Accélération des stades stupéfiante : quelles stratégies adopter en céréales ?
Suite aux cumuls de températures excédentaires, le stade épi 1 cm devrait être atteint 12 à 15 jours plus tôt qu’en moyenne. L’année est précoce : des questions peuvent se poser quant aux impacts sur la montaison, le risque de verse et la conduite de la fertilisation azotée.
Une année nettement précoce
Depuis mi-janvier, les températures moyennes sont très largement excédentaires. Sur l’ensemble de la Normandie, le cumul de températures entre le 15 janvier et le 1er mars atteint un record, légèrement supérieur à celui observé en 2024.
Figure 1 : Positionnement de la campagne 2026 sur la période du 15 janvier au 1er février 2026 par rapport aux vingt dernières années – Station météo de Neuville-les-Dieppe (76)
Conséquences directes
- Des biomasses et nombre de talles important dans l’ensemble, liés à la douceur automnale et aux semis majoritairement réalisés en octobre. En effet, la douceur automnale n’a que peu d’effet sur la phénologie (vernalisation et durée du jour encore limitantes), mais stimule fortement le tallage et la biomasse avant l’hiver.
- Un avancement marqué des stades : le stade épi 1 cm est attendu avec 12 à 15 jours d’avance. A partir de janvier-février, les contraintes de vernalisation diminuent fortement, et les épisodes de douceur accélèrent alors directement la dynamique des stades.
Et dans tout ça, que disent les modèles ?
Nos modèles physiologiques ont largement pris en compte ces effets climatiques, en précocifiant énormément ce qui était prévu à l’origine.
Tableau 1 : Représentation de l’arrivée du stade épi 1 cm avec différents cas-types (variation de lieu, date de semis et variété)
Quel impact sur la montaison ?
Les conditions actuelles – températures élevées, jours encore courts – favorisent une montaison rapide.
Points de vigilance :
- Etiolement des tiges lié à la montaison en « jours courts » ;
- Tallage parfois excessif (avec une régression partielle attendue) ;
- Davantage de compétition à lumière = allongement possible des entre-nœuds, facteur aggravant du risque de verse.
Les régulateurs sont des outils efficaces pour limiter l’allongement excessif des tiges et la verse sur les variétés ou situations sensibles.
Mais attention à ne pas conclure trop rapidement : la sensibilité variétale, les techniques culturales (densité, date de semis, fertilisation azotée), le climat durant la montaison (notamment le rayonnement entre épi 1 cm et 2 nœuds) sont des facteurs à prendre en compte dans l’évaluation du risque de verse.
Ces facteurs ont été hiérarchisés, étudiés, de manière à aboutir à une grille de risque verse à utiliser dès le stade épi 1 cm pour le blé et 1 nœud pour l’orge d’hiver.
Les conditions climatiques entre épi 1 cm et 1-2 nœuds seront déterminantes pour le risque de verse
Les dix prochains jours sont plutôt défavorables au risque de verse : peu de pluies, températures élevées, fort rayonnement. Ces conditions ont plusieurs effets bénéfiques :
- Températures élevées, associées à un temps peu pluvieux : tiges moins allongées et régression des talles tardives ;
- Fort rayonnement : réduction de l’étiolement, meilleure robustesse ;
- Précipitations autour d’épi 1 cm : essentielles pour valoriser les apports d’azote.
Tableau 2 : Grille de risque pour le blé tendre d’hiver
Tableau 3 : Grille de risque pour l’orge d’hiver
Courant montaison, si le rayonnement est important et que les précipitations sont faibles, le risque de verse sera diminué. A l’inverse, en cas de printemps à risque élevé (faible rayonnement et fort cumul de pluies), il faut passer à la classe de risque supérieur.
Les OAD tels que FARMSTAR permettent également d’appréhender le risque de verse via une mesure de l’indice foliaire.
En cas d’intervention ?
- Que faire ? Vigilance ! Selon les débouchés, certains régulateurs sont interdits. Exemple des régulateurs à base de chlormequat et mepiquat interdits pour les blés label rouge (C5 / Medax Top / Bogota Plus…). Dans ces situations, utiliser les produits types Moddus Evo, Orfèvre, Serenium, Cuadro NT.
- Et dans quelles conditions ? → vigilance aux risques de phytotoxicité selon les conditions d’application.
Tableau 4 : Conditions requises pour la bonne sélectivité et l’efficacité de différents régulateurs
Retrouver toutes nos préconisations sur les régulateurs dans les guides régionaux Choisir et Décider - Interventions de printemps 2026 :
Quelle stratégie d’apport azoté à l’approche du stade épi 1 cm ?
Rappels agronomiques essentiels
- À ce stade, les conditions de croissance (températures, lumière) sont plus déterminantes pour l’efficacité de l’azote que le cumul de pluies après apport. Les conditions poussantes actuelles et celles annoncées dans les prochains jours sont favorables à la valorisation de cet azote : il faut y aller.
- Les conditions météorologiques actuelles et prévues (sèches, avec ensoleillement et températures élevées), défavorables à une bonne valorisation de l’azote, nous imposent de raisonner encore davantage doses et formes. Nous recommandons donc :
- Pour les doses épi 1 cm élevées (> 80 kg N/ha) : de diviser l’apport en deux à apporter 60 % de l’apport maintenant, et revenir au stade 1 ou 2 nœuds en espérant qu’il pleuve à ce moment.
- Autant que possible : privilégier l’ammonitrate. Dans ces conditions sèches, la solution azotée présente un risque accru de volatilisation.
Retrouver nos préconisations sur la gestion de la fertilisation azoté du blé dans cette vidéo : Concilier rendement et protéines en blé tendre – Episode 2/4 : fractionner pour valoriser.
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