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Rhône-Alpes

Céréales à épi 1 cm : mieux vaut fractionner les apports d’azote

Le stade épi 1 cm est déjà ou bientôt atteint pour les céréales. Avec un très faible risque de pluies, il est nécessaire d’adapter ses stratégies d’apports d’azote, en privilégiant le fractionnement.

Rang de plantes de blé tendre, sain - épi en dessous stade 1 cm – en sortie d’hiver 2026

Des stades en avance suite à la douceur de février

Depuis le début de l’année, après quelques jours de gelées début janvier, les températures sont largement supérieures à la médiane sur vingt ans. Cet excédent de températures est plus marqué sur le nord de la région que le sud, et reste globalement moins important qu’en 2024.

Figure 1 : Position de l’année 2026 en cumul de pluies et température moyenne - station de Lyon Saint Exupéry Colombier Saugnieu - du 31 décembre au 3 mars

Figure 1 : Position de l’année 2026 en cumul de pluies et température moyenne - station de Lyon Saint Exupéry Colombier Saugnieu - du 31 décembre au 3 mars

Autant les températures élevées à l’automne influencent peu la date du stade épi 1 cm des blés tendres, autant à partir de fin janvier (vernalisation terminée et jours plus longs), les températures élevées peuvent entrainer une progression rapide des stades. 

Les blés tendres approchent ou atteignent le stade épi 1 cm, avec 10-12 jours d’avance sur la médiane sur vingt ans :

  • Les variétés précoces (Prestance, Izalco CS, Teorema, Grekau, LG Acadie, Thermidor) semées tôt (avant le 15 octobre) ont parfois atteint le stade épi 1 cm très tôt, avant fin février. Ces situations restent limitées, les semis très précoces de ce type de variétés étant déconseillés (risque d’exposition au froid à la méiose en avril si stades très en avance).
  • Les variétés demi-précoces à montaison semées en novembre, souvent après maïs (type LG Abilene, KWS Ultim) devraient attendre le stade épi 1 cm vers le 20-25 mars (sous réserve de l’évolution des températures d’ici là).
  • La majorité des autres situations devraient atteindre le stade épi 1 cm entre le 5 et le 15 mars.
  • Les parcelles concernées par une stagnation d’eau courant février peuvent présenter un retard de stades par rapport à ces repères, le maintien de l’eau limitant le réchauffement du sol.

Les orges d’hiver arrivent à épi 1 cm entre le 5 et le 15 mars pour les semis de mi-octobre :

  • Les orges d’hiver précoces semées tôt semblent moins en avance que les blés précoces semés tôt. Cela est probablement lié à une plus forte sensibilité de l’orge à la photopériode, c’est-à-dire à la durée du jour. Malgré des températures élevées, la durée encore restreintes des journées a limité le développement de l’orge. 

Comment adapter la stratégie de fertilisation azotée ?

Les pluies importantes de fin janvier, puis régulières jusqu’au 20 février, n’ont pas permis d’intervenir, faute de portance, pour réaliser un apport d’azote au tallage. Dans quelques situations, des apports ont pu être réalisés (malgré des conditions de portance très limite), mais  les premières observations orientent vers une valorisation assez médiocre, faute de conditions poussantes après l’apport.

La plupart des apports tallage ont donc été réalisés la semaine du 23 février, voire celle du 2 mars pour les sols plus lents à ressuyer qui n’étaient pas praticables avant.

Une pluie proche d’un apport d’azote représente la situation idéale pour permettre une bonne valorisation. Une quinzaine de mm, au plus proche de l’apport et sinon dans les quinze jours constitue le scénario idéal. Cependant, en l’absence de pluie, une partie de l’azote est tout de même valorisé, surtout lors de la phase de forte absorption du blé (à partir d’épi 1 cm), lorsque le sol reste frais et les rosées matinales importantes. Il faut toutefois garder en tête que l’azote non absorbé par la culture dans les trois semaines à un mois après l’apport est ré-organisé dans le sol, et ne redevient disponible qu’après minéralisation (près d’une centaine de jours plus tard).

La probabilité de pluie significative dans les sept prochains jours est assez limitée dans le nord de la région, et plus élevée dans la Drôme. Pour les sept jours suivants, la probabilité de pluie reste incertaine, surtout sur le nord de la région.

Carte 1 : Probabilité d’atteindre un cumul de précipitations supérieur ou égal à 15 mm du 4 au 11 mars

Carte 1 : Probabilité d’atteindre un cumul de précipitations supérieur ou égal à 15 mm du 4 au 11 mars
Source : AléaPluie

Carte 2 : Probabilité d’atteindre un cumul de précipitations supérieur ou égal à 15 mm du 12 au 18 mars (attention, les prévisions météo à 7-10 jours sont toujours moins précises et fiables)

Carte 2 : Probabilité d’atteindre un cumul de précipitations supérieur ou égal à 15 mm du 12 au 18 mars (attention, les prévisions météo à 7-10 jours sont toujours moins précises et fiables)
Source : AléaPluie

Cas 1 : apport à épi 1 cm réalisé tout début mars, en une seule fois

  • Il est probable que la valorisation de l’azote ne soit pas optimale, surtout si deux apports ont été réalisés de façon rapprochée (celui du tallage fin février et celui d’épi 1 cm début mars). Dans ce cas, il est particulièrement recommandé d’avoir recours à un outil de pilotage pour ajuster la dose du troisième apport à l’azote effectivement absorbé par la plante : pince N-Tester, pilotage par satellite type Farmstar… 
  • Pour rappel, l’utilisation de la pince N-Tester sur blé améliorant (Izalco CS, Teorema, Rebelde, LG Anouk…) nécessite de réaliser une bande surfertilisée au stade épi 1 cm (à prévoir dès maintenant si encore non réalisée).

Cas 2 : apport tallage réalisé, stade épi 1 cm atteint ou en approche, apport épi 1 cm encore non réalisé

  • Les besoins azotés du blé deviennent importants à partir du stade épi 1 cm pour accompagner le début de la montaison. Malgré l’absence de pluie il est donc recommandé de réaliser un apport, en respectant les recommandations suivantes :
    • Attendre au moins deux semaines près l’apport précédent (semaine du 9 mars si apport tallage réalisé celle du 23 février, pour laisser le temps de valoriser le premier apport).
    • Fractionner si possible : la valorisation de l’azote ne sera pas optimale, il est donc particulièrement recommandé de fractionner cet apport, surtout si la dose à apporter est importante. Ne pas apporter plus de 70 unités, viser plutôt une cinquantaine d’unités, et revenir avec le reste de la dose dans environ quinze jours en visant une pluie.
    • La forme d’azote a une importance particulière dans ce contexte : l’ammonitrate (forme majoritaire dans la région), ainsi que le sulfate d’ammoniaque sont les formes les mieux valorisées, tandis que l’urée et la solution azotée seront plus fortement exposées aux pertes par volatilisation en l’absence de pluies.

Cas 3 : situations tardives où l’épi n’a pas encore décollé et la montaison ne débutera que fin mars

  • Attendre pour réaliser l’apport dans de bonnes conditions, en visant une pluie juste avant l’épi 1 cm. Si ces conditions ne sont pas réunies, privilégier un fractionnement en deux passages.

Tableau 1 : Synthèse des recommandations avec ajustement de la fertilisation azotée au 5 mars à l’approche de l’épi 1 cm

Tableau 1 : Synthèse des recommandations avec ajustement de la fertilisation azotée au 5 mars à l’approche de l’épi 1 cm

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