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Rhône-Alpes

Céréales : des rendements moyens à bons, avec une forte hétérogénéité

Voici le bilan de la campagne céréales 2025/2026, avec un zoom sur les rendements et les critères qualité de la récolte.

Au champ, une vis vide les grains d'orge dans la benne en juillet 2026 en Rhône-Alpes

Un démarrage précoce des semis

Les semis ont débuté précocement tout début octobre dans de bonnes conditions. Une proportion importante des surfaces a été semée avant le 15 octobre, puis des pluies ont interrompu les chantiers. Les semis (blés en post-maïs notamment) se sont terminés du 4 au 14 novembre. Peu de parcelles ont été semées après mi-novembre. 

Certaines variétés très précoces à montaison adaptées à un semis tardif, comme Prestance par exemple, ont été semées précocement, parfois avant le 15 octobre. Ce décalage est resté sans conséquence majeure en l’absence de gel tardif marqué au printemps. Les levées et l’implantation ont généralement été bonnes à correctes.

Du côté des insectes vecteurs de viroses, les températures et rayonnements inférieurs aux normales de mi-septembre à fin octobre n’ont pas été favorables aux vols précoces de pucerons. Par précaution, les semis précoces ont généralement été protégés. 

En revanche, la douceur de la première quinzaine de novembre puis de façon encore plus marquée de début décembre ont favorisé des vols tardifs de pucerons, que les gelées modérées de fin novembre n’avaient pas détruits. Cela a favorisé l’infestation de parcelles semées tardivement ou la réinfestation de parcelles protégées, mais les foyers de jaunisse nanisante de l’orge en découlant, bien visibles au printemps, sont restés de taille limitée avec un impact limité. Les cicadelles sont de leur côté restées très discrètes à absentes tout le long de l’automne.

Une proportion importante des parcelles a été désherbée à l’automne, avec fréquemment des doubles passages. L’efficacité sur graminées a été globalement bonne, avec une plus faible infestation au printemps que les deux années précédentes.

Un hiver doux et pluvieux

L’hiver a été pluvieux, avec environ 30 % de cumul de précipitations et 20 % de jours de pluie supplémentaires de décembre à février par rapport à la moyenne. Ces pluies ont été surtout concentrées de fin janvier à mi-février. Elles ont provoqué un important lessivage de l’azote et du soufre, surtout dans les sols filtrants.

Figure 1 : Position de l’année 2026 en cumul de pluies et température moyenne - station de Lyon Saint Exupéry Colombier Saugnieu - du 1er décembre 2025 au 28 février 2026

Figure 1 : Position de l’année 2026 en cumul de pluies et température moyenne - station de Lyon Saint Exupéry Colombier Saugnieu - du 1e décembre 2025 au 28 février 2026
L'hiver 2025-26 (du 1er décembre au 28 février) a été beaucoup plus doux et pluvieux que la moyenne sur 20 ans (données de la station de Lyon St-Exupéry mais tendance représentative de la région).

Un épisode de gel marqué entre fin décembre et début janvier a définitivement stoppé l’activité des pucerons, sans autre conséquence pour les cultures. En dehors de cet épisode, l’hiver a été doux avec 45 % de jours de gel en moins de décembre à mars par rapport à la moyenne sur vingt ans. 

En particulier, février a présenté une douceur exceptionnelle : +2,5°C par rapport aux vingt dernières années. Ces températures élevées, à une période où les cultures ne sont plus freinées par la vernalisation et où le frein lié à la photopériode se réduit progressivement, ont favorisé une reprise de végétation précoce. 

Mais alors que certaines parcelles redémarraient rapidement, d’autres souffraient d’hypoxie racinaire due aux pluies (stagnation d’eau en surface ou maintien d’une humidité très élevée dans le profil de sol), ralentissant l’avancée des stades, la croissance en biomasse, mais surtout l’absorption d’azote. En sols filtrants, suite au fort lessivage hivernal et aux pluies qui empêchent de réaliser le premier apport d’azote avant fin février, le tallage peut être impacté. Les rares apports qui ont pu être réalisés début février ne semblent pas pour autant mieux valorisés et ont pu lessiver.

