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Blés : impasse ou non sur le dernier apport ?

Faut-il prévoir un apport d’azote à dernière feuille ? Une question qui anime la plaine cette année, en raison du contexte actuel : prix des engrais qui augmentent, recul des cours du blé et sécheresse. Voici des éléments de réponses pour ajuster sa stratégie selon la situation.

Parcelle de blé tendre au stade dernière feuille en avril 2026 en Île-de-France

Le dernier épisode pluvieux significatif remonte au 13 mars sur la région. L’Auvergne a connu un épisode de pluie le week-end du 11 avril, offrant un répit temporaire. Les prévisions météorologiques actuelles ne font état d’aucune pluie dans les quinze prochains jours, avec en parallèle des vents asséchants qui ne devraient pas améliorer la situation.

Carte 1 : Pluies (mm) du 15 mars au 15 avril 2026 et pas de pluie depuis

Carte 1 : Pluies (mm) du 15 mars au 15 avril 2026 et pas de pluie depuis

De plus, les stades des céréales sont en avance de dix à quinze jours en moyenne par rapport à nos références :

  • blés tendres entre dernière feuille pointante et épiaison ;
  • blés durs entre 2 nœuds et dernière feuille pointante ;
  • orges d’hiver entre dernière feuille dégagée et épiaison ;
  • orges de printemps autour du stade épi 1 cm.

Les céréales implantées en sols superficiels à moyens subissent un stress hydrique depuis une dizaine de jours : le potentiel de rendement est déjà impacté et devrait continuer à se dégrader en l’absence de retour rapide des pluies. En sols profonds, cette contrainte hydrique devrait s’installer dans les jours à venir.

Quelles que soient les situations, si un apport est envisagé, la règle est simple : si pas de pluie annoncée ou d’irrigation possible => impasse.

Cas du blé tendre 

Dans les sols superficiels à moyens 

Les apports azotés à tallage et épi 1 cm avant l’épisode pluvieux de mars ont bien été valorisés. Le maintien du dernier apport d’azote dépend des apports déjà réalisés :

  • Lorsque la dose déjà apportée a été correctement valorisée et représente environ 80 % de la dose prévisionnelle initiale, l’intérêt du dernier apport devient limité. Une impasse peut être envisageable du fait de la perte de potentiel.
  • À l’inverse, si la dose apportée est inférieure à 80 % de la dose prévisionnelle, il est recommandé de maintenir un apport réduit (environ 30 kg N/ha), à déclencher dès l’annonce d’un épisode pluvieux, sans aller au-delà du stade épiaison.

Dans les sols profonds 

Le rendement n’est pas encore impacté : le dernier apport doit encore programmé et sera déclenché dès qu’un épisode pluvieux sera prévu. Le blé valorisera un apport d’azote jusqu’à épiaison : il est donc encore possible d’attendre de potentielles pluies. 

→ Dans les parcelles irriguées, les potentiels sont préservés : il est donc important de maintenir les derniers apports prévus, à déclencher avant l’irrigation.

→ Au-delà de la floraison, les apports ne sont plus valorisés.

Cas du blé améliorant et du blé dur 

Pour ces cultures, les mise en réserves sont souvent importantes et aujourd’hui, il reste dans la majorité des situations une quantité importante d’azote à apporter. 

Que faire ? 

L’objectif numéro 1 de ce dernier apport est d’atteindre un objectif protéines élevé. Il pourra donc être retardé un peu plus tardivement que sur blé tendre, sans pour autant dépasser le stade floraison.

Quelle dose ?

Comme en blé tendre, deux situations se présentent :

  • En sols superficiels à moyens, le potentiel peut-être déjà entamé. Si le retour des pluies se fait attendre, il est difficile d’envisager des apports de plus 40/50 unités.
  • En sols profonds, situations irriguées et/ou situations plus tardives (permettant d’attendre un retour des pluies)  il est envisageable à ce jour de solder le complément prévu avant les premières pluies ou un passage d’irrigation.

Dernier apport d’azote : quelles formes privilégier ?

En situation séchante, il est préférable de privilégier les formes les moins sensibles à l’absence de pluie comme l’ammonitrate

Nos essais sur le sujet montrent que le coefficient apparent d’utilisation de l’azote (CAU) en solution azotée est fortement réduit dès lors que l’apport n’est pas suivi par des pluies suffisantes dans les quinze jours suivants, alors que l’ammonitrate conserve un bon CAU tant que les 30 jours suivants l’apport sont arrosés. 

Tableau 1 : Pourcentage de la dose apportée réellement valorisée en rendement (Coefficient Apparent d’Utilisation, CAU) en fonction de la forme apportée et des conditions climatiques après l’apport

Tableau 1 : Pourcentage de la dose apportée réellement valorisée en rendement (Coefficient Apparent d’Utilisation, CAU) en fonction de la forme apportée et des conditions climatiques après l’apport

Au regard des conditions actuelles :

  • L’urée seule a un comportement proche de la solution azotée.
  • L’urée avec inhibiteur se rapproche de l’ammonitrate.

Quelques points d’attention sur les outils d’aide à la décision

Les outils de pilotage peuvent apporter une information pertinente pour orienter la décision. 

En cas d’apport préalable non totalement valorisé, il reste une part d’azote disponible dans le sol. Le conseil doit donc être modulé à la baisse en fonction de la part d’azote restant potentiellement. Cette part va dépendre de la date de diagnostic, de la date du précédent apport et de la forme utilisée selon sa sensibilité à la volatilisation (solution > urée > ammonitrate). 

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