populations de chrysomèles à l’échelle locale, et donc de limitation des pontes pour réduire le risque sur le maïs qui sera cultivé l’année suivante.

Pour répondre à cette seconde interrogation, des suivis ont été réalisés en Alsace sur plusieurs parcelles de 2023 à 2025 : 

  • certaines sans aucun traitement insecticide en végétation ;
  • d’autres ayant reçu une application avec un pyréthrinoïde contre la pyrale durant la période d’émergence et de vol de la chrysomèle. 

Figure 1 : Résultats des suivis chrysomèles en maïs de 2023 à 2025

Figure 1 : Résultats des suivis chrysomèles en maïs de 2023 à 2025

Les courbes grises représentent les chrysomèles adultes émergées de la parcelle, c’est-à-dire issues de pontes déposées dans la parcelle l’été précédent, passées ensuite par un stade larvaire au printemps suivant. Elles ne sont pas affectées par le traitement en végétation car protégées dans le sol jusqu’à leur émergence.

Les courbes jaunes représentent les chrysomèles adultes capturées sur plaques collantes jaunes dans la parcelle. Elles peuvent avoir émergé dans la parcelle ou provenir des parcelles environnantes, puisque la chrysomèle peut se déplacer sur plusieurs kilomètres si besoin pour s’alimenter.

Les courbes représentées en traits pleins correspondent aux parcelles qui n’ont pas reçu de traitement pyréthrinoïde en végétation. Celles en pointillés correspondent quant à elles aux parcelles ayant reçu un traitement pyréthrinoïde entre le 4 et le 24 juillet.

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Piège chromatique (à gauche) et cage d’émergence (à droite) (© ARVALIS)

Les différences concernant le nombre d’adultes qui émergent (courbes grises) entre parcelles traitées et non traitées sont liées au choix des parcelles, le traitement en végétation n’impactant pas l’émergence. Surtout, les émergences se produisent sur une période assez courte, durant 3-4 semaines principalement en juillet, avec la même dynamique entre parcelles traitées et non traitées. 

Au contraire, les captures se prolongent durant une période plus longue jusqu’à fin septembre environ. Et surtout, la dynamique n’est pas du tout la même entre les deux groupes de parcelles. En non traité un fort pic de captures en juillet lors du pic d’émergence, puis des niveaux moyens de captures qui se prolongent en août/septembre. 

Sur les parcelles traitées, les captures sont fortement réduites en juillet (illustrant une bonne efficacité temporaire du traitement) mais repartent ensuite à la hausse avec des pics entre fin août et septembre, période où ont lieu les pontes.

Finalement, lorsque l’on cumule les émergences et les captures sur toute la période de suivi, les parcelles ayant reçu un traitement en végétation capturent tout autant d’adultes en végétation, malgré un nombre d’émergences initial moindre. Elles semblent donc être rapidement réinfestées et pourraient même concentrer plus de pontes en fin d’été.

Ces suivis confortent la recommandation de ne pas réaliser de lutte insecticide contre les adultes de chrysomèles dans la culture de maïs, même dans le but de réduire les populations et le risque pour l’année suivante.

A retenir

  • En cas de verse : regarder les racines des maïs, la chrysomèle est généralement à l’origine de dégâts importants.
  • Si la parcelle est irrigable, poursuivre l’irrigation des maïs tout au long du cycle, même si cela provoque de la verse. Une bonne alimentation hydrique constitue le meilleur soutien possible à la croissance racinaire et à leur compensation.
  • Il n’y a pas d’autre lutte ou méthode curative à mettre en place, car les dégâts sur racines ont déjà été causés.
  • La chrysomèle ne se développe que dans les parcelles où du maïs est cultivé pendant plusieurs années de suite. Si de la verse est observée sur une parcelle avec un précédent autre que le maïs, la cause est à rechercher ailleurs (rhizoctone par exemple).
  • Les adultes, même si très visibles, ne causent pas de dégâts significatifs. Leur suivi, via le réseau de piégeage mis en place régionalement, a pour but d’estimer un niveau de risque pour les maïs de l’année prochaine. 
  • La lutte contre les adultes en végétation n’a démontré aucun bénéfice à ce jour pour la culture en place ou pour la culture suivante. De plus, il existe un risque important de développement de résistance des populations aux pyréthrinoïdes, ce qui aurait pour effet de diminuer leur efficacité en tant que traitement larvicide appliqué au semis.
  • Si l’on se tourne vers la campagne prochaine : 
    • Ne surtout pas réimplanter en maïs en 2027 une parcelle ayant versé en 2026. 
    • Limiter le plus possible à trois années les successions de maïs, en coupant ensuite par un soja ou un blé par exemple, qui permettent de ramener la population de larves à 0 pour le maïs suivant. 
    • Appliquer un produit larvicide au semis des parcelles en deuxième année de maïs ou plus. Les références sur l’efficacité des différentes solutions de lutte disponibles pour cet usage seront mises à jour à l’automne 2026 sur la base des résultats des essais menés par ARVALIS.

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