JNO et pieds chétifs sur céréales : retour sur le scénario de la dernière campagne
Alors que la période de semis des céréales d’hiver approche, il est à nouveau essentiel de surveiller les risques liés aux pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante de l’orge (JNO) et aux cicadelles responsables de la maladie des pieds chétifs. Retour sur les observations de la dernière campagne et les enseignements à retenir pour mieux anticiper l’automne à venir.
Automne 2025 : de la douceur en décembre
L'automne 2025 a débuté par des températures proches, voire légèrement supérieures, aux normales de saison entre début octobre et mi-novembre. Ces conditions ont favorisé une présence précoce des pucerons et, selon les secteurs, des cicadelles Psammotettix alienus sur les premiers semis.
À partir de mi-novembre, une vague de froid a permis de stopper l'activité des populations de cicadelles dans la plupart des situations. Concernant les pucerons, cette baisse des températures a temporairement interrompu les vols des individus ailés et ralenti le développement des colonies déjà installées dans les parcelles.
Néanmoins, durant le mois de décembre, les températures sont remontées nettement au-dessus des normales de saison. Cette période de douceur a favorisé la reprise du développement des colonies déjà présentes ainsi que celle des vols de pucerons, permettant de nouvelles colonisations primaires dans certains secteurs.
Par la suite, les températures durablement négatives observées entre la fin décembre et le début du mois de janvier ont permis, dans la plupart des situations, de très fortement réduire les populations de pucerons des parcelles.
32 % des parcelles du réseau BSV au-dessus du seuil
Les informations recueillies par le réseau Vigicultures® à l'automne 2025 montrent une pression significative de pucerons, avec environ 32 % des parcelles surveillées dépassant le seuil d’intervention recommandé par ARVALIS. Sur les 16 dernières années, l'automne 2025 se situe dans la moyenne en termes de fréquence de situations à risque (figure 1).
Figure 1 : Répartition des parcelles (en %) selon l’intensité de pucerons observés au cours des automnes de 2010 à 2025 à l’échelle nationale
Chaque année, des prélèvements de pucerons sont réalisés sur des plantules d’orge et de blé issues des parcelles d’essais JNO et maladie des pieds chétifs d’ARVALIS. Effectués au pic supposé des infestations, ils permettent de déterminer les espèces de pucerons présentes sur ces sites.
A l’automne 2025, une majorité de Rhopalosiphum padi, considéré comme un vecteur de la JNO très efficace, a été observée sur les sites de l’Ouest (Saint-Pierre-d’Amilly, 17 ; La Jaillère, 44), du Centre (Ouzouer-le-Marché, 41) et du Nord (Villers-Saint-Christophe, 02). Sur ces sites, une proportion non négligeable de Sitobion avenae, également bon vecteur de la JNO, a été recensée, ainsi que quelques individus de Rhopalosiphum maidis et Schizaphis graminum (Figure 2).
Dans le Sud, R. padi est également majoritaire sur le site de Pusignan (69). En revanche, les trois autres sites (Montans, 81 ; Montaut-les-Créneaux, 32 ; En Crambade, 31) se distinguent par une plus forte proportion de Sitobion avenae, accompagnée d’une part non négligeable de R. padi et de quelques individus de R. maidis, S. graminum et Metopolophium dirhodum.
Dans l’ensemble, la répartition des espèces de pucerons observée sur les sites d’essais à l’automne 2025 est conforme aux observations réalisées les années précédentes.
Figure 2 : Part relative des différentes espèces de pucerons prélevés à l’automne 2025 sur plantules d’orge et de blé sur 8 sites d’essais JNO d’ARVALIS
Attention : effectifs de pucerons variables suivant les sites et les années.
Printemps 2026 : des symptômes globalement modérés, localement importants
Les infestations de pucerons, relativement élevées à l’automne, ont conduit au déclenchement d’interventions insecticides dans la plupart des parcelles à risque. Ces interventions ont été facilitées par des conditions météorologiques clémentes, contribuant à limiter en partie la pression des viroses à l’échelle nationale. Néanmoins, dans les parcelles non protégées, des symptômes de JNO, d’intensité variable, ont été observés (photo). Les semis les plus précoces ont été les plus touchés. Toutefois, les conditions particulièrement douces du mois de décembre ont favorisé la poursuite des vols et infestations, de sorte que des semis plus tardifs ont également pu être fortement colonisés. Lorsque ces parcelles n’étaient pas protégées, elles ont parfois présenté des symptômes marqués de JNO.
Concernant la maladie des pieds chétifs, des symptômes ont été observés dans de nombreuses régions, en particulier dans le centre et l’est de la France. Ils ont cependant concerné presque exclusivement les semis les plus précoces et sont restés le plus souvent limités à de faibles surfaces et/ou associés à des symptômes de JNO.
Il est important de rappeler que la gravité de ces maladies virales dépend de nombreux facteurs. L’abondance d’insectes vecteurs de virus, leur activité et leur durée de présence sur la parcelle sont des éléments importants, mais pas seulement. Les caractéristiques des virus, la culture elle-même (sensibilité, stade au moment de l’inoculation) et l’interaction avec d’autres stress (climat, alimentation) interviennent également. Dans ces conditions, la vigilance est toujours de mise dès lors que les conditions automnales sont favorables à l’activité de ces insectes.
Réagissez !
Merci de vous connecter pour commenter cet article.