Excès d’eau en céréales : trois types de situations plus exposées aux risques de dégâts
Avec un nombre de jours et des cumuls de pluie records depuis mi-janvier, des questions se posent quant aux conséquences sur les céréales. Dans les limons hydromorphes, des symptômes d’anoxie sont ainsi observés depuis fin janvier. La majorité des parcelles devraient repartir si l’excès d’eau se résorbe avant montaison. Mais certaines risquent d’en pâtir. Le point sur les différentes situations possibles.
Un excès d’eau qui survient tardivement
L’impact de l’excès d’eau dépend de sa durée, de son intensité et du stade auquel il survient. Les milieux concernés par le phénomène : les sols de limons hydromorphes du Bocage, les vallées et marais temporairement ennoyés. Dans les sols à ressuyage rapide, les cultures ne souffrent pas à ce stade.
On observe également le gradient océanique habituel en termes de précipitations et la façade océanique est la plus impactée par l’excès de pluie (carte 1).
Carte 1 : Pluie cumulée du 1/01/26 au 15/02/26
L’épisode actuel n’aura pas les mêmes conséquences que l’excès d’eau des dernières campagnes, car il survient fin janvier - début février, suite à un automne - début d’hiver plutôt tempéré et modérément arrosé, qui a permis aux cultures de bien s’implanter.
Dans la majorité des parcelles, l’excès d’eau s’est installé sur des céréales avec des peuplements satisfaisants, bien tallées et bien enracinées, donc plus robustes vis-à-vis de l’anoxie. Si l’excès d’eau se résorbe avant le début de montaison, ces parcelles ne subiront pas de dommages.
Trois contextes potentiellement pénalisés
Trois types de situations risquent en revanche de pâtir de ces conditions à des degrés plus ou moins importants :
- Les parcelles ennoyées (marais, proximité de cours d’eau en crue) : il y aura destruction de la culture au-delà de 4-6 jours d’ennoiement pour des céréales encore non tallées, et au-delà de 8-10 jours pour des céréales en cours de tallage. Ces situations restent très particulières et localisées dans la région.
- Les parcelles du Bocage semées tard, au-delà de la fin novembre, moins développées quand l’engorgement s’est installé et qui souffrent davantage. C’est le cas plus particulièrement en Bocage de Vendée et dans l’ouest de Loire-Atlantique, déjà un peu plus arrosés en début d’hiver que le reste de la région. Ces parcelles nécessiteront un apport d’azote au tallage dès que les sols seront ressuyés.
- Les parcelles les plus avancées en stade dans les sols hydromorphes. En effet, l’excès d’eau actuel devient préjudiciable s’il perdure au-delà du début de montaison. Or, cette année, le déroulement du cycle est plutôt en avance pour deux raisons : les semis ont été réalisés relativement tôt cet automne, bon nombre de parcelles ayant été semées autour du 15 octobre 2025 ; les températures sont douces et la montaison des céréales s’annonce avec 8 à 10 jours d’avance. Certains blés très précoces et précoces à montaison ont déjà franchi le stade épi 1 cm.
Quand la culture amorce la montaison, les besoins en azote augmentent et l’excès d’eau, qui limite l’absorption de nutriments, induit une carence. Il est donc à souhaiter que l’épisode pluvieux se termine d’ici fin février, pour retrouver un bon fonctionnement des plantes et la portance nécessaire pour apporter l’engrais.
Adapter la fertilisation suite aux fortes pluies
Dès que les sols seront suffisamment ressuyés, le déclenchement d’apports d’azote (et de soufre, si nécessaire) permettra d’accompagner la reprise de végétation des cultures. Ces apports devront toutefois rester cohérents avec le raisonnement global du fractionnement de l’azote et des besoins des cultures en soufre.
Pour le calcul de la dose d’azote totale, les mesure de reliquats azotées réalisées fin janvier seront à réajuster suite aux précipitations : par exemple, en sol de limon, sur un stock d’azote mesuré autour du 25 janvier à 70 kg/ha, on ne retiendra finalement que 30 kg/ha aujourd’hui.
→ Utiliser les abaques COMIFER pour réajuster les valeurs estimées à l’analyse.
Rappelons que dans la plupart des parcelles, l’azote déjà absorbé jusqu’à fin janvier est important. Jusqu’à la fin du mois, les céréales peuvent patienter sans préjudice à ce stade. On fertilisera en priorité :
- Les parcelles les plus avancées qui ont franchi ou vont atteindre le stade épi 1 cm entre fin février et début mars.
- Les parcelles semées tard et ayant souffert de l’excès d’eau qui valoriseront un apport courant tallage.
Dans tous les cas, attendre que les sols soient bien ressuyés pour intervenir.
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