Orges de printemps : jusqu’à quand est-il possible de semer ?
L’orge de printemps est très exigeante en termes de conditions d’implantations. Les sols sont très encore engorgés d’eau et la période de semis idéale se termine : cette culture présente-t-elle encore un intérêt technico-économique dans notre région ?
La campagne orges de printemps a démarré tôt, avec une première vague de semis réalisée entre fin novembre et début décembre. Quelques chantiers supplémentaires ont pu être menés fin décembre - tout début janvier, profitant d’un court créneau sur sols gelés avant l’épisode neigeux.
Mais la situation s’est rapidement dégradée : depuis le 5 janvier, des cumuls de pluie dépassant les 250 mm dans le sud du Poitou‑Charentes ont fortement perturbé les levées et la croissance des orges implantées tardivement. Et surtout, cette pluviométrie exceptionnelle rend impossible l’accès aux parcelles pour poursuivre les semis. À très court terme, les prévisions laissent entrevoir peu d’amélioration. Au‑delà de la simple question de la date de semis, l’orge de printemps exige des conditions d’implantation irréprochables : sols ressuyés et préparation soignée. Or, ce sont précisément les deux éléments qui font défaut en ce mois de février. De plus, plus on sort de la fenêtre optimale de semis, plus les conséquences s’aggravent sur le potentiel de rendement atteignable.
Jusqu’à quand semer des orges de printemps ? Pour quel débouché ?
En Poitou-Charentes, la période idéale pour semer une orge de printemps s’étend de janvier à fin février. Au‑delà, les risques s’accumulent. Les semis tardifs limitent en effet la capacité de tallage, obligeant à augmenter les densités jusqu’à un certain seuil. Ils exposent aussi davantage la culture au stress hydrique et aux jours chauds durant le remplissage du grain. Aujourd’hui, plusieurs bassins historiques — Champagne ou façade atlantique notamment — n’ont toujours pas pu semer. La question se pose donc avec acuité : jusqu’où peut‑on aller cette année ?
Spécificités de l’orge de printemps
- Les excès d’eau et les mauvaises conditions d’implantation pénalisent fortement l’orge, un handicap majeur dans la situation actuelle et en prenant compte des temps de ressuyage des parcelles.
- L’espèce réagit mal au stress hydrique en début de montaison : cela augmente la régression des talles, ce qui limite le nombre d’épis. Les semis très tardifs deviennent alors risqués, surtout dans nos secteurs à réservoir du sol limité. L’accès à l’irrigation permettra de modérer l’impact du stress hydrique.
- Comme les autres céréales, l’orge est pénalisée par des températures élevées pendant le remplissage du grain. Mais son cycle plus court la rend encore plus sensible en cas de semis tardif.
- Les semis de fin février / tout début mars restent envisageables pour un objectif brassicole, en sol profond ou à condition de disposer d’irrigation jusqu’à épiaison +15 à 20 jours (potentiellement jusqu’au 20 juin selon les sols).
Conclusion : entre sols détrempés et fenêtres de semis qui se referment, l’orge de printemps atteint sa zone critique. Pour ces raisons, passé mi‑mars, les risques de fin de cycle deviennent trop élevés pour viser un débouché brassicole dans notre région : rendement, calibrage et taux de protéines ne seront plus au niveau. Dans ces conditions, il vaut mieux renoncer à l’objectif brassicole.
Les recommandations pour décider sereinement
- Attendre un ressuyage correct reste la priorité absolue avant toute implantation.
- Adapter sa décision selon les besoins en paille, la rotation, ou les alternatives possibles.
- En semis très tardifs, conduire l’orge de façon économique, avec des charges limitées.
- Bien estimer le potentiel accessible (tableau 1) et ajuster la fertilisation azotée en conséquence.
Tableau 1 : Estimation du potentiel des orges de printemps en fonction de la date de semis en Poitou-Charentes (BDD variétés Orges de printemps 2004-2025 Poitou-Charentes + expertise régionale) – sous réserve de bonnes conditions d’implantation
Tableau 2 : Valeurs repères d’atteinte de stades pour RGT Planet selon date de semis – secteur Poitou-Charentes
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