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Symptômes sur céréales : taches physiologiques ou maladies foliaires ?

Comme chaque printemps, le thermomètre fait le yoyo : +28°C pour les températures maximales la semaine passée, puis refroidissement le week-end, suivi de gelées au début de cette semaine. Face à ces fortes amplitudes thermiques, les céréales réagissent, ce qui se traduit par l’apparition de marquages physiologiques sur les feuilles. Des taches qui peuvent toutefois être confondues avec les symptômes de maladies, notamment la rouille jaune déjà signalée, ou la septoriose, cantonnée au bas de la plante pour le moment. Comment faire le bon diagnostic ?

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Depuis le 20 mars, on note une quasi-absence de pluie, mais surtout deux épisodes avec des amplitudes thermiques supérieures à 15°C. Le premier, autour du 20 mars et le second, la semaine dernière entre le 6 et le 8 avril. Ces épisodes stressants pour la plante peuvent provoquer des marquages physiologiques sur les céréales dans la région.

Figure 1 : Températures et pluviométrie journalière du 20/03/26 au 13/04/2026 – Station de Ploërmel (56)

Figure 1 : Températures et pluviométrie journalière du 20/03/26 au 13/04/2026 – Station de Ploërmel (56)

Ne pas confondre symptômes physiologiques et maladies

Etape 1 : observer les symptômes

La première étape consiste à observer la répartition des symptômes à l’échelle de la plante. 

Les symptômes liés aux maladies foliaires (septoriose, rouilles, helminthosporiose, rhynchosporiose) s’expriment du bas vers le haut. C’est à dire que la pression est plus importante sur les feuilles basses. A contrario, les symptômes physiologiques se concentrent sur un étage foliaire présent au moment de l’amplitude thermique et le plus souvent sur l’étage foliaire supérieur. 

Lors des stress climatiques comme la semaine dernière, ce sont les feuilles les plus exposées et le plus jeunes qui seront le plus exposées.

Concernant les maladies, seules les feuilles présentes au moment des contaminations peuvent être touchées. Les maladies comme la septoriose se développent depuis les feuilles du bas vers celles du haut. Si on observe les symptômes uniquement sur F1 et F2, on s’orientera davantage vers des symptômes physiologiques.

  • Symptômes de taches physiologiques vs maladies
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Dans l’essai ARVALIS de Ploërmel (56), comparons deux variétés : l’une fortement touchée par la rouille jaune (photo de gauche) et l’autre indemne de rouille jaune (photo de droite), mais avec un marquage physiologique très intense. Vus de loin, les symptômes foliaires sont proches.

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L’observation des feuilles permet dans le premier cas d’observer des pustules actives. Dans l’autre, l’absence de pustules avec des feuilles atteintes localisées sur le haut de la plante (plus exposées aux amplitudes et rayonnement), la feuille sortante depuis les amplitudes étant indemne des symptômes (seule une variété non encore inscrite présentent des symptômes physiologiques aussi marqués et ressemblant à de la rouille jaune sur l’essai variétal de Ploërmel).

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La septoriose (photo de gauche) se reconnaît facilement avec la présence de pycnides noires à l’intérieur des feuilles et surtout une progression du bas vers le haut de la plante. Des marquages physiologiques ou de traitement (photo de droite) peuvent également présenter des symptômes proches de taches de septoriose, mais sans pycnides.

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Les marquages (ou taches) physiologiques peuvent prendre des formes différentes et sont plus ou moins intenses sur certaines variétés (ex. Thermidor et Pailledor marquent plus facilement que d’autres variétés, mais sans aucunes conséquences sur le rendement). Sur les photos, les marquages prennent la forme de petites ponctuations jaunes pouvant brunir.

Etape 2 : confirmer le diagnostic par le test de la chambre humide

On peut facilement confondre des taches physiologiques avec des symptômes fongiques, en particulier sur orge. Pour aider au diagnostic, placer dans une bouteille d’eau vide, quelques feuilles prélevées présentant des taches indéterminées. Fermer la bouteille et disposez là à température ambiante (proche 20 -25°C) pendant 24 h. L’objectif est de positionner les feuilles dans un endroit chaud et humide afin d’accélérer l’incubation, en cas de présence de maladie.

Figure 2 : Principe de la chambre humide

Figure 2 : Principe de la chambre humide

Etape 3 : observer les feuilles après 24 h de chambre humide

Après 24 h de chambre humide, observer les feuilles.

En cas de présence visible de fructification, mycélium au sein des taches, les symptômes sont liés à la présence de maladie.

En absence de fructification, mycélium, les symptômes visibles sont sans évolution, il s’agit de marquages physiologiques ou de phytotoxicité, sans impact sur le rendement.

Ces réactions sont parfois amplifiées par l’application récente d’un traitement phytosanitaire. En effet, les conditions météo compliquent le positionnement des interventions : alors que les stades progressent rapidement, il est délicat de positionner à la fois un désherbage de rattrapage, un régulateur de croissance et un fongicide, avec peu de créneaux d’intervention favorables et sur des cultures stressées par les conditions climatiques.

À retenir

  • Depuis le 20 mars, deux périodes d’amplitudes thermiques supérieures à 15°C.
  • Conséquences : des symptômes physiologiques peuvent être présents sur les céréales, à ne pas confondre avec des symptômes liés aux maladies fongiques. 
  • Ces marquages sont variables selon les variétés, mais sans conséquences sur le rendement.
  • Eléments de distinction entre maladies et marquages physiologiques :
    • Rouille jaune : présences ou anciennes traces de pustules.
    • Septoriose : pycnides faciles à observer avec une petite loupe si besoin.
    • Ramulariose sur orge : elle ne s’observe qu’après l’épiaison, des taches courant montaison n’est pas de la ramulariose, soit marquages ou de l’helminthosporiose par exemple => mettre en chambre humide en cas de doute.
  • Réaliser un diagnostic en trois étapes :
    • Observer les feuilles et la répartition des feuilles touchées au sein de la plante.
    • En cas de doute : placer les feuilles en chambre humide pendant 24 h.
    • Observer à nouveau les symptômes après le passage en chambre humide pour confirmer le diagnostic.
  • Symptômes caractéristiques des taches physiologiques : 
    • Homogènes sur la parcelle.
    • Symptômes marqués sur les étages foliaires supérieurs.
    • Absence de fructification (pycnides, mycélium) au sein des taches.

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