Pluies et floraison du blé dur : comment protéger les épis et préserver le feuillage ?
Alors que les blés durs approchent, selon les secteurs, des stades épiaison ou début floraison, la pluie est de retour et pourrait perdurer. Au-delà de la lutte contre les fusarioses, se pose la question de protéger le feuillage contre la septoriose, la rouille jaune et la rouille brune, notamment lorsqu’aucune intervention n’a eu lieu à dernière feuille étalée. Retour sur les solutions à utiliser et les bonnes pratiques.
Arrivée des floraisons : comment gérer le risque fusarioses ?
Les conséquences d’une attaque de fusarioses sur blé dur
Les fusarioses des épis sont extrêmement nuisibles au blé dur car elles impactent négativement le rendement et plusieurs critères de qualité : la teneur en mycotoxines DON (déoxynivalénol), la moucheture et le poids spécifique, entre autres. Cette espèce, assez sensible aux fusarioses des épis et à l’accumulation de DON, exige, dans notre bassin de production, une intervention quasi systématique pour protéger l’épi au stade floraison.
Rappel : le règlement européen (CE) N°1881/2006, fixant les teneurs maximales en mycotoxines pour des céréales brutes, a fait l’objet d’un réexamen concernant le DON, afin de réduire l’exposition des consommateurs à cette toxine. Depuis le 1er juillet 2024, le taux maximal de DON pour le blé dur est désormais fixé à 1 500 µg/kg de grains bruts (pour le blé tendre, le taux maximal est de 1 000 µg/kg).
Quel est le niveau de risque 2026 ?
Les facteurs de risque fusarioses sont multiples et cumulatifs. En dehors des risques liés à l’assolement (gestion des résidus de culture du précédent) et au choix variétal, les conditions climatiques autour de la floraison sont un facteur important. Celles qui réunissent un rayonnement faible, une hygrométrie importante et une plage de températures adéquate aux fusarioses influencent positivement le développement des deux espèces les plus répandues dans notre bassin de production : Microdochium spp (à l’origine de perte de rendement significative) et Fusarium graminearum (responsable de la production de mycotoxines et de perte de rendement).
Les conditions météo des 15 prochains jours pourraient favoriser la présence des fusarioses. Cependant, des périodes ensoleillées et séchantes pourront limiter le risque. Quoiqu’il arrive, en blé dur, le risque 0 n’existe pas.
Les variétés n’ont pas toutes la même sensibilité aux fusarioses ni à l’accumulation de DON.
Attention cependant à ne pas confondre note « Accumulation DON » et note « Fusariose » (symptômes sur épis) ! Il n’y a pas de lien systématique entre les deux. Des symptômes de fusarioses sur épis ne se traduiront pas automatiquement par des teneurs en mycotoxines élevées. A l’inverse, des symptômes de fusarioses faibles ne garantissent pas une teneur en DON inférieure au seuil réglementaire.
NOUVEAUTE : pour les mélanges variétaux, compte tenu du risque sanitaire, il est conseillé de prendre en compte la variété la plus sensible du mélange pour évaluer le risque.
Comment protéger les épis efficacement ?
Les associations à base de prothioconazole et tébuconazole, comme Prosaro et Kestrel, figurent parmi les solutions les plus efficaces, avec une action à la fois sur Fusarium graminearum et Microdochium spp. Dans les situations à risque élevé, les doses de 0,8 à 1 L/ha permettent de sécuriser à la fois la protection anti-fusarioses et le contrôle de la septoriose et des rouilles.
Une synthèse régionale sur trois essais 2024 attaqués par des fusarioses et contaminés aux DON confirme que les solutions les plus efficaces restent celles à base de prothioconazole et/ou de tébuconazole. La solution la plus efficace dans le réseau d’essai (APN04) est en cours d’homologation.
Quelle que soit la solution utilisée, l’efficacité maximale sur fusariose (50 à 60 % pour les meilleures spécialités) est obtenue lorsque plusieurs conditions sont respectées.
Positionnement du traitement : en situation mixte, comme souvent rencontrée en région, et pour s’assurer d’une efficacité optimale, le positionnement doit être calé sur Fusarium graminearum, c’est-à-dire début floraison.
Volume de pulvérisation : un minimum de 150 L/ha est recommandé, quel que soit le type de buses. Les essais montrent que le volume de bouillie est plus déterminant que le choix des buses ou l’ajout d’adjuvants pour assurer un bon recouvrement de l’épi.
Une vidéo pour tout comprendre sur les fusarioses et le risque mycotoxine DON sur blé dur !
Quel relais des maladies foliaires ?
Avec la sécheresse du mois d’avril, les maladies foliaires se sont très peu développées. Cependant, des cas de septoriose, rouille jaune et rouille brune ont été signalées sur variétés sensibles à ces maladies, nécessitant des interventions lorsque le seuil de sensibilité était atteint. Les solutions prévues pour gérer les maladies foliaires au stade dernière feuille étalée ne sont pas toujours efficaces sur fusarioses ! S’il est nécessaire d’intervenir pour protéger à la fois le feuillage et les épis, opter pour des solutions efficaces sur chacune des cibles visées.
Pour s’assurer que les produits souhaités sont mélangeables, rendez-vous sur l’outil ARVALIS disponible en ligne : Mélanges des produits phytosanitaires
Tableau 1 : Efficacité des produits sur les maladies d’épis et du feuillage
Ne pas confondre taches physiologiques et maladies foliaires !
Comme régulièrement sur blé dur, des taches physiologiques sont visibles sur certaines variétés. Cette année, les symptômes les plus régulièrement rencontrés peuvent parfois être confondus avec des taches de septoriose sur le point d’émerger. Certaines variétés comme RGT Voilur ou RGT Belalur peuvent avoir tendance à jaunir, ce qui peut être confondu avec une attaque de rouille jaune. La prudence est donc de mise et l’observation des parcelles indispensable avant toute intervention.
Quelques repères pour vous aider à distinguer les taches physiologiques de symptômes de maladies foliaires :
- La distribution des symptômes : les maladies progressent généralement du bas vers le haut alors que la distribution des symptômes physiologiques ne répond pas à cette logique et se concentre sur un, voire deux, étages foliaires dans les situations les plus marquées. Les F3 des blés durs sont, cette année, les plus touchées par ce phénomène.
- Un test en chambre humide ou bouteille : en cas de taches physiologiques, les symptômes n’évolueront pas. En cas de maladie, des fructifications de champignons apparaîtront et seront visibles avec une loupe de poche : pycnides pour de la septoriose. Attention, le développement de champignons saprophytes peut prêter à confusion. Bien regarder la forme et la couleur et ne pas laisser l’échantillon plus de 48h dans la chambre humide.
Figure 2 : Test de la chambre humide ou bouteille
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