Cadmium : les récoltes françaises respectent la règlementation
L'exposition des Français au cadmium fait actuellement l’objet de débats intenses. Divers produits à base de blé et les pommes de terre sont questionnés. Pourtant, les récoltes françaises respectent les limites maximales réglementaires, selon les données collectées et analysées par les filières, les pouvoirs publics et ARVALIS.
Dans son Étude de l’Alimentation Totale française 3 (EAT3), publiée en janvier 2026, puis dans son avis1 publié en mars 2026, l’Anses met en avant l'exposition des Français au cadmium. L’agence pointe l’alimentation comme « de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse ». Plusieurs produits céréaliers sont incriminés : céréales du petit-déjeuner, pains, viennoiseries, gâteaux, pâtes, riz…, ainsi que les pommes de terre.
Le cadmium étant classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, sa toxicité est prise très au sérieux par les filières alimentaires. Sa présence dans les blés tendre et dur ainsi que dans les pommes de terre récoltées en France fait l’objet de suivis annuels depuis plus de 15 ans par les filières (Intercéréales et le CNIPT), les pouvoirs publics (FranceAgriMer) et ARVALIS. Ils témoignent du respect des seuils réglementaires tous les ans.
En blé tendre, la teneur moyenne pluriannuelle s’établit à 0,033 mg/kg de cadmium dans le grain, soit plus de trois fois moins que la limite règlementaire en vigueur pour l’alimentation humaine. Les teneurs moyennes annuelles sont par ailleurs stables depuis 2004 (figure 1).
Figure 1 : Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé tendre (en mg/kg) récoltés en France
En blé dur, les teneurs moyennes annuelles en cadmium de la récolte française respectent le seuil règlementaire de 0,18 mg/kg de cadmium dans le grain (figure 2). Par ailleurs, ces teneurs ont baissé de près de 50 %, fruit notamment d'un important travail de sélection depuis 2010 (encadré).
Figure 2 : Teneurs moyennes annuelles en cadmium des grains de blé dur (en mg/kg) récoltés en France
Enfin, les teneurs moyennes en cadmium mesurées chaque année dans les récoltes de pomme de terre pour le marché du frais2 sont stables depuis 15 ans, avec une valeur moyenne pluriannuelle de 0,026 mg/kg, soit plus de trois fois moins que la limite règlementaire en vigueur (figure 3).
Figure 3 : Teneurs moyennes annuelles en cadmium des pommes de terre (en mg/kg) récoltées en France
Des apports phosphatés en net recul depuis 1994
Le cadmium se retrouve dans les grains et les tubercules après avoir été absorbé par les racines des cultures et transloqué dans les organes récoltés. La présence de cadmium dans les sols est avant tout un phénomène naturel issu de la dégradation de la roche mère. Certaines activités humaines contribuent néanmoins à l’augmentation des teneurs en cadmium dans les sols, au-delà des teneurs « natives ». En agriculture, les apports d’engrais phosphatés sont interrogés car, en plus du phosphore, ils peuvent contenir du cadmium dont la teneur dépend du site d’extraction du phosphate naturel et du processus de traitement industriel appliqué par la suite.
Avant toute chose, il faut rappeler que les engrais phosphatés commercialisés en France respectent les normes en vigueur dans l’Hexagone, à savoir 90 mg de cadmium par kg de P₂O₅. Au sein de l’Union européenne, la norme est de 60 mg Cd/kg P₂O₅, mais les deux régimes réglementaires sont distincts.
L’étude des données collectées depuis 1994 dans les enquêtes de pratiques culturales3 indiquent que les surfaces de blé tendre n’ayant reçu aucun apport phosphaté dans l’année ont progressé de 33 %. Elles représentent 62 % des surfaces en 2021. Sur les parcelles recevant un apport d’engrais minéral dans l’année, la dose a été réduite de 35 %. Les tendances en blé dur évaluées sur la même période sont similaires : + 20 % de parcelles ne recevant aucun apport phosphaté une année donnée (45 % des surfaces), - 38 % de la dose annuelle d’engrais phosphatés sur les parcelles en recevant.
Ces évolutions de pratiques ont été rendues possibles par le caractère peu ou moyennement exigeant du blé tendre et du blé dur en phosphore ainsi que par la diffusion à grande échelle de la méthode de raisonnement de la fertilisation phosphatée et potassique du COMIFER.
Sur pomme de terre, les évolutions sont moins marquées, en lien avec le caractère très exigeant de cette culture vis-à-vis du phosphore, qui laisse peu de latitude aux producteurs pour faire l’impasse. Ainsi, le nombre de parcelles ne recevant aucun apport une année donnée a légèrement progressé, passant de 28 % en 2006 à 32 % en 2021. La dose apportée sur les parcelles recevant un apport a légèrement diminué (- 5 %).
Ces évolutions de pratiques se voient dans les statistiques : en France, les livraisons d’engrais phosphatés ont reculé de 67 % en 25 ans, selon France Fertilisants.
Comment limiter l'accumulation de cadmium dans les récoltes ?
Limiter la biodisponibilité du cadmium du sol en maintenant un pH proche de la neutralité (raisonnement du chaulage par la méthode COMIFER).
Quand les apports d’engrais sont nécessaires, privilégier le fractionnement pour limiter la baisse de pH. Augmenter et maintenir un niveau élevé de matière organique car elle peut complexer/séquestrer le cadmium et réduire son absorption par les cultures. Enfin, assurer une nutrition en oligo-éléments équilibrée, notamment en zinc, pour bénéficier des effets d’antagonistes vis-à-vis de l’absorption du cadmium.
Un autre levier d'action consiste à limiter le stockage du cadmium dans les organes récoltés grâce aux progrès en sélection variétale. Les travaux les plus avancés en ce domaine concernent le blé dur : les recherches ont permis d’établir que la majorité de la sole française de blé dur est désormais cultivée avec des variétés porteuses de l’allèle cdu-1, conférant le caractère peu accumulateur de cadmium. Des travaux sont en cours pour adopter la même approche sur blé tendre. En pomme de terre, l’état des lieux des aptitudes bioaccumulatrices des variétés actuelles reste à conduire.
1. Basé sur une expertise scientifique collective portant sur la priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation au cadmium de la population française selon une approche d’exposition agrégée.
2. Les échantillons prélevés en magasin sont analysés par des laboratoires certifiés et indépendants.
3. Source : AGRESTE.
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