Les suivis réalisés par ARVALIS sur les sites de Misérieux (01, Val de Saône), Pusignan (69, plaine de Lyon) et Etoile (26, plaine de Valence) illustrent cette situation (figure 2). A Misérieux (limons profonds sans excès d’eau), le tallage et l’absorption d’azote à épi 1 cm sont très bons. En revanche, à Etoile (excès d’eau modéré sans perte de plantes) et à Pusignan (sol très filtrant avec fort lessivage hivernal de l’azote et du soufre, le tallage est limité et surtout l’absorption d’azote est très faible. Les 3 sites ont été semés début novembre avec un premier apport d’azote fin février, variété Prestance.

Figure 2 : Nombre de tiges de plus de 3 feuilles par plante et azote absorbé à épi 1 cm – observatoire ARVALIS 2026

Figure 2 : Nombre de tiges de plus de 3 feuilles par plante et azote absorbé à épi 1 cm – observatoire ARVALIS 2026

Les premiers apports d’azote généralement réalisés entre fin février et début mars ont vu leur valorisation limitée par l’absence de pluies les 2 semaines suivantes et parfois par la faible dynamique de croissance des cultures. Sur les parcelles avec de bonnes conditions de croissance le stade épi 1 cm est atteint avec une avance importante (plus d’une semaine voire 10 jours sur la médiane 20 ans) à partir du 10 mars, parfois dès début mars pour les semis précoces de variétés précoces à montaison. Les parcelles avec excès d’eau ou fort stress azoté peuvent être retardées.

Une montaison rapide sans incident marqué

Un épisode pluvieux, annoncé à l’avance, a concerné toute la région mi-mars et était à saisir pour valoriser un second apport d’azote. Le début de montaison a ensuite été assez sec, avant un nouvel épisode de pluies au 12-13 avril puis des conditions sèches jusqu’à fin avril. Les températures restent excédentaires et l’avance des cultures se maintient.

Ce début de montaison peu arrosé n’a pas favorisé le développement des maladies et notamment de la septoriose : les situations nécessitant une première intervention de protection contre les maladies (T1) avant la dernière feuille étalée sont rares et concernent surtout des semis précoces de variétés sensibles. 

La rouille jaune, discrète ces dernières années dans la région, est arrivée juste avant la dernière feuille étalée. La pression est restée contenue et uniquement sur variétés sensibles à moyennement sensibles. 

En revanche, des niveaux de rayonnement élevés fin avril combinés à du stress hydrique ont favorisé des marquages physiologiques sur les feuilles, sans gravité ni impact sur le rendement. Certaines variétés, comme Thermidor, expriment plus fortement ce phénomène qui n’a aucun lien avec un développement de maladies et n’a pas impacté son rendement final, très élevé dans nos essais variétés.

Les températures restent élevées : +1,9°C en avril et +1,2°C en mai par rapport à la moyenne sur vingt ans. Ce contexte est très favorable à la rouille brune qui s’exprime dans toute la région jusque dans l’Ain, où la septoriose domine habituellement. Les variétés sensibles, par exemple Thermidor, Apache ou dans une moindre mesure Intensity ou RGT Pacteo, peuvent être fortement touchées si insuffisamment protégées. 

Au final, la nuisibilité maladies 2026 est un peu supérieure à la moyenne pluriannuelle : un peu plus de 20 q/ha à Etoile (rouille brune exclusivement), 15 q/ha à Pusignan et 17 q/ha à Misérieux (rouille brune + septoriose).

Côté orge, la pression maladies a été limitée. L’helminthosporiose a été observable très tôt, dès mars, mais s’est ensuite peu développée. La rhynchosporiose a pu être observée sur variétés sensibles sur les secteurs les plus arrosés. La ramulariose a été identifiée en fin de cycle, les conditions très humides de début mai lui ayant été favorables. Il semble cependant que son expression tardive ait peu impacté les rendements. Les marquages physiologiques et grillures ont été importants, en lien avec les forts rayonnements.

