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Champagne-Ardenne

Retour des pluies : faut-il protéger les céréales de la septoriose et des fusarioses ?

Après un mois d’avril sec, les pluies sont revenues de manière conséquente sur le territoire. Des pluies salutaires pour la physiologie, mais peuvent-elles avoir des conséquences néfastes sur la septoriose ou les fusarioses ?

Septoriose sur blé en 2026

Sur la première quinzaine de mai, une partie du territoire a reçu jusque 100 mm de pluie.

Carte 1 : Pluies du 1er au 15 mai 2026

Carte 1 : Pluies du 1er au 15 mai 2026

Ces pluies sont salutaires en sols profonds. Malheureusement, elles arrivent trop tard en sols superficiels, d’autant plus avec des cumuls plus faibles : sur ces secteurs, la réserve de survie est atteinte depuis le 20 avril, avec un impact certain sur le potentiel.  

Figure 1 : Evolution de la réserve en eau du sol, en craie - Station météo de Fagnières (51)

Figure 2 : Evolution de la réserve en eau du sol en sols superficiels - Station météo de Cirfontaines-en-Ornois (52)

Figure 2 : Evolution de la réserve en eau du sol en sols superficiels -station météo de Cirfontaines en Ornois 52

Ces derniers jours ont également été marqués par des températures fraîches (avec même des gelées blanches) et un rayonnement en berne. Cela peut avoir un impact sur les parcelles tardives qui arrivaient au stade méïose (peu après dernière feuille étalée - DFE) ou sur les parcelles précoces qui débutaient la floraison. 

Le seuil de 4°C est scientifiquement admis comme un seuil d’alerte, et non de seuil critique. Les températures gélives correspondent à la baisse classique des températures à l’aube, et ne sont pas suffisantes à elles seules pour faire geler des tissus. Il y a davantage de risque si de l’eau est entrée dans les tiges. 

Outre le gel, les températures inférieures à 4°C peuvent avoir un impact sur la qualité de la floraison et donc le nombre de grains/épi. 

Quant au rayonnement, le seuil d’alerte est autour de 200 cal/m² : nous ne sommes a priori pas descendus en dessous de ce seuil, et la plupart des parcelles avaient passé le stade DFE et n’étaient pas encore à floraison

Figure 3 : Pluviométrie et rayonnement, station météo Fagnières (51)

Retour des pluies et maladies

Les cumuls de pluies et l’intensité des épisodes sont propices à la dissémination de la septoriose sur plusieurs étages par un effet « splashing » important. 

Le climat est le facteur primordial dans les processus de contamination pour les fusarioses des épis, avec un rôle déterminant dans la maturation de l’inoculum (pluies et températures supérieures à 10°C) et dans les conditions d’infection (pluies et vent). La phase floraison +/- 7 jours est la période la plus sensible des blés. 

Le risque de Fusarium graminearum et d’accumulation de DON varie selon les parcelles, indépendamment des pluies à floraison. L’évaluation du risque parcellaire est indispensable avant toute intervention (grille de risque).

➔ En précédent colza, la protection contre les fusarioses est recommandée sur variétés sensibles lorsqu’un cumul de pluies de 40 mm est atteint autour de la floraison (+/- 7 jours). Ce seuil est le même en précédent betteraves et pomme de terre pour des implantations de blés en labour. 

➔ Les précédents maïs sont les plus susceptibles : ainsi, même en utilisant une variété peu sensible aux fusarioses, un traitement est recommandé dès lors que le cumul de pluies autour de la floraison dépasse 10 mm.

Figure 4 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre et d’aide au traitement contre la fusariose sur épi

Figure 4 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre et d’aide au traitement contre la fusariose sur épi T = traitement recommandé
T = traitement recommandé

Concernant les espèces Microdochium, les facteurs agronomiques ne semblent pas avoir d’influence, seules les conditions météo à floraison (pluies, maintien d’une forte hygrométrie) déterminent le risque. Rappelons que ces espèces ne produisent pas de DON, mais peuvent impacter le rendement. 

A noter : les fusarioses de l’épi présentent un complexe de nombreuses espèces. Il existe deux grands genres de fusarioses qui peuvent coexister sur une même plante : Fusarium, dont l’espèce F. graminearum, responsable de la production de mycotoxines de type DON ; et Microdochium spp. L’équilibre entre les deux genres est très complexe : il est communément admis que Microdochium prend le dessus en cas de températures fraîches alors que F. Graminearum est favorisé par des températures plus proches de 20°C. Les températures sont attendues haussières dans les prochains jours, méfiance dans les situations à risque ! 

Concernant la rouille brune : cet épisode de froid n’a pas d’effet « frein » sur cette maladie. Les cumuls de températures ont déterminé les risques de l’année, et selon la sensibilité variétale, le retour de conditions chaudes peut faire s’extérioriser les symptômes de manière rapide. 

Positionnement et produits à utiliser 

Les associations à base de prothioconazole et tébuconazole, comme Prosaro et Kestrel, figurent parmi les solutions les plus efficaces, avec une action à la fois sur Fusarium graminearum et Microdochium spp*. Dans les situations à risque élevé, les doses de 0,8 à 1 L/ha permettent de sécuriser à la fois la protection anti-fusarioses et le contrôle de la septoriose et des rouilles.

Figure 5 : Proposition de programmes relais septoriose + rouille brune

Figure 5 : Proposition de programmes relais septoriose + rouille brune

Attention : si du prothioconazole a été utilisé en T2, les bonnes pratiques voudraient qu’il ne soit pas réutilisé en T3. Le prothioconazole reste néanmoins indispensable pour les fusarioses, mais est moins incontournable si septoriose et rouille sont les « seules » maladies à gérer en T3.

En cas de présence uniquement de rouilles et si intervention nécessaire, une stratégie à base de triazole et/ou strobilurine peut être envisagée. 

*Il faut bien avoir en tête que les efficacités des interventions à cible fusarioses sont comprises entre 20 et 50 % (forte érosion de l’efficacité). Quel que soit le produit, le positionnement du fongicide juste avant la contamination des épis par la fusariose, au début de la sortie des étamines, est essentiel mais parfois compliqué selon les conditions climatiques. Veiller à un volume de 150 L/ha minimum.

Vers quelle stratégie se tourner ? 

  • Parcelles protégées à DFE avec des doses recommandées (exemple : Revystar XL à dose minimale de 0.75 L/ha) : 

➔ S’il n’y a pas de risque fusarioses, on peut s’affranchir d’un relais à floraison pour les tolérantes septoriose. Pour toutes les autres variétés, un relais « classique » à floraison est nécessaire pour prolonger l’action du T2 sur septoriose à Exemple : Prosaro 0.6 ou 0.8 L/ha.

➔ S’il y a un risque fusarioses, un traitement est recommandé (Exemple : Prosaro 0.8 L/ha). 

  • Parcelles protégées à DFE avec des doses réduites ou parcelles protégées avant DFE : dans ces situations, il y a un « trou » dans la protection (persistance d’action plus faible, temps long entre T2 et floraison), surtout avec les cumuls d’eau des derniers jours. Dans ces situations, un relais à floraison est nécessaire, quelle que soit la sensibilité variétale à la septoriose à Exemple : Prosaro 0.8 L/ha. 
  • Parcelles protégées tardivement à gonflement, voire épiaison : elles sont toujours sous protection suffisante contre la septoriose, un petit relais fusarioses peut être nécessaire en situations à risque. 

Dans tous les cas, il convient également de surveiller la rouille brune : en présence de spores, une intervention est rentable jusque grain laiteux. 

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