Orges de printemps : mieux vaut attendre le ressuyage des sols pour semer
Pour l’orge de printemps, la période optimale pour les semis s’étend du 20 février et le 15 mars, en sol ressuyé, ce qui n’est actuellement pas le cas. En attendant le début des chantiers, voici quelques recommandations sur la conduite de la culture : choix variétal, date de semis, stratégies de fertilisation, désherbage, gestion des maladies…
En Bourgogne-Franche-Comté, les orges de printemps (OP) ont un débouché majoritairement brassicole. Les surfaces moyennes consacrées aux OP semées en sortie d’hiver s’établissent à 54 600 ha. Le rendement moyen sur cinq ans est de 51,6 q/ha, cachant une variabilité interannuelle de 37 q/ha en 2024 jusqu’à 55 q/ha en 2021 (figure 1).
Figure 1 : Evolution des surfaces et rendements en orges de printemps sur la région Bourgogne-Franche-Comté depuis 2000
Variétés : choisir dans la liste des brasseurs et malteurs de France
Du côté des variétés, la culture des orges de printemps a pour vocation quasi exclusive la production de malt. Il est donc fortement recommandé de cultiver les variétés pour lesquelles les organismes de collecte locaux ont un marché. Ces variétés sont sélectionnées dans la liste éditée chaque année par les Malteurs et Brasseurs de France. RGT Planet est la variété majoritairement cultivée dans notre région (et en France), avec 87 % de la surface. La récente variété préférée Sting se fait une place, avec 4 % des surfaces en 2025 (figure 2). C’est une variété productive (+5 % par rapport à RGT Planet), de bonne qualité technologique et tolérante à la verse. On notera aussi l’arrivée en 2024 de LG Allegro (en validation technologique), qui apporte un gain de productivité significatif, avec un très bon calibrage et un bon comportement vis-à-vis des maladies.
Figure 2 : Répartition des variétés d’orge de printemps brassicole cultivées en 2025 en Bourgogne-Franche-Comté
Tableau 1 : Liste des variétés préférées de malteurs de France et Brasseurs de France pour les orges de printemps et d’hiver brassicoles – Récolte 2026
Avec les conditions humides actuelles, jusqu’à quelle date peut-on semer des orges de printemps ?
La date de semis est conditionnée par la date de ressuyage des sols et la possibilité d’exécuter une préparation superficielle en un minimum de passages. Les épisodes pluvieux de ces dernières semaines rendent impossible le ressuyage des sols, mais il est souvent bénéfique d’attendre un ressuyage correct du sol, plutôt que de vouloir semer à tout prix.
Pour l’orge de printemps, le créneau de semis idéal se situe dans une fourchette d’environ un mois, entre le 20 février et le 15 mars. Les semis avant le début de cette période sont souvent exposés à un coup de froid hivernal, alors que les graines sont en train de germer ou que la plante est encore peu vigoureuse. Le bilan d’une telle pratique est trop aléatoire pour être conseillé. Inversement, les semis après la fin de cette période (parfois nécessaires après un hiver humide), risquent de pénaliser la capacité de tallage de l’orge. Il faut donc penser, dans ce cas, à augmenter les densités de semis pour pallier cet inconvénient. De plus, un semis trop tardif peut décaler le cycle dans une séquence de jours « échaudants » pendant le remplissage des grains.
Figure 3 : Rendement de l'OP en fonction de la date de semis (essais de suivi physiologique en Plaine de Dijon, limons argileux profonds) de 2006 à 2025
Les hauts rendements sur les orges à deux rangs, comme le sont les orges de printemps, sont souvent atteints avec des peuplements épis élevés. La densité de semis aura pour objectif d’installer un peuplement suffisant, mais sans être excessif, pour éviter la verse assez fréquente sur cette espèce et par conséquent la baisse du calibrage. En Bourgogne-Franche-Comté, les recommandations s’établissent sur des fourchettes de 300 à 350 gr/m² sur les sols de limons et de 350 à 450 gr/m² sur des argilo-calcaires plus ou moins caillouteux.
La fertilisation azotée : à piloter pour ne pas « louper » les situations favorables
Le calcul de la dose totale d’azote prévisionnelle s’appuie sur le bilan azoté en soustrayant un ensemble de fournitures du sol au besoin azoté de la plante (2,5 kg d’azote par quintal d’orge). Le débouché des orges de printemps est majoritairement brassicole, ce qui implique de faire attention à la qualité technologique et notamment la teneur en protéines, à travers la maîtrise de la dose totale et, dans une moindre mesure, le fractionnement. La gestion du fractionnement doit trouver un compromis entre efficacité acceptable (apports pas trop précoces) et une teneur en protéines compatible avec les exigences brassicoles ( de 9,5 à 11,5 % de protéines).
- Le fractionnement : semis (1/3 de la dose) puis végétation (2/3 de la dose à 3F-fin tallage) est la stratégie la plus robuste
Afin de répartir les risques entre année sèche et année humide, la stratégie la plus robuste est de fractionner l’azote au semis puis au tallage. L’apport en végétation doit être raisonné selon les pluies plus qu’à un stade précis. Ainsi, si entre 3 feuilles et début tallage, des pluies sont annoncées, il faudra en profiter !
- Le N-tester pour corriger les carences éventuelles et profiter des pluies de mai !
En général, il est souvent observé un retour des pluies fin avril - début mai : il faut donc profiter du N-tester (méthode HNT EXTRA - figure 4), qui est la seule solution pour revoir la dose selon le potentiel de l’année et l’état de nutrition des plantes. Des gains de rendements sont à la clé tout en restant dans la fourchette 9,5-11,5 % de protéines ! Attention, il faudra prévoir une bande sur-fertilisée dès l’apport d’azote au semis, et les diagnostics ne sont réalisables qu’autour d’un nœud.
Figure 4 : Principe de fonctionnement de la méthode HNT extra sur orge de printemps pour piloter l’azote à partir du stade 1 nœud
- L’enfouissement de l’apport en solution azotée au semis : toujours gagnant
Rappelons également que l’enfouissement de l’apport au semis lorsqu’il est réalisé en solution azotée permet de gagner en moyenne 2 q/ha et 5 à 10 % d’efficacité de l’azote (CAU).
Pour désherber, les solutions ne sont pas nombreuses
En orge de printemps, il convient d’être particulièrement vigilant vis-à-vis du ray-grass. Les solutions dans cette culture sont peu nombreuses. Il faudra profiter de l’interculture longue pour détruire un maximum de ray-grass (avant et après la culture intermédiaire). Dans les systèmes envahis de ray-grass (résistants ou pas), considérer l’orge de printemps comme une culture de diversification est illusoire, au vu du manque de solutions possibles et des levées continues de cette adventice.
Le vulpin est plus rare car ses levées se font plutôt à l’automne mais il peut néanmoins envahir aussi cette culture, en lien avec des hivers de moins en moins rigoureux. Dans notre région, de plus en plus de cas sont signalés.
En cas de ray-grass résistants au groupe HRAC 1, Avadex 480 était une solution pertinente ; mais à la suite du retrait de son autorisation de mise sur le marché, cet herbicide n’est plus commercialisé.
La folle avoine est encore assez répandue mais reste assez facile à gérer avec un produit foliaire (Axial Pratic…). Côté dicotylédones, la flore est souvent mixte entre les adventices traditionnelles et des plantes à germination printanière (renouées).
L’orge de printemps donne également l’occasion de mettre en œuvre du désherbage mécanique (herse étrille, houe rotative, roto-étrille), avec des niveaux d’efficacité beaucoup plus satisfaisants que sur les céréales d’hiver. Ces outils qui travaillent en plein (à choisir surtout en fonction de son type de sol) doivent être passés soit en prélevée à l’aveugle, soit sur une culture très bien implantée. Idéalement, penser à augmenter la densité de semis de 10-15 % pour compenser les pertes de pied possibles lors des passages. Le stade filament est le stade idéal à rechercher pour les adventices. Au-delà d’une feuille, les efficacités seront fortement réduites. À noter que ces outils sont plus efficaces sur adventices dicotylédones.
* Outils à adapter au contexte pédoclimatique. Anticiper leurs utilisations est fortement recommandé.
** Les produits proposés ont des spectres plus larges que les adventices énoncées. Se référer aux tableaux du chapitre « Doses et stades pour le désherbage de l'orge de printemps ».
*** Produits interdits sur sols artificiellement drainés ayant une teneur en argile supérieure ou égale à 45 %.
Maladies : une nuisibilité faible en moyenne
Les dégâts dus aux maladies sur les orges de printemps sont en général atténués par la rapidité de croissance et de maturation de cette espèce. Ils sont généralement compris entre 5 et 10 q/ha selon les variétés pour les semis de printemps, hors pression forte de rouille naine. Mais, il reste toujours vrai que la lutte contre les maladies contribue à un meilleur remplissage des grains, donc permet d’obtenir de meilleurs calibrages, critère majeur pour les orges brassicoles. Les résultats expérimentaux enregistrés au cours des années passées ont montré l’intérêt d’adapter la protection fongicide à la sensibilité des variétés. Dans la grande majorité des situations, un traitement unique au stade dernière feuille étalée peut être considéré comme la règle. Plus spécifiquement vis-à-vis de la rhynchosporiose sur les variétés sensibles telles que LG Tosca et Sting, il faudra envisager un premier traitement en végétation si la maladie est présente tôt. Le cas a peu de risques de se présenter en BFC. Dans les situations, ultra-majoritaires, à un traitement unique au stade dernière feuille étalée, on peut citer, sans être exhaustif, un certain nombre de solutions techniquement équivalentes (figure 5).
Figure 5 : Proposition de programme fongicides pour l’orge de printemps
Bien souvent, les orges de printemps reçoivent facilement un régulateur de croissance. Cette pratique sécuritaire est peu adaptée à une espèce qui montre souvent des signes de phytotoxicité suite à un traitement. L’évaluation du risque peut se faire dès le semis selon les classes de sensibilité variétale. Un ajustement est possible à partir du stade épi 1 cm en fonction de l’état de végétation. C’est en particulier vrai pour les variétés les plus sensibles à la verse, telles que RGT Planet et KWS Thalis. Si le tallage a été contraint par les conditions climatiques, le risque devient alors faible comme généralement observé par exemple sur la variété KWS Fantex ainsi que LG Flamenco ou plus récemment Sting. À l’inverse, si le tallage est pléthorique et la montaison des tiges sans contrainte, alors le risque de verse devient élevé pour la majorité des variétés cultivées. Sans être exhaustif, des produits tels que Medax Top 0,5 l, Bogota Plus 0,8 l au stade 1 nœud ou Baia E 0,5 l au stade 2 nœuds feront l’affaire (à employer par temps poussant et lumineux).
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