Le déclenchement du dernier apport d’azote interroge, entre envolée du prix des engrais et conditions sèches perçues comme peu favorables à la valorisation de l’apport. Les apports sont généralement déclenchés entre mi-avril et début mai. L’épiaison est très précoce avec toujours environ une semaine d’avance sur la médiane 20 ans.

De fortes pluies à partir du 4 mai, avec des cumuls importants de 70 à plus de 120 mm sont à la fois bienvenues pour l’alimentation hydrique des cultures et inquiètent quant au risque de développement de fusarioses sur épis. En effet, ces pluies coïncident avec le début de floraison des blés de la Drôme et des situations les plus précoces du nord de la région. Les situations plus tardives fleurissent quelques jours plus tard sous des cumuls moins importants. Le développement de fusarioses a finalement été anecdotique, probablement en lien avec les conditions sèches d’avril qui n’ont pas permis le développement des champignons à l’origine de l’inoculation de la maladie.

Ces fortes pluies, parfois intervenues immédiatement après les apports d’azote, ont pu faire craindre un lessivage de ceux-ci. Cependant, les essais passés sur les transferts d’azote réalisés par ARVALIS pendant de nombreuses années avec des cases lysimétriques ont toujours montré que l’eau qui percole sous les céréales en fin de cycle en cas de fortes pluies n’entraîne pas l’azote, probablement retenu par le système racinaire des cultures.

Fin de cycle et remplissage

A floraison, le nombre d’épis par m² était souvent inférieur à la moyenne, entre tallage limité par les excès d’eau de sortie d’hiver ou la carence azotée induite par le lessivage, puis des régressions de talles en cours de montaison causées par le déficit hydrique. Les nombres d’épis dans les observatoires ARVALIS n’étaient pour autant pas limitants.

Le rayonnement a été très élevé cette année, de la sortie d’hiver à la récolte. Entre les stades 2 nœuds et floraison le rayonnement reçu est déterminant pour la mise en place du nombre de grains par épi. La fertilité épi est très bonne sur les quatre situations de notre observatoire, permettant de compenser les nombres d’épis en retrait sur trois sites, et d’atteindre un nombre de grains/m² exceptionnel à Misérieux. Très peu d’écart entre les situations en sec et irriguée à Pusignan, malgré deux tours d’eau de 30 mm avant floraison.

Figure 3 : Fertilité épis 2026 - observatoire ARVALIS 2026

Figure 3 : Fertilité épis 2026
Les nombres de grain par épi sont élevés pour les 4 situations suivies, compensant des nombres d'épis en retrait sur 3 sites.

Les fortes chaleurs de la seconde moitié de mai, associées à la demande importante des céréales à cette période, épuisent peu à peu les réserves utiles, pourtant remplies par les pluies de début mai. Sur sols à faible réserve et pour les situations tardives, une irrigation fin mai permet de soutenir le remplissage des grains. L’échaudage débute dès fin mai avec de l’ordre de cinq jours, avec des températures dépassant les 30°C entre floraison et grain laiteux. 

Les pluies généralisées à toute la région sur la première décade de juin (30 à 40 mm) sont très bénéfiques pour le remplissage des grains, qui s’était amorcé dans le sec. La baisse relative des températures limite l’échaudage de grain laiteux à grain pâteux. 

Figure 4 : Cinétique de remplissage du grain pour le blé 2026 dans 4 situations en Rhône-Alpes, observatoire ARVALIS 2026

Figure 4 : Cinétique de remplissage du grain pour le blé 2026 dans 4 situations en Rhône-Alpes, observatoire ARVALIS 2026
La cinétique de remplissage des grains a été bonne sur les 4 situations suivies, soutenue par les pluies de début juin.

