Comment gérer au stockage des tubercules ayant déjà germé dans les buttes ?
Les canicules successives ont fortement impacté le grossissement des tubercules, voire limité la tubérisation pour les plantations les plus tardives. Les à-coups climatiques ont engendré des repousses physiologiques, des tubercules difformes, et des germinations dans la butte. Comment optimiser la conservation et le stockage des tubercules dans de telles conditions ?
A l’entrée du stockage, il est conseillé d’isoler si possible les pommes de terre avec des désordres physiologiques importants où des matières sèches mesurées sont parfois trop faibles (risque de vitrosité). Après la mise en stockage, choisir un programme antigerminatif selon la température et durée de stockage et la pression germinative des variétés. Il est préférable de grouper les variétés ayant des « états germinatifs » similaires pour une meilleure gestion antigerminative.
L’efficacité de l’hydrazide maléique parfois mise en défaut
Pour les pommes de terre déjà rentrées en stockage, les tubercules ont tendance à germer rapidement cette année. Les températures caniculaires et le stress hydrique ont précocifié la campagne. Les applications au champ d’hydrazide maléique ont pu être réalisées, mais l’assimilation jusqu’aux tubercules fils n’est pas garantie (étant très tributaire des conditions d’humidité). Cette solution peut limiter les repousses physiologiques et ralentir la germination, mais son efficacité dépend de la teneur assimilée dans les tubercules fils. Des teneurs d’hydrazide maléique supérieures à 8 ppm permettent d’obtenir une efficacité.
Adapter la stratégie en fonction de la pression germinative de l’année
Afin de mieux appréhender la pression germinative, l’observation du comportement des tubercules donne une première idée : prélever un échantillon à la récolte, puis le placer dans une pièce à température ambiante, afin d’analyser le démarrage de la germination. Pour vérifier la teneur en hydrazide maléique dans les tubercules, une analyse de laboratoire est nécessaire.
Le choix du produit à appliquer en cours de stockage ainsi que les doses à employer sont à adapter en fonction de la pression germinative observée. Les antigerminatifs préventifs sont à privilégier tant que les tubercules ne sont pas germés ; dès l’apparition de germes, les antigerminatifs curatifs devront être choisis.
Pour tous traitements réalisés au stockage, la cicatrisation des tubercules ainsi que le séchage doivent être finalisés. En effet, le risque de brûlures peut être important dans ces situations, d’autant plus si les tubercules sont immatures et stockés à basses températures ou en présence de condensation.
Tableau 1 : Les solutions antigerminatives disponibles en 2026
Mettre en œuvre les solutions curatives pour des lots déjà germés
Dans les situations où les tubercules ont enclenché leur germination dans les buttes, les solutions antigerminatives préventives ne seront d’aucune utilité. Seules les solutions curatives (huile d’orange et huile de menthe) peuvent être appliquées dans ce cas. Ces deux solutions sont également autorisées en agriculture biologique. Elles sont non soumises à la LMR.
Tableau 2 : Caractéristiques des antigerminatifs curatifs
L’huile de menthe (BIOX M) nécrose les germes présents lors du traitement. Les doses peuvent varier de 30 à 90 ml/t par application. Lorsque la pression germinative est faible, des applications répétées de 60 ml/t peuvent être suffisantes pour un bon contrôle de la germination. En cas de forte pression germinative (fréquente cette année), cette dose peut s’avérer insuffisante et des applications à 90 ml/t apportent une meilleure efficacité (figure 1).
Une surveillance de l’évolution de la germination est primordiale pour pouvoir adapter les doses appliquées à la pression germinative observée. La variété et son repos végétatif peuvent également guider les doses à appliquer. Pour exemple, des variétés avec des courts repos végétatifs, comme Agata, peuvent avoir besoin de doses plus fortes pour obtenir un bon contrôle de la germination.
Quel que soit l’antigerminatif, l’efficacité est optimisée lorsqu’elle est combinée avec une application au champ d’hydrazide maléique.
Figure 1 : Indice de germination (échelle 0-100) moyen selon différents programmes antigerminatifs pour trois variétés (Agata, Charlotte et Monalisa) après 6 mois de stockage à 7°C lors de la campagne 2021-2022 ; collaboration UPL
Des conditions d’emploi à bien respecter
Les différentes molécules antigerminatives peuvent être utilisées au cours d’une même campagne, notamment pour associer l’effet préventif et curatif des matières actives en fonction de l’état des tubercules. Attention cependant à respecter les doses et quantités de produits homologués (tableau 1) ainsi qu’à ne pas appliquer les produits simultanément. Il est primordial de respecter les conditions d’applications de chaque produit ainsi que les températures recommandées pour les thermonébulisations.
Si toutefois, les pommes de terre étaient encore indemnes de germes et de points blancs, les traitements antigerminatifs préventifs seront à privilégier, comme le DORMIR ou l’éthylène.
OptiGERM : un outil gratuit pour piloter son stockage
OptiGERM est un Outil d’aide à la décision (OAD) gratuit d’ARVALIS destiné à guider les producteurs dans le choix de leur programme antigerminatif. Accessible en ligne, il peut être utilisé en anticipation de la campagne de stockage pour tester différentes stratégies, mais aussi en cours de stockage pour trouver des solutions préventives ou curatives en cas de germination déclarée. L’outil prend en compte de nombreux facteurs (conditions de culture, stockage, débouché, etc.) pour proposer un diagnostic du risque de germination des lots stockés et proposer des solutions adaptées. Il intègre désormais des variétés non inscrites au catalogue français mais régulièrement produites et stockées en France, comme par exemple Colomba.
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