Attaques de géomyza en maïs : faut-il re-semer ou non ?
Depuis mai, les géomyzes sévissent en maïs, avec d’importants dégâts observés notamment dans les parcelles semées entre le 20 et 30 avril, et plus particulièrement sectorisées sur la zone du Bocage. Après ces 3/4 jours sous haute température, c’est le moment de faire un diagnostic des dégâts et prendre les bonnes décisions pour la suite.
Evaluer le peuplement restant sur les parcelles attaquées
Avant de prendre la décision de re-semer, il est important de bien estimer les dégâts par des comptages. Après l’installation de la chaleur, on distingue désormais bien l’état des différents pieds présents.
- Pieds sains qui se sont développés rapidement depuis le retour du chaud.
- Pieds partiellement atteints mais qui redémarrent ou qui tallent : ces derniers seront plus chétifs mais peuvent donner un épi - il faut les compter dans l’estimation du peuplement.
- Pieds atteints dont l’apex est totalement détruit : la feuille centrale est desséchée, les feuilles anciennes subsistent mais la plante est bloquée et ne redémarrera pas - même encore vivants sur la parcelle, il ne faut pas les comptabiliser dans l’estimation du peuplement.
Réaliser au minimum une dizaine de comptages sur 10 m² (13,3 mètres linéaire sur un rang, écartement 75 cm) dans la parcelle, à différents endroits représentatifs (selon exposition, proximité d’éléments du paysage : haie ou bois…) pour avoir une estimation objective de la réalité.
En règle générale, on estime qu’un re-semis n’est intéressant que s’il ne reste dans la parcelle que moins de la moitié du peuplement prévu initialement. Vu les frais déjà engagés et la date avancée, le seuil de retournement peut être très bas (40 à 50 000 pieds), notamment si le débouché est la vente de grain.
La décision de ressortir le semoir dépend donc de plusieurs paramètres :
- La régularité de répartition des plantes. 40 000 pieds bien répartis auront moins d’impact sur le rendement, et le salissement de la parcelle par les adventices, que des zones entières à faible peuplement. Cette année, on observe surtout des attaques diffuses et dispersées dans les parcelles, avec 3-4 pieds consécutifs détruits.
- Les coûts déjà engagés et à réengager sur la parcelle (désherbée ou non).
- Le potentiel de rendement net de séchage accessible sur la parcelle en semis tardif (offre climatique, réservoir en eau du sol, capacité à irriguer, coûts de séchage…).
- La date de récolte acceptable en fonction de la culture suivante.
Il ne faut pas négliger la capacité de compensation par tallage. A titre d’exemple, en 2016 - année de référence en termes d’attaques de géomyza -, un de nos essais concernés, avec 70 % de pieds touchés, n’a finalement perdu que 30 % des pieds. La pluie de juin avait permis une production de grains significative sur les plantes redémarrées. Par ailleurs, suite à la perte de pieds, les plantes espacées peuvent développer d’un deuxième épi. Ces épis surnuméraires compenseront partiellement le défaut de peuplement.
L’incidence de l’attaque est donc très dépendante des conditions de croissance à venir. Mais il en est de même pour la capacité à produire d’un semis tardif.
Zoom sur un essai ARVALIS mené en Bretagne de 2016
Incidence de l’attaque : 75 % de plantes touchées - comparaison de différentes stratégies suite à l’attaque :
- parcelle conservée : 25 000 pieds indemnes mais reprise d’une partie des plantes touchées, avec une densité récolte à 71 000 pieds, les pieds repartis étant porteurs d’épi.
- re-semis à 80 000 pieds. En 2016, le re-semis n’avait pas été gagnant du fait de l’été très sec qui a suivi.
- Sur-semis : non conseillé car concurrence des plantes restantes sur les nouvelles semées.
Figure 1 : Rendement en maïs fourrage à Bignan (56) en 2016
Figure 2 : Rendement en maïs grain à Bignan (56) en 2016
En cas de re-semis, éviter le sur-semis !
Il est fortement recommandé de détruire les plantes restantes, pour éviter leur concurrence (ombrage) vis-à-vis du nouveau semis.
- Variété : dans la mesure des disponibilités, re-semer une variété d’indice très précoce et réduire la densité (potentiel réduit).
- Travail du sol et délais à l’application : à ajuster en fonction du désherbage déjà effectué sur le premier maïs.
Consulter l’article : « En cas de re-semis d’un maïs, le désherbage déjà réalisé peut-il être une contrainte ? »
- Protection ravageurs : le risque géomyze est probablement passé, mais s’il y a un risque taupins, protéger le re-semis, car les conditions peuvent encore être très favorables à l’activité de ce ravageur. De même, ces semis décalés sont particulièrement exposés aux dégâts d’oiseaux : une surveillance rapprochée sera nécessaire.
- Désherbage : à cette date, une intervention de postlevée est plus adaptée.
A retenir :
- Avant de retourner la parcelle, bien évaluer le peuplement restant : on compte tous les pieds susceptibles de se développer, c’est-à-dire les pieds sains restants + les pieds touchés dont une talle commence à se développer.
- Ne pas re-semer s’il reste 45 à 50 % des pieds initialement semés.
- Eviter le sur-semis.
- Vigilance quant à la rémanence des herbicides déjà appliqués.
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