Très peu de verse observée cette année : sans doute due à une conjonction de fort rayonnement en début de montaison, favorisant un premier entre-nœud court et solide, d’un nombre d’épis parfois en retrait et d’orages globalement limités et peu violents en fin de cycle.

Récolte et bilan

Les températures très élevées de la seconde moitié de juin ont accéléré la maturité et la dessication des céréales, sans impacter le remplissage (sauf situations très tardives) qui était terminé. Les moissons ont débuté mi-juin pour les orges et les blés ont immédiatement suivi. Les conditions de récolte ont été bonnes, sans pluies interrompant les chantiers, mais avec un risque incendies élevé, lié aux fortes chaleurs et à l’état de sécheresse de la végétation.

Les rendements sont moyens à bons avec une forte hétérogénéité. 

En blé tendre, le rendement moyen régional est estimé à 60 q/ha, proche de la moyenne sur dix ans. Il est plus décevant dans la Drôme, estimé 10 % inférieur à la moyenne, que dans le nord de la région. En conditions irriguées (plaine de Lyon et de l’Ain notamment), les rendements sont souvent inférieurs aux attentes avec un bénéfice de l’irrigation moins important qu’attendu. 

En orge, le rendement régional est légèrement inférieur aux très bonnes performances de l’an dernier mais reste globalement bon, autour de 57 q/ha en moyenne, environ 3 % supérieur à la moyenne sur dix ans.

Côté qualité, les poids spécifiques sont globalement excellents en blé, et bons en orge, les déclassements sur ce critère étant rares. En blé, les teneurs en protéines sont très hétérogènes et fréquemment basses à très basses sur le nord de la région, avec de nombreux déclassements en blé fourrager. Ces situations ne sont pas forcément liées à des rendements élevés qui auraient dilué la protéine.

Plusieurs pistes d’explication ou facteurs peuvent expliquer ces teneurs en protéines basses :

  • Un lessivage possible de l’azote et/ou du soufre du premier apport, lorsqu’il a été réalisé début février sur sol filtrant. Cette dose lessivée est manquante dans le bilan en fin de cycle pour couvrir les besoins de la plante
  • Des apports réalisés trop précocement dans le cycle du blé, non absorbés par la plante dont la dynamique de croissance n’était pas suffisante lors de l’apport, puis organisés dans le sol et rendus indisponibles pour le reste du cycle de la culture.
  • Un dernier apport réalisé avec de l’urée sans inhibiteur d’uréase ou de la solution azotée, formes significativement moins efficientes en fin de cycle pour la production de protéines et plus sujettes à la volatilisation (-0,3 % de protéines pour l’urée et -0,5 % pour la solution par rapport à l’ammonitrate dans les essais ARVALIS, significatif)
  • Une protection contre les maladies foliaires trop limitée ou mal positionnée, notamment contre la rouille brune. Si la dernière feuille n’est pas bien protégée, la maladie peut s’exprimer en pénalisant le rendement mais aussi la remobilisation de l’azote vers les grains.
  • De rares cas où le dernier apport a été réduit en dose ou n’a pas été effectué, pour des raisons économiques ou par crainte du sec.

Les suivis de l’observatoire ARVALIS 2026 (Misérieux, Etoile et Pusignan en sec et en irrigué), sur des blés bien protégés des maladies, montrent qu’une part bien plus importante de l’azote des blés (30 à 40 %) a été absorbée après la floraison cette année, par rapport à la normale (plutôt 15 à 20 %). Cela a permis de compenser un niveau d’alimentation azotée inférieur à l’optimum à floraison. 

L’analyse de données se poursuit pour mieux cerner la dynamique d’absorption d’azote cette année et les facteurs d’explication de ces très faibles teneurs en protéines parfois observées. Les parcelles de l’observatoire ARVALIS montrent une bonne remobilisation de l’azote vers les grains, avec plus de 80 % de l’azote dans les grains à la récolte. Les rendements s’échelonnent de 85 (Etoile) à 114 q/ha (Misérieux), avec 11,8 % (Etoile) à 12,7 % de protéines (Misérieux